Forum
Social Africain
Forum
social mondial : à Bamako, certains y croient, d'autres non
17 Janvier 2006
Publié sur le web le 17 Janvier
2006
Almahady Cissé
Bamako
Au mali, les gens perçoivent différemment
l'intérêt du Forum polycentrique de Bamako. "Cette histoire
de forum, ne nous mènera à rien. C'est toujours les mêmes
discours", déclare, pessimiste, à IPS, Aliou Traoré, enseignant
compressé, devant la devant la Bourse du travail de Bamako,
la capitale.
"Avant, c'étaient les politiques, aujourd'hui,
ce sont les alter mondialistes qui veulent nous endormir par
le verbe", affirme-t-il.
Barry Aminata Touré, présidente de la Coalition
dette et développement, en a plutôt une idée contraire. "C'est
suite aux actions du mouvement alter mondialiste que les grandes
puissances occidentales ont fléchi leurs positions sur la
dette des pays du Sud et la question du coton", estime-t-elle.
Les rencontres du genre de celle de Bamako
sont donc très utiles à ses yeux.
Pour Djafar Thiam, un chercheur, "le Mali,
de par sa culture politique et sa constance sur la ligne de
la politique internationale, doit jouer un rôle central dans
ce combat pour un monde plus juste".
Du côté des commerçants, vendeurs d'objets
d'art et promoteurs hôteliers, on pense déjà aux bonnes affaires.
"J'espère qu'en tant qu'artistes, nous tirerons beaucoup d'affaires
de la tenue d'un tel forum", a déclaré à IPS, Hamidou Konaté,
antiquaire au marché des artisans de Bamako.
Le défi pour l'Afrique, selon Aminata Dramane
Traoré, écrivain, ancien ministre et militante alter mondialiste,
"le Forum de Bamako doit amener à la prise en compte de la
spécificité africaine au sein des débats du forum. L'Afrique
doit s'approprier ce combat".
De leur côté, les jeunes s'activent pour
faire entendre leur voix. Pour le porte-parole de la jeunesse
au forum, Souley Ibrahim, les débats doivent prendre en compte
les questions soulevées par des jeunes. Selon lui, le slogan,
"la jeunesse, fer de lance et force vive", doit se traduire
dans les actes à travers une implication accrue des jeunes
dans tout ce qui concerne la marche du monde, en particulier
l'avenir de la jeunesse.
Ibrahim estime que la jeunesse malienne
et africaine est très sous représentée au sein des instances
de prise de décision au niveau politique comme dans les forums.
"C'est pourquoi", révèle-t-il à IPS, "nous allons organiser
en marge du forum un camp de la jeunesse. Ce camp porte le
nom de l'ancien président burkinabé Thomas Sankara, considéré
comme un vrai révolutionnaire et un icone par la jeunesse
africaine. Selon lui, la nouveauté, c'est que le Camp international
de la jeunesse Thomas Sankara" ne se situe pas dans la tradition
d'un camp voué aux activités classiques : reboisement, assainissement...
"Ce Camp innove en ce qu'il accorde une large place aux débats
d'idées, à travers la tenue d'un 'Forum de la jeunesse mondiale',
qui vise à donner la parole aux jeunes. De ce point de vue,
le Forum de la jeunesse mondiale va débattre de toutes les
questions qui concernent la jeunesse et les peuples en résistance",
a-t-il expliqué.
"Nous sommes venus défendre notre coton
et lutter contre les subventions" payées aux cotonculteurs
en Occident, notamment aux Etats-Unis, a souligné, d'un air
engagé, Aly Coulibaly, un paysan producteur de coton. "Le
coton, c'est notre vie et nous allons le défendre, même s'il
faut y perdre notre vie", a-t-il affirmé.
Coulibaly et ses camarades font partie des
délégations paysannes qui sont venues de l'intérieur pour
participer au forum. Il a, par ailleurs, indiqué à IPS que
les discours ne les emballaient plus. "Nous sommes venus marcher
et démontrer aux grands du monde, notamment aux Américains,
que leur politique est injusteà que leurs décisions mettent
en péril la vie des millions de personnes".
Pour leur part, les femmes maliennes, à
travers la Coordination des associations et organisations
non gouvernementales féminines du Mali (CAFO) - un collectif
de près de 500 associations et ONG -- ne veulent pas rester
en marge. La secrétaire exécutive de la CAFO, Traoré Oumou
Touré, a déclaré à IPS : "Au Mali, nous représentons plus
de 52 pour cent de la population, et pourtant, nous sommes
marginalisés, sous représentées et non impliquéesà Et pourtant,
tous les actes que les hommes prennent sur le plan familial,
social et même politique nous concernent et nous affectent".
Forte de ce constat, elle a indiqué que
son organisation avait perçu, dès le début, l'enjeu d'une
telle rencontre : "Nous avons demandé à nos militantes de
s'inscrire dans toutes les thématiques. L'enjeu pour nous,
c'est une plus grande participation des femmes dans cette
lutte. Et surtout démontrer que la femme doit être actrice
et non soumise à toutes les questions qui concernent la marche
du monde".
Mais, toutes les femmes maliennes ne partagent
pas cette opinion. "La femme doit s'occuper de l'éducation
des enfants et de son foyer", rétorque Dembélé Alima Koné,
membre de l'Association des femmes islamiques du Mali.
De son côté, Mariam Doumbia, le forum est une aubaine pour
les affaires. Elle est vendeuse de beignets devant le stade
omnisports Modibo Keita de Bamako, où est implanté le camp
des jeunes. "Je fais des recettes de 10.000 FCFA (environ
20 dollars) par jour depuis hier (lundi) contre 1.000 à 2.000
FCFA (environ deux à quatre dollars)".
A quelques jours de la tenue du Forum polycentrique
de Bamako, la "fièvre" de la rencontre monte à travers toute
la ville de Bamako. "Nous avons deux défis majeurs : celui
de l'organisation et du contenu", a déclaré à IPS, Mamadou
Goita, l'un des trois coordinateurs du Comité national d'organisation
du forum."C'est une première en Afrique", s'est réjoui Goita.
"Sur le plan organisationnel, nous pouvons dire que nous sommes
prêts".
Prendront part à la rencontre de Bamako,
d'éminentes personnalités comme l'ancien chef de l'Etat algérien,
Ben Bellah, Danielle Mitterrand, épouse de l'ancien président
français, François Mitterrand, le cinéaste noir américain,
Danny Glover, le révérend Jessie Jackson, le président du
parlement cubain, une cinquantaine de parlements européens...
Selon Amadou Tieoulé Diarra, juriste et
universitaire, l'enjeu pour le Mali est de relever le défi
de l'organisation car, dit-il, la réussite du forum de Nairobi
(Kenya), en 2007, dépendra du succès de Bamako.
Inter
Press Service (Johannesburg)