Forum
Social Africain
Le
Forum social de Bamako a donné la parole à l'altermondialisme
africain
24 Janvier 2006
Lp Le Monde
Kinshasa
Le 6ème Forum social mondial (Fsm), organisé
pour la première fois en Afrique, à Bamako, du 19 au 23 janvier,
a attiré des milliers d'altermondialistes, et s'est largement
concentré sur les problèmes spécifiques à ce continent, notamment
l'agriculture, l'accès à l'eau, la dette et l'immigration.
Ce Forum, qui se tient chaque année depuis
2001 en réponse au Forum économique mondial, «revêt une importance
considérable pour l'Afrique en raison de l'extrême gravité
des conséquences de la mondialisation néolibérale sur ce continent»,
a déclaré le comité national d'organisation du rassemblement.
«L'Afrique n'est pas un continent qui va à vau-l'eau, mais
l'organe le plus atteint d'un monde malade parce que pillé
par une poignée d'acteurs super puissants», a-t-il affirmé
dans le dossier de présentation du Forum organisé sur onze
sites à travers la ville de Bamako.
BOVE APPELLE A SAISIR L'OMC
«Si on regarde aujourd'hui ce qui se passe
dans le monde, on se rend compte qu'il y a une systématisation
de l'accaparement des terres des paysans partout où ils se
trouvent», de l'Amérique latine à l'Afrique où la plupart
des populations vivent de l'agriculture, a estimé Ibrahima
Coulibaly, membre d'un réseau ouest-africain d'organisations
paysannes. Mohamed Haïdara, coordinateur d'Afrique Verte Mali,
une Ong de développement durable, s'est de son côté inquiété
de l'introduction en Afrique des Organismes génétiquement
modifiés (Ogm), contre le gré des producteurs, mais avec la
bénédiction de puissances industrielles. «Ça commence chez
nous avec le coton. Le jour que ce sera le tour des céréales,
ça va contribuer à tuer les producteurs, ils seront obligés
d'aller acheter leurs semences à une firme américaine», a
dit M. Haïdara.
L'altermondialiste français José Bové a
développé des arguments similaires sur la question des Ogm
et sur l'agriculture en général lors d'une conférence sur
les «agressions contre les sociétés paysannes». Il a également
invité les dirigeants africains à «attaquer l'Union européenne
devant le tribunal de l'Organisation mondiale du commerce»
pour distorsion et destruction de l'économie locale. Un appel
lancé à l'issue d'un exposé sur une campagne lancée en 2002
contre les importations au Cameroun de poulet congelé venu
d'Europe : atteignant selon lui 22 000 tonnes en 2003, elles
ont lésé selon lui plus d'un million de Camerounais, avec
«l'arrêt de plus de 110 000 ateliers de production de poulets».
Elles seraient notamment le fait d'un industriel français
implanté notamment au Brésil qui bénéficie, selon M. Bové,
de financements européens de plus de 60 millions d'euros.
La dette, qualifiée par certains participants
d'«ennemi intime de la lutte contre la pauvreté», a également
été un des thèmes majeurs de ce Forum. «Les privatisations
imposées par les grands argentiers du monde alourdissent la
dette des pays du tiers-monde», a accusé Aminata Barry Touré,
présidente de la Coalition des alternatives dette et développement
(Cad-Mali), regroupant une soixantaine d'associations. «Le
mécanisme est simple : on nous dit : 'Privatisez vos sociétés
et on vous donnera de l'argent pour renflouer vos caisses'.
Or, cela entraîne des désastres», a-t-elle ajouté.
L'immigration a elle aussi été largement
évoquée, en dénonçant «le traitement nhumain et honteux» de
ressortissants de pays du Sud poussés vers l'Europe par la
pauvreté ou les conflits. «En France, on prend les étrangers
pour faire des travaux difficiles ou ingrats, et quand on
n'a plus besoin d'eux, on les jette en les expulsant», s'est
insurgé un jeune participant lors une rencontre sur la question,
qualifiant cette procédure de «politique Kleenex».
Autre thème abordé, celui de l'accès à l'eau,
pour lequel l'ex-première dame française Danielle Mitterrand,
présidente de la France Libertés, a mené campagne à Bamako.
«Aujourd'hui, près de 1,5 milliard de personnes n'ont pas
accès à l'eau potable dans le monde. (...) 34 000 personnes
meurent chaque jour du manque d'eau potable», a-t-elle affirmé,
en appelant à reconnaître et respecter «le droit de l'eau
d'être libre, potable et gratuite».
Le Forum de Bamako doit être suivi d'autres
rencontres d'altermondialistes à Caracas (Venezuela) fin janvier,
et à Karachi (Pakistan) en mars, avant un deuxième rendez-vous
africain prévu en 2007 à Nairobi (Kenya).
Le
Potentiel (Kinshasa)