Forum
Social Africain
Caracas,
Bamako, Karachi : le Forum social se mondialise
Patrick Piro
Pour
sa sixième édition, le Forum social mondial (FSM) se démultiplie.
Il réunira cette année des milliers de personnes à Bamako
et à Caracas, jusqu’à la fin du mois, puis à Karachi, en mars
prochain peut-être. Un choix qui permet d’étendre l’influence
du rassemblement altermondialiste, mais l’expose à la dilution
et aux récupérations. Après l’euphorie des débuts, le FSM
continue de tracer son sillon sans manquer de se remettre
en cause.
Caracas,
Bamako, Karachi : la trajectoire, sur la planisphère,
des trois villes où se tient cette année le Forum social mondial
(FSM) dessine une droite dynamique et croissante. Symbolique
involontaire pour appuyer un pari risqué, fruit d’une décision
déjà ancienne actée en 2003 : la déconcentration du FSM
en plusieurs lieux, sur plusieurs continents. 2006, année
du premier Forum social mondial « polycentrique ».
Jusqu’à
présent, le Conseil international, gardien des principes de
la Charte du FSM, avait prudemment privilégié l’unité d’espace
et de temps, conviant les troupes altermondialistes dans les
villes de Porto Alegre (2001, 2002, 2003, 2005) et Mumbai
(2004), dans la période où se tient le Forum économique mondial,
gratin de chefs d’entreprise, économistes, chefs de gouvernement,
venus débattre, sous haute surveillance, des affaires économiques
de la planète à Davos (Suisse).
C’est
devenu un rituel saisonnier : la nébuleuse altermondialiste
s’interroge sur la capacité du FSM à surmonter les périls
réels ou supposés qui le guettent. Naîtra-t-il (2001) ?
Survivra-t-il à l’accouchement (2002), à la banalisation (2003) ?
Sera-t-il dévoré par l’Inde (2004), essoufflé (2005) ?
Force est de reconnaître que le rassemblement annuel, dont
la fréquentation approche désormais les 150 000 personnes,
a chaque fois démontré une vitalité surprenante. Rétif à la
récupération et à la banalisation, entretenant une dynamique
puissante, il a validé année après année, par la diversité
culturelle et géographique des mouvements qui y prennent part,
son statut d’opposant planétaire au monothéisme économique
(et largement occidental) de Davos.
En
attendant les bilans (1), l’ordre du jour est à l’évaluation
risques-bénéfices préliminaire de l’édition 2006 du FSM :
trop éclaté, récupéré ? Fin de cycle ou approfondissement ?
Première
constatation : le pari affiché en 2005 d’organiser trois
forums simultanés aux mêmes dates que Davos (25-29 janvier)
ne sera pas tenu. Seule l’étape de Caracas répond au cahier
des charges (voir encadré). Les organisateurs du rassemblement
de Bamako (voir pages suivantes) ont tenu à en avancer les
dates, afin de pouvoir se rendre à Caracas, et le forum de
Karachi a été repoussé sine die,
confronté à de grosses difficultés d’organisations liées à
l’impact du tremblement de terre qui a affecté le Pakistan
en octobre dernier.
« Nous
n’étions pas favorables à cette formule, explique Bernard
Pinaud, délégué général du Centre de recherche et d’information
pour le développement (Crid), qui regroupe 50associations
en France. Nous risquons un manque de lisibilité
des mobilisations et des propositions, ainsi qu’une forte
empreinte régionale des thématiques dominantes. »
À savoir, au-delà d’un tronc commun (antilibéralisme, place
de la société civile, etc.), l’accent mis sur les migrations
et l’environnement (Bamako), la lutte contre l’impérialisme
et la militarisation (Caracas), la dénonciation du système
des castes et du patriarcat (Karachi), etc. Traduction, qui
donne le profil des participants : « Attention aux tropismes nuisibles à la pluralité,
avertit Patrick Viveret, philosophe. Caricaturalement : les chrétiens de gauche à
Bamako et les néo-guévaristes à Caracas. » Si les
capitales du Mali et du Venezuela se rejoignent par leur état
d’impréparation de l’événement, elles seront le siège d’enjeux
très différents.
Lire
la suite dans Politis n° 885
(1)
Décalage de dates entre les événements oblige, Politis de
la semaine prochaine présentera les enjeux du FSM de Caracas
et tirera le bilan de Bamako, puis de Caracas dans le numéro
suivant.
(2)
Le Monde diplomatique, janvier 2006.
Source:
http://www.politis.fr/article1577.html