Forum
Social Africain
Forum
social mondial 2006 : Le tournant de Bamako
Près de 30 000 délégués, représentant 260 associations
et Ong des cinq continents se retrouveront à Bamako, au Mali,
du 19 au 23 janvier, pour le Forum social mondial. Au menu
: la mondialisation, la dette, la fin des subventions agricoles,
l'intégration régionale… L’Afrique, berceau de l’humanité,
accouchera-t-elle d’un monde nouveau ?
La société civile africaine se prépare fièvreusement pour
le Forum social mondial de Bamako, au Mali, qui débute le
jeudi 19 janvier. Dans ses bureaux de Douala, au Cameroun,
Gisèle Yitamben met la dernière main à son exposé. La présidente
de l'Association pour le soutien et l'appui de la femme entrepreneur
parlera du sort des femmes et des enfants dans son pays, de
la formation et du petit crédit qui permet de rebondir. "Nous
allons à Bamako afin de nous présenter, d'échanger avec d'autres
organisations et de nouer d'éventuels partenariats", explique-t-elle.
Africa Prostitution, une autre Ong, dénoncera, elle, le mirage
européen et ses dangers pour les jeunes migrants : prostitution,
drogue et violence.
Au Burkina, c'est l’entrée en vigueur en 2008 des accords
de partenariat économiques entre l’Union européenne et les
pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (Acp) qui préoccupe
les Ong. Elles souhaitent que les États les renégocient. "Nos
pays ne sont pas préparés à y entrer. De plus, nous craignons
que nos industries ne deviennent les coursiers des grosses
multinationales", s’inquiète Jean-Marie Gyengané, le coordonnateur
du Secrétariat permanent des Ong (Spong), un collectif de
78 Ong burkinabé. La suppression des subventions sur le coton
et tous les autres produits agricoles, l’intégration régionale
"dont on parle tous les jours et qui est contredite par la
réalité des faits", le commerce équitable, la bonne gouvernance…
feront l’objet de discussions et surtout de propositions.
Le Spong défendra ses positions avec des collectifs d’Ong
du Niger, du Sénégal, du Mali et de Guinée auxquels se joindra
Coordination Sud, une fédération d’Ong françaises.
Ses initiateurs définissent le Forum social mondial comme
"un espace de concertation et de dialogue, d’échanges d’informations
et d’expériences… mais aussi et surtout de proposition d’alternatives
crédibles et viables". Ils restent convaincus qu’"un autre
monde est possible". Créé en 2001, le Forum social s'est tenu
quatre fois à Porto Alegre, au Brésil, et une fois à Mumbai,
en Inde, en 2004.
Les altermondialistes africains qualifient de victoire la
tenue pour la première fois en Afrique du Forum social mondial.
"Les pays africains sont ceux qui ont le plus de problèmes
au monde. C’est pour eux que se bat la société civile mondiale.
En venant au Mali, les gens toucheront du doigt nos réalités
et verront le combat que mènent nos populations à la base,
nos Ong, nos gouvernants pour sortir de la pauvreté", lance
Gyengané.
Les participants ne se contenteront pas de réfléchir en vase
clos. Ils iront à la rencontre des Maliens dans leur vie de
tous les jours. Africable, une télévision satellitaire, retransmettra
les débats. La culture occupera une place de choix avec des
artistes et des écrivains de renom comme Angélique Kidjo,
Wazis Diop, Tiken Jah Facoly et Boubacar Boris Diop, Ken Bougoul.
Pour autant, Bamako changera-t-il la face du monde ?
Beaucoup de gens en doutent, pas les activistes. Gyengané
rappelle qu’on doit l’effacement partiel de la dette des pays
pauvres au lobbying des Ong. Pour les organisations de la
société civile, Bamako n’est qu’une étape. Les Ong et associations
comptent poursuivre leur combat de retour dans leurs pays
en mobilisant leurs militants et les autorités. Ainsi, les
Ong sénégalaises (voir site HYPERLINK "http://fss.m2014.net"
http://fss.m2014.net) organiseront, en mars 2006, à Kaolack,
un Forum social local pour restituer à la base ce qui s’est
passé au Mali. Le Spong rendra compte aux autorités burkinabé.
"Il y a des axes de travail dont la responsabilité relève
du gouvernement et pourquoi pas du Parlement ? Donc,
il faut travailler avec ces acteurs-là pour atteindre notre
but commun : le développement et le bien-être des populations",
estime Gyengané. Cette année, le Fsm est décentralisé en trois
pays : Mali, Venezuela et Pakistan. En 2007, ce sera au tour
de Nairobi, au Kenya, d'accueillir le prochain Forum
social mondial unifié, occasion de faire le bilan de toutes
ces initiatives pour un autre monde.
La proximité une chance, la distance un handicap
De nombreuses organisations de la société civile du Burkina
et surtout du Sénégal se rendront au Forum social mondial
par la route, proximité oblige !. Deux à trois cars quitteront
Dakar le lundi 16 janvier pour la capitale malienne, distante
de 1 200 km. La caravane s’arrêtera à Kaolack et à Tambacounda.
"A chaque escale nous ferons une sensibilisation sur le Forum
social mondial pour attirer l’attention des gens sur ce qui
se passe dans le monde, comme la pauvreté en Afrique", explique
Migniane Diouf, coordonnateur du secrétariat du Forum social
Sénégal (Fss). Chaque Ong, organisation paysanne ou de défense
des droits de l’Homme, syndicat, etc. verse 100 000 F
Cfa (153 €) par membre sélectionné pour la caravane. Certaines
organisations offrent du carburant.
Les Ong malgaches n’ont pas cette chance. Leur carton d’invitation
en main, elles ne savent où trouver l’argent pour payer leur
voyage et le séjour au Mali. La Cafed, une fédération
d’associations féminines de plus de 1 000 membres, n’a pas
les 20 millions de francs malgaches (environ 3000 €) pour
financer son déplacement. Il en est de même de Kmf/Cnoe, une
structure d'éducation de masse et d'observation des élections,
dont le président avait déjà assisté au forum de Porto Alegre
avec l'aide de ses bailleurs de fonds. Ils suivront les débats
à distance.
http://www.walf.sn/economique/suite.php?rub=3&id_art=25561