Forum
Social Africain
Les paysans africains s'unissent
et rêvent de Bolivie
BAMAKO - Le Forum social mondial qui se
tient jusqu'à ce soir au Mali a vu converger de nombreux petits
paysans africains. Ils peuvent y confronter leurs expériences
avec des leaders d'Amérique et d'Asie.
Près de 80% des Africains vivent encore aujourd'hui dans les
campagnes. Une réalité qui contribue à l'affluence des ateliers
du Forum social mondial sur les problèmes et les défis du
monde agricole.
Environ cinq cent militants de confédérations syndicales ou
d'associations paysannes, des chercheurs, des consultants
ou de simples agriculteurs des cinq continents ont rempli
à ras bord jeudi les salles de la modeste Bibliothèque nationale
de Bamako. On pouvait y observer une écrasante majorité d'organisations
africaines, maliennes principalement. Les Européens, Latino-Américains
et Asiatiques ne comptaient qu'une petite dizaines de délégués
dans chacune des trois salles. Un voisinage hétéroclite de
boubous flambants neufs, d'habits européens usés jusqu'à la
corde (ceux des paysans), de coiffes traditionnelles et de
casquettes vertes du réseau international Via Campesina. Les
discussions ont clairement montré que les paysans du monde
entier se retrouvent confrontés, dans un même mouvement, aux
privatisations des compagnies agricoles d'Etat, à la libéralisation
sélective des marchés et à la confiscation des terres par
des sociétés privées ou des agents de l'Etat.
Revenir au maraîchage
«Les institutions internationales nous ont poussé à développer
les cultures d'exportation comme le coton, ce qui a entraîné
une chute spectaculaire des cours mondiaux», a aussi rappelé
un intervenant guinéen lors du séminaire consacré à la souveraineté
alimentaire. Ce qui a poussé de nombreuses associations paysannes
à conseiller à leurs membres de retourner à des cultures vivrières
pour leur propre consommation, comme le sorgo, le mil et le
manioc et l'élevage, renonçant ainsi au riz thaïlandais et
aux poulets chinois. «Si le gouvernement finançait le développement
de l'agriculture de subsistance, notamment dans le bassin
du Tchad, nous pourrions largement subvenir à nos besoins
et même exporter», assure le secrétaire général du Cadre national
de concertation des producteurs nationaux du Tchad, la principale
faîtière de ce pays.
On est loin de cet objectif. La part des budgets des pays
africains consacrée à l'agriculture est passée de 4% en en
1980 à 1% environ aujourd'hui, a calculé Jacques Berthelot,
chercheur à l'Institut national d'agronomie de Toulouse. «Les
pays du Nord ont toujours subventionné et protégé leurs marché
et cela a permis le développement de l'industrie», affirme-t-il.
La victoire du Mozambique
Mais, avant cela, un problème plus fondamental concerne les
petits exploitants: l'accès à la terre. Les participants à
l'atelier sur les luttes paysannes ont salué à cet égard les
petits producteurs du Mozambique, venus présenter les résultats
d'une longue lutte sociale: l'obtention d'une loi très progressiste
en la matière. Elle permet à un paysan d'obtenir un titre
de propriété sur sa terre s'il la cultive depuis au moins
dix ans, et de ne payer aucun impôt s'il ne réalise pas de
profits importants.
Une universitaire chinoise a ensuite rappelé que la révolution
de Mao avait attribué la propriété des terres aux communautés
villageoises qui en avaient usage, et non à l'Etat, connu
pour son action inefficace et prédatrice pour les petits paysans
en Afrique de l'Ouest. Un véritable exemple pour la chercheuse.
Et une alternative à la privatisation actuelle des terres,
comme le montre l'exemple philippin: de nombreuses multinationales
ont acheté des terres au gouvernement et évincé les petits
producteurs pour cultiver des produits d'exportation. Ceux
d'entre eux qui sont ensuite engagés comme ouvriers agricoles
sont conviés à acheter du maïs transgénique étasunien pour
leur survie, raconte M. Antonio, basé à Manille.
En Bolivie, paysans au pouvoir
Le cas bolivien a aussi suscité l'intérêt de l'assistance:
«Comment se peut-il qu'un mouvement paysan marginalisé se
retrouve à la tête de l'Etat?» s'est interrogé Isabel Rauber,
du centre de recherche argentin Pasado y Presente 21. «Il
a fallu briser la logique sectorielle», assure-t-elle. Le
mouvement des cultivateurs de coca a su s'allier avec les
associations de quartier des villes, les syndicats et les
étudiants sur des revendications communes. En Bolivie, ce
fut principalement l'accès à l'eau et la redistribution des
richesses nationales, le pétrole et le gaz. Au Mali, on pense
immédiatement au coton et à l'or, l'un en voie de privatisation,
l'autre aux mains de capitaux internationaux.
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L'exemple suisse essaime a bamako
Grand sujet de préoccupation pour les paysans du Sud, la question
des OGM est largement débattue à Bamako. Mohamed Haïdara,
coordinateur de l'ONG Afrique Verte Mali, estime que l'introduction
des semences brevetées en Afrique se fait contre le gré des
producteurs et sous la pression des puissances industrielles.
«Ca commence chez nous avec le coton. Le jour que ce sera
le tour des céréales, ça va tuer les producteurs, ils seront
obligés d'aller acheter leurs semences à une firme américaine»,
craint M. Haïdara. Réclamant une protection de la biodiversité,
plusieurs participants au Forum ont proposé qu'un moratoire
international sur la culture des OGM figure parmi les revendications
du mouvement altermondialiste. Avec un copyright suisse? BPZ/ATS
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La dette, thème clé du FSM
«La dette tue, tuons la», «La dette est un fardeau pour les
pays pauvres», «Annulation totale et inconditionnelle de la
dette des pays du Sud», les banderoles déployées par les participants
du Forum de Bamako mettent en exergue la problématique de
la dette comme un des thèmes majeurs de cette rencontre. Au
cours des ateliers qui se déroulent depuis vendredi à travers
la capitale malienne, la dette des pays du Sud a été qualifiée
de «partenaire stratégique de la mondialisation» et d'«ennemi
intime de la lutte contre la pauvreté». Ressortissant du Congo-RDC,
Jean Nompelé, membre d'un Comité pour l'annulation de la dette
du tiers-monde (CADTM), relève que «sur la planète, il faut
80 milliards de dollars pour que les pauvres puissent avoir
accès à l'eau, à l'éducation, aux services de santé. Or, explique-t-il,
les pays pauvres sont obligés, bon an mal an, de rembourser
300 à 400 milliards de dollars par an pour le service de la
dette.»
Barry Aminata Touré, présidente de la Coalition des alternatives
dette et développement (CAD-Mali), qui regroupe une soixantaine
d'associations, explique que «les privatisations imposées
par les grands argentiers du monde alourdissent la dette des
pays du tiers-monde. Le mécanisme est simple: on nous dit:
privatisez vos sociétés et on vous donnera de l'argent pour
renflouer vos caisses». Le cercle vicieux est relancé. Et
l'effet des privatisations aggrave encore la situation. Ainsi
la Compagnie malienne pour le développement textile, en cours
de privatisation, où «un demi-millier de personnes ont été
licencié» et qui s'est «désengagée des activités de développement».
Comme les autres participants au FSM de Bamako, elle réclame
«l'annulation pure et simple de la dette des pays du tiers-monde
pour les mettre sur les rails du développement».
La Guinéenne Mariam Diallo va plus loin. Elle propose «un
impôt sur les grandes fortunes du monde pour financer le développement
du tiers-monde». AFP
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Les sans-papiers privés de «leur» manif
Le réseau français, No-Vox (les sans voix) a appelé, hier,
à une manifestation contre les expulsions des sans-papiers
et pour dénoncer «la gestion inhumaine de l'immigration par
les pays européens». À l'heure prévue, environ 350 personnes,
principalement des Maliens, mais accompagnés d'Européens,
étaient présentes au Palais des Congrès et prêtes à se diriger
vers l'ambassade de France à Bamako afin d'exiger qu'une délégation
des différents collectifs y soit reçue. Cependant, au moment
du départ, la rumeur s'est répandue parmi les manifestants
que la manifestation pouvait être annulée. En effet, Aminata
Traoré, présidente du Forum pour un autre Mali, la star des
altermondialistes maliens, idole des médias, aurait incité
les organisateurs de la manifestation à l'annuler en estimant
qu'une telle démarche était contraire à l'esprit de collaboration
dans lequel elle avait travaillé avec la ville de Bamako pour
organiser le FSM, selon Jean-Baptiste Eyraud, membre de No-Vox.
Cependant, les organisateurs ont décidé de soumettre la décision
de l'annulation de la marche à l'assemblée des manifestants,
qui a décidé de la poursuivre malgré tout. Aminata Traoré
est venue, en personne, y faire valoir son point de vue. Elle
qui a récemment créé une association de sans-papiers maliens,
peu après la médiatisation de Ceuta et Melilla. La foule n'a
cependant pas tenu compte de l'avis de Mme Traoré, qui est
repartie sous les invectives de certains de ses compatriotes,
plus particulièrement de sans-papiers maliens, qui lui ont
reproché son inaction. Après ce départ difficile, les manifestants
se sont alors mis en marche, scandant des slogans contre «des
expulsions illégales et inhumaines», «les lois répressives
de la France». Ils ont également stigmatisé la complicité
des Etats africains qui ne défendent pas les intérêts de leurs
ressortissants à l'étranger et leur duplicité sur les questions
migratoires, alors que les travailleurs émigrés constituent
une source importante de devises pour ces pays. Après une
marche d'un km, la manifestation a été bloquée par un cordon
policier, rapidement renforcé par des effectifs militaires.
Environ 60 représentants des forces de l'ordre ont barré la
route au cortège. Après environ une heure de négociations
infructueuses avec la police, les organisateurs ont été contraints
de demander aux manifestants de rebrousser chemin en leur
promettant qu'une délégation des leurs serait reçue aujourd'hui
à l'ambassade française. STÉPHANE NICOLAS