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Forum social mondial : le tour de l’Afrique
mercredi le 2 février 2005,
par : Daniel WERMUS



(Syfia Brésil) Après le Brésil, ce sera au tour de l’Afrique d’accueillir le prochain Forum social mondial. Des milliers de mouvements sociaux de toute la planète se rencontreront pour « changer le monde », au Maroc en 2006, puis en Afrique noire en 2007. Le Kenya et le Mali sont sur les rangs.

Le 5e Forum social mondial (FSM) s’est achevé le 31 janvier à Porto Alegre, au sud du Brésil. Le rendez-vous de la société civile mondiale, qui a rassemblé 120 000 participants de 112 pays, va mettre le cap sur l’Afrique. D’abord en 2006 sous forme décentralisée sur trois continents (Maroc, Venezuela, Corée du Sud). Puis, en 2007, où le FSM retrouvera un lieu unique, soit au Kenya, soit au Mali, deux pays pressentis par les organisateurs.

La liste, qui comprendrait encore l’Afrique du Sud, reste ouverte jusqu’en mars. Mais selon le Guinéen Bakari Fofana, seuls 15 pays africains sur 54 peuvent y prétendre. En termes d’infrastructures, mais aussi d’environnement politique propice. Certains, comme le Sénégal, s’en sont volontairement exclus. Son président, Abdoulaye Wade s’est désolidarisé des altermondialistes pour ne pas risquer de rater le train de la mondialisation qu’il considère comme une chance pour son pays. Les organisateurs du Forum social africain (FSA), eux, voient les choses autrement et ne veulent pas rater le train du FSM vers « Un autre monde possible ». Reste à savoir si l’Afrique a les ressources pour mettre sur pied un tel événement.

Le problème est d’abord financier

À Porto Alegre, le budget d’environ 8 millions de dollars était couvert à 65 % par les autorités fédérales et locales brésiliennes. Pour l’Afrique, des ONG et des organisations internationales devront être sollicitées. Déjà, la puissante centrale syndicale sud-africaine Cosatu a promis son soutien. De leur côté, tant les Brésiliens que les Indiens ont offert leur expérience et leur savoir-faire. « Nous avons une dette envers ce continent qui a payé le plus lourd tribut à la mondialisation : colonisation, esclavage, néo-colonialisme, pillage des matières premières, trafics, guerres », prétend Antonio Martins, du mouvement Attac-Brésil qui prône la taxation des transactions financières en faveur du développement.

Le Brésil, qui a la plus forte population noire (72 millions sur 180 millions d’habitants) après le Nigeria, a proposé son aide par l’intermédiaire de son président Luiz Inacio da Silva, dit Lula. Il offre de gérer, en tant que puissance émergente du tiers monde, des projets de coopération en Afrique, cofinancés par des pays industrialisés. De leur côté, les initiateurs du FSM se réjouissent de passer le témoin à la société civile africaine, comme ils l’ont fait aux Indiens en 2004.

L’organisation du FSM 2004 en Inde, à Bombay, avait permis de mobiliser l’Inde et l’Asie, tout en amenant une nouvelle culture de lutte contre les inégalités. C’est maintenant au tour de l’Afrique : « Mais les protagonistes seront les Africains et personne d’autre. Il ne faut pas que la solidarité extérieure perturbe ou contrôle - comme c’est trop souvent le cas - le processus », précise Antonio Martins.

« L’Afrique sera le tombeau du capitalisme »

Le transfert du Forum en Afrique a été marqué par une grande fête dans un parc de la ville. Des milliers de Noirs brésiliens, ainsi que des Amérindiens, des Dalits (les "intouchables" de l’Inde) et des Européens ont formé une carte humaine de l’Afrique. "L’Afrique qui a payé si cher pour l’essor du capitalisme sera aussi le tombeau du capitalisme", s’est exclamé Bouba Diop, président de l’ONG sénégalaise CONGAD. Certes, tous les activistes du continent n’ont pas une posture aussi tranchée « mais l’organisation du Forum en Afrique va donner une dynamique nouvelle et internationale à nos mouvements sociaux », estime le Nigérien Ousmane Abdourahamane.

Quatre cents Africains ont pu faire le voyage à Porto Alegre. Un « Tribunal des femmes » a commencé à enregistrer des témoignages sur les problèmes des Africaines, liés aux discriminations, à l’accès à l’eau, au sida, à la chute des prix du café, etc. Parallèlement, un « dialogue féministe » a prôné une influence accrue sur la gouvernance mondiale. Taoufik ben Abdallah, responsable d’Enda-tiers-monde et membre du FSA abonde en ce sens : « L’enjeu, c’est de construire une citoyenneté africaine unie dans sa diversité, capable de changer les rapports de forces politique, et donc d’achever enfin la décolonisation. Le FSM ne sera pas un forum sur l’Afrique pour aider l’Afrique. Ce sera un forum mondial EN Afrique. Nos attitudes doivent changer : il ne s’agit pas d’une nième réunion où les uns mendient pendant que les autres donnent et dictent. Il s’agit de l’Afrique qui s’ouvre au monde, qui devient partie prenante dans la recherche commune d’un autre monde. »

www.alternatives.ca/article1674.html
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