Forum
Social Africain
Bilan à chaud du Forum
social mondial polycentrique de Bamako
par Claude
Quémar
25 janvier 2006
Ce bilan ne
concerne que les activités auxquelles nous avons pu participer
et un sentiment général sur le forum dans son ensemble. Les
activités organisées ou soutenues par le CADTM, le CAD Mali
et nos partenaires ont permis de montrer l’importance de la
dette et ses liens avec d’autres problématiques : souveraineté,
privatisations, commerce, souveraineté alimentaire, migrations
internationales. Le forum étant organisé par espaces thématiques,
relativement éloignés les uns des autres, le danger était
de se retrouver enfermés dans un ghetto, entre nous. Fort
heureusement, nos ateliers ont connu un succès significatif
(de 20 à 80 participants), des débats riches et concrets.
Au coeur d’un
continent étranglé par la dette, les mouvements pour l’annulation
inconditionnelle ont systématiquement fait le plein dans leurs
débats. La question de la dette a d’ailleurs traversé tous
les débats, qu’ils aient trait aux questions de l’eau, des
privatisations, de la pauvreté, du développement, de l’environnement
ou du commerce international.
Il faut souligner
la participation nombreuse et active de parlementaires. Une
quarantaine de députés maliens, dont le deuxième président
de l’assemblée nationale, des députés burkinabés et un groupe
de députés européens du groupe GUE (gauche unitaire européenne),
entre autres, ont activement participé, comme intervenant(e)s
ou participant (e)s aux débats. La question des audits citoyens,
de la mise en place de l’Observatoire international de le
dette, mais aussi des privatisations, de l’eau, de l’agriculture
ont particulièrement retenu leur attention. Un travail en
commun plus étroit est donc envisagé à l’avenir avec ces parlementaires.
Nos activités
ont également permis la poursuite des débats abordés lors
de la rencontre Sud-Nord de La Havane avec Jubilé Sud et Eurodad
en particulier. L’atelier final sur les campagnes communes
a permis de prendre contact avec des structures d’Afrique
de l’Ouest (Mauritanie, Togo) intéressées par ces campagnes
communes. Les participations croisées aux initiatives des
uns et des autres ont permis des débats riches, publiquement
et fraternellement.
Deux ateliers
ont en outre été organisées au camp de la jeunesse Thomas
Sankara, l’un sur les alternatives (50 participants) l’autre
sur l’abolition de la dette (80 participants), dans une ambiance
particulièrement « chaude ». Ce camp de la jeunesse
est l’une des plus belles réussites de ce forum, composé essentiellement
de jeunes Africain(e)s alors que les espaces thématiques accueillaient
des participants de diverses origines.
La participation
globale à ce forum a été d’environ 20.000 personnes, soit
moins que ce qui était espéré. Mais ce nombre reste tout de
même très significatif. Nos amis africains soulèvent cependant
la faible participation des populations rurales, qu’ils considèrent
comme un enjeu important pour préparer les suites du forum.
L’organisation concrète, dans les conditions difficiles du
Mali, a été très satisfaisante.
L’écho médiatique
a permis de donner un écho local aux travaux : utilisation
des radios locales pour préparer le forum, présence massive
et enregistrements lors des ateliers. La télévision publique
malienne a même tenu chaque soir un journal spécial de 10
minutes consacré au forum, donnant largement la parole aux
intervenants (surtout les « grands noms », cependant).
En définitive,
ce forum a permis l’émergence au premier plan de la problématique
de la dette et ces relations avec les questions concrètes
qui se posent aux populations en particulier d’Afrique sub-saharienne
et nord africaine. Regrettons cependant dans nos activités
la faible intégration de la dimension de l’Afrique anglophone,
en particulier des activités de nos amis de l’AIDC.
Claude
Quémar, CADTM France.