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Forum social mondial : à Bamako, certains y croient, d'autres non

Almahady Cissé
Bamako

Au mali, les gens perçoivent différemment l'intérêt du Forum polycentrique de Bamako. "Cette histoire de forum, ne nous mènera à rien. C'est toujours les mêmes discours", déclare, pessimiste, à IPS, Aliou Traoré, enseignant compressé, devant la devant la Bourse du travail de Bamako, la capitale.

"Avant, c'étaient les politiques, aujourd'hui, ce sont les alter mondialistes qui veulent nous endormir par le verbe", affirme-t-il.

Barry Aminata Touré, présidente de la Coalition dette et développement, en a plutôt une idée contraire. "C'est suite aux actions du mouvement alter mondialiste que les grandes puissances occidentales ont fléchi leurs positions sur la dette des pays du Sud et la question du coton", estime-t-elle.

Les rencontres du genre de celle de Bamako sont donc très utiles à ses yeux.

Pour Djafar Thiam, un chercheur, "le Mali, de par sa culture politique et sa constance sur la ligne de la politique internationale, doit jouer un rôle central dans ce combat pour un monde plus juste".

Du côté des commerçants, vendeurs d'objets d'art et promoteurs hôteliers, on pense déjà aux bonnes affaires. "J'espère qu'en tant qu'artistes, nous tirerons beaucoup d'affaires de la tenue d'un tel forum", a déclaré à IPS, Hamidou Konaté, antiquaire au marché des artisans de Bamako.

Le défi pour l'Afrique, selon Aminata Dramane Traoré, écrivain, ancien ministre et militante alter mondialiste, "le Forum de Bamako doit amener à la prise en compte de la spécificité africaine au sein des débats du forum. L'Afrique doit s'approprier ce combat".

De leur côté, les jeunes s'activent pour faire entendre leur voix. Pour le porte-parole de la jeunesse au forum, Souley Ibrahim, les débats doivent prendre en compte les questions soulevées par des jeunes. Selon lui, le slogan, "la jeunesse, fer de lance et force vive", doit se traduire dans les actes à travers une implication accrue des jeunes dans tout ce qui concerne la marche du monde, en particulier l'avenir de la jeunesse.

Ibrahim estime que la jeunesse malienne et africaine est très sous représentée au sein des instances de prise de décision au niveau politique comme dans les forums. "C'est pourquoi", révèle-t-il à IPS, "nous allons organiser en marge du forum un camp de la jeunesse. Ce camp porte le nom de l'ancien président burkinabé Thomas Sankara, considéré comme un vrai révolutionnaire et un icone par la jeunesse africaine. Selon lui, la nouveauté, c'est que le Camp international de la jeunesse Thomas Sankara" ne se situe pas dans la tradition d'un camp voué aux activités classiques : reboisement, assainissement... "Ce Camp innove en ce qu'il accorde une large place aux débats d'idées, à travers la tenue d'un 'Forum de la jeunesse mondiale', qui vise à donner la parole aux jeunes. De ce point de vue, le Forum de la jeunesse mondiale va débattre de toutes les questions qui concernent la jeunesse et les peuples en résistance", a-t-il expliqué.

"Nous sommes venus défendre notre coton et lutter contre les subventions" payées aux cotonculteurs en Occident, notamment aux Etats-Unis, a souligné, d'un air engagé, Aly Coulibaly, un paysan producteur de coton. "Le coton, c'est notre vie et nous allons le défendre, même s'il faut y perdre notre vie", a-t-il affirmé.

Coulibaly et ses camarades font partie des délégations paysannes qui sont venues de l'intérieur pour participer au forum. Il a, par ailleurs, indiqué à IPS que les discours ne les emballaient plus. "Nous sommes venus marcher et démontrer aux grands du monde, notamment aux Américains, que leur politique est injusteà que leurs décisions mettent en péril la vie des millions de personnes".

Pour leur part, les femmes maliennes, à travers la Coordination des associations et organisations non gouvernementales féminines du Mali (CAFO) - un collectif de près de 500 associations et ONG -- ne veulent pas rester en marge. La secrétaire exécutive de la CAFO, Traoré Oumou Touré, a déclaré à IPS : "Au Mali, nous représentons plus de 52 pour cent de la population, et pourtant, nous sommes marginalisés, sous représentées et non impliquéesà Et pourtant, tous les actes que les hommes prennent sur le plan familial, social et même politique nous concernent et nous affectent".

Forte de ce constat, elle a indiqué que son organisation avait perçu, dès le début, l'enjeu d'une telle rencontre : "Nous avons demandé à nos militantes de s'inscrire dans toutes les thématiques. L'enjeu pour nous, c'est une plus grande participation des femmes dans cette lutte. Et surtout démontrer que la femme doit être actrice et non soumise à toutes les questions qui concernent la marche du monde".

Mais, toutes les femmes maliennes ne partagent pas cette opinion. "La femme doit s'occuper de l'éducation des enfants et de son foyer", rétorque Dembélé Alima Koné, membre de l'Association des femmes islamiques du Mali.

De son côté, Mariam Doumbia, le forum est une aubaine pour les affaires. Elle est vendeuse de beignets devant le stade omnisports Modibo Keita de Bamako, où est implanté le camp des jeunes. "Je fais des recettes de 10.000 FCFA (environ 20 dollars) par jour depuis hier (lundi) contre 1.000 à 2.000 FCFA (environ deux à quatre dollars)".

A quelques jours de la tenue du Forum polycentrique de Bamako, la "fièvre" de la rencontre monte à travers toute la ville de Bamako. "Nous avons deux défis majeurs : celui de l'organisation et du contenu", a déclaré à IPS, Mamadou Goita, l'un des trois coordinateurs du Comité national d'organisation du forum."C'est une première en Afrique", s'est réjoui Goita. "Sur le plan organisationnel, nous pouvons dire que nous sommes prêts".

Prendront part à la rencontre de Bamako, d'éminentes personnalités comme l'ancien chef de l'Etat algérien, Ben Bellah, Danielle Mitterrand, épouse de l'ancien président français, François Mitterrand, le cinéaste noir américain, Danny Glover, le révérend Jessie Jackson, le président du parlement cubain, une cinquantaine de parlements européens...

Selon Amadou Tieoulé Diarra, juriste et universitaire, l'enjeu pour le Mali est de relever le défi de l'organisation car, dit-il, la réussite du forum de Nairobi (Kenya), en 2007, dépendra du succès de Bamako.

Inter Press Service (Johannesburg)

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