Forum
Social Africain
L’INTERNATIONALE
SOCIALISTE AU FORUM SOCIAL DE BAMAKO
Impulser la démocratie et surmonter
la pauvreté en Afrique
En marge des travaux du Forum Social
Mondial qui se tient à Bamako depuis le vendredi 20 janvier
dernier, la famille de l’Internationale Socialiste s’est réunie,
le samedi 21 janvier, à l’Hôtel de l’Amitié pour discuter
de deux thèmes. Le premier était «impulser l’agenda démocratique
en Afrique» et le second «surmonter la pauvreté et la faim
: réaliser le développement durable en Afrique d’aujourd’hui».
Autour des personnalités de haut rang du parti
socialiste français dont Guy Lambertit, certains responsables
des partis africains membres de l’internationale socialiste
ont participé à cette rencontre.
Parmi ces partis, nous avons l’Alliance pour la
Démocratie au Mali (ADEMA) de Dioncounda Traoré, le Rassemblement
Pour le Mali (RPM) d’Ibrahim Boubacar Kéïta par ailleurs président
de l’Assemblée nationale, le Rassemblement du Peuple de Guinée
(RPG) du célèbre opposant guinéen Alpha Condé.
Abordant le premier thème, «impulser l’agenda
démocratique en Afrique, le président du RPM, Ibrahim Boubacar
Kéïta a souligné qu’ "il est temps en Afrique
qu’il y ait des élections propres. Et, pour cela, nous sommes
tous interpellés».
Et un délégué du RPG représentant Alpha Condé,
d’attirer l’attention sur le cas de la Guinée. Pour lui «aucune
institution démocratique ne fonctionne normalement en Guinée.
Seul le président Lassana Conté décide, tous les autres subissent.
Nous avons, en Guinée, une démocratie de façade».
Pour la réalisation du développement durable en
Afrique, l’Internationale Socialiste mène une campagne pour
faire de la lutte contre la pauvreté une priorité urgente.
D’abord au niveau national, Guy Lambertit et ses camarades
ont dégagé des orientations générales.
Il s’agit de privilégier les secteurs sociaux
dans l’arbitrage budgétaire, mettre en place un programme
d’équipement collectif prenant en compte les préoccupations
de lutte contre la pauvreté, assurer une sécurisation foncière
pour créer les conditions de fixation des populations rurales
et d’élévation du niveau de production. Tout cela pour restaurer
un environnement économique propice à une forte croissance
économique.
Toujours au plan national, les socialistes préconisent
l’amélioration de la capacité productive des populations,
la création d’emplois dans les zones ciblées aussi bien en
milieu urbain qu’en milieu rural.
Améliorer l’accès des populations aux services
sociaux, l’état nutritionnel des groupes vulnérables et mener
une bonne politique d’information, d’éducation et de communication
sont également des orientations socialistes.
Ensuite, au niveau international, l’objectif est
de réduire de moitié la pauvreté à l’horizon 2010 en finançant
cette réduction par les moyens dégagés de la réduction de
la dette.
Pour cela, ils souhaitent mobiliser d’abord les
gouvernements issus des partis sociaux démocrates qui sont
au pouvoir pour ensuite impliquer les pays européens, certaines
institutions spécialisées de l’ONU telles que le Fonds Monétaire
International (FMI) et la Banque Mondiale, sans oublier les
Organisations Non Gouvernementales (ONG).
Alassane DIARRA
L’IMMIGRATION VUE DU COTE POSITIF
Les causes de l’immigration, ses
bienfaits pour l’économie africaine. Voilà quelques thèmes
qui étaient au centre d’un point de presse organisé par certaines
associations de défense des droits de l’homme françaises,
maliennes et nigériennes.
Le Forum social mondial, qui s’est ouvert le vendredi
dernier dans notre capitale, sera l’occasion pour les alter-mondialistes
et certaines associations de défense des droits de l’homme
de faire valoir à l’opinion nationale et internationale leur
conception des problèmes d’actualité : l’avènement d’un monde
meilleur.
C’est dans cet esprit que l’immigration, le problème
auquel tous les pays pauvres font face depuis belle lurette,
était au centre d’un point de presse organisé le jeudi 19
janvier par plusieurs associations de défense des droits de
l’homme au nombre desquelles le réseau Kayira, le groupe alternative
Niger représenté par Moussa Tchangari, «Droit devant» représenté
par Jean Claude Amara (France), la ligue pour la justice,
le développement et les droits de l’homme au Mali représenté
par son président Me Amadou Diarra.
C’est la salle de conférence du Réseau Kayira
qui a servi de cadre à cette importante conférence qui a aussi
enregistré la participation d’un nombre important du monde
paysan et du président des Maliens expulsés.
Justifiant les causes de l’immigration, Jean Claude
Amara de «Droit Devant» a souligné que celle-ci est liée à
l’appauvrissement des pays de départ par les pays du Nord
et surtout à la politique d’ajustement structurel de la Banque
Mondiale et du Fonds monétaire international.
Il s’est dit ensuite indigné de la politique menée
par les pays européens et surtout la France pour combattre
le processus. A l’en croire, la France durcit d’année en année
sa législation à l’égard des immigrés surtout avec l’arrivée
de Nicolas Sarkozy au département de l’Intérieur, qui mène
la politique du pire. En voulant procéder jusqu’à vingt deux
mille expulsions par an.
Pour Jean Claude Amara, on doit considérer les
immigrés qui vont en Europe comme des citoyens réguliers de
leur pays d’accueil, car ils vont en quête de l’amélioration
de leurs conditions économiques, sociales et sanitaires qui
sont très précaires dans les pays de départ.
Oumar Mariko, ancien leader estudiantin, tête
de proue de la lutte pour l’avènement de la démocratie au
Mali, et non moins président du réseau Kayira et du parti
politique SADI, a abondé dans le même sens.
Selon lui, le mutisme de nos autorités face aux
conditions d’expulsion et de vie à l’extérieur est un signe
de complicité. Pour lui, l’immigration n’a pas toujours que
des côtés négatifs. Elle vide nos pays de nos élites intellectuelles
et de nos bras valides, mais elle contribue fortement à la
croissance de l’économie africaine.
Rappelons que les Maliens vivant en France envoient
chaque année au Mali un montant estimé à plus de 180 milliards
de FCFA. Pour Me Amadou Diarra, président de la ligue pour
la justice, le développement et les droits de l’homme, «le
Maroc et l’Espagne sont justiciables devant les juridictions
internationales du fait des traitements qui ont été infligés
récemment aux immigrés dans les enclaves de Ceuta et de Melilla»
.
Pour Me M’Bam Diarra il est incompréhensible que
nos autorités n’arrivent pas à dénoncer publiquement les pays
qui font des expulsions sauvages de nos compatriotes.
Kassim THERA
ENTRETIEN AVEC DR OUMAR MARIKO
"Les altermondialistes
sont un peu ambigus dans leur combat "
Le docteur Oumar Mariko suit de
bout en bout le Forum social mondial. Depuis le lancement
de ce vaste rassemblement mondial, il est sur tous les fronts,
notamment au Centre International des Conférences de Bamako.
C’est là où nous avons saisi l’opportunité de lui poser quelques
questions sur le combat des altermondialistes. Un combat qui
ressemble au sien propre.
L’Indépendant : Quelles sont vos
impressions par rapport au Forum social mondial ?
Dr Oumar Mariko : Je pense que
c’est une excellente chose. C’est une très bonne chose de
faire venir des gens de tous les coins du Mali et du monde
entier à Bamako pour savoir ce qui se passe dans le pays.
Je pense que l’idée d’organiser un forum de ce genre est une
idée formidable, qu’il faut surtout savoir exploiter à bon
échéant
Nous avons l’impression qu’il existe
une ligne directe entre le Forum et Radio Kayira, qui est
vôtre ?
Je suis heureux que vous faites le constat que
ce qui se dit au forum , c’est ce que nous avons dit des années
durant. C’est pourquoi, au niveau de la radio Kayira, nous
avons fait la retransmission en direct sans frais de toutes
les activités du forum. Donc, c’est pour dire que nous sommes
encore une fois confortés que les Maliens qui nous avaient
considérés comme des gens qui avaient des idées utopiques
se rendent compte que nos idées ne sont pas aussi utopiques
que ça. Ensuite, ce que nous proclamons, d’autres le proclament.
Et d’autres ont réglé un certain nombre de ces problèmes.
Notre démarche s’inscrit dans la résolution des problèmes
vitaux de l’ensemble du peuple malien. A défaut de la majorité
du peuple malien.
Quel est votre point de vue sur
le combat des altermondialistes ?
Les altermondialistes sont un peu ambigus dans
leur combat. Les idées nobles qui sous-tendent leur démarche
sont très intéressantes. Mais, ils sont ambigus dans leur
positionnement. Ils ne sont pas homogènes. Et cette hétérogénéité
fait que la tendance générale, qui se dessine dans le mouvement
altermondialiste, est confuse parce que la problématique du
pouvoir n’est pas posée par les altermondialistes. Si elle
est posée, c’est de manière à refuser le pouvoir alors qu’en
réalité la démarche doit constituer à faire en sorte que les
politiciens soient dessaisis pour que le peuple puisse prendre
le pouvoir. Il s’agit donc de permettre aux populations de
pouvoir prendre le pouvoir local, central et d’imposer leurs
aspirations à la marche de l’histoire, à la conduite des affaires
de leurs pays. Quelque part, à mon avis, les idées généreuses
mises en avant par les altermondialistes devaient aboutir
à cette démarche. Je sais que cette démarche est partagée
par certaines personnes du mouvement. Il ne faut pas que l’altermondialisme
soit une grande kermesse que l’on organise à l’échelle mondiale.
Tout altermondialiste conséquent doit s’impliquer clairement
et ouvertement dans la lutte sociale. Sinon, il n’est pas
altermondialiste, il est autre chose.
Dr Markiro, il semble que vous êtes
une des personnes à défendre les travailleurs de l’Office
du Niger et ceux licenciés de Morila ...?
Comme vous le savez, je suis dans une organisation
c’est-à-dire le parti Solidarité Africaine pour la Démocratie
et l’Indépendance (SADI) dont je suis le Secrétaire général.
C’est un parti des luttes sociales et des urnes. En un mot,
nous nous battons en lieu et place de ceux là qui vont acheter
les voix, les consciences, les promesses ... nous avons fait
nôtre, la démarche qui consiste à expliquer aux populations
la vraie nature de la politique, à nous impliquer dans leur
combat au quotidien en vue de partager leurs douleurs et souffrances.
Et aussi, leur donner des raisons d’espérer en disant qu’ils
vont être joyeux un jour et nous avec. C’est cette démarche
qui fait que notre parti est présent dans toutes les luttes
sociales que ce soit à Koutiala, Kayes. C’est là aussi que
notre parti recrute ses militants. Parce ce qu’il y a un pacte
qui nous lie, en tant que militants et parce que nous avons
la même vision, la même orientation. C’est pourquoi, je dis
que nous sommes un parti en construction. Vous savez qu’il
y a une nouvelle ligue qui a vu le jour. La Ligue pour la
Justice et le Développement des Droits de l’Homme. Les responsables
de cette ligue ont la même vision que nous. S’agissant des
travailleurs de l’Office du Niger et de la Somadex, leur situation
dépasse l’entendement. Je pense que ce problème est tellement
facile à résoudre que je n’arrive pas à comprendre pourquoi
on ne le résout pas. En ce qui concerne notre parti, nous
avons rencontré, dans cette histoire, le président de l’Assemblée
nationale, le président de la République, le Premier ministre,
jusqu’à présent rien n’a été fait. Je dis simplement qu’en
dernière instance, il faut que le peuple malien se ressaisisse,
que la jeunesse aussi se ressaisisse, parce que tous les secteurs
sont touchés.
Entretien réalisé par Alou B HAIDARA
La Radio Kayira en vedette
Le forum polycentrique des altermondialistes
de Bamako est sans nul doute, un événement qui aura attiré
le plus grand nombre de journalistes, après le 23è Sommet
Afrique-France. La Radio Kayira du Dr Oumar Mariko qui est
un réseau de six stations dont celle de Bamako a déployé tous
les moyens pour faire de cet événement une grande rencontre.
Elle s’est beaucoup engagée dans la couverture médiatique.
A travers ce forum, la voix des sans voix veut
aider la population à s’approprier l’événement.
C’est pourquoi, tout le programme de la station
a été mis au rythme du Forum avec des informations et des
conférences débats.
Pour ce faire, une équipe a été délocalisée sur
le site du Centre International des Conférences (ex-Palais
des Congrès).
En plus de cette couverture médiatique, Kayira
a invité et pris en charge des organisations paysannes et
ouvrières du Mali dans le cadre d’un collectif formé avec
les ONG de la santé communautaire.
A.B.HAIDARA
DETTE, LIBERALISATION ET PRIVATISATION
"Haro sur les sociétés
supranationales !"
"Dette, libéralisation et privatisation".
Tel était le thème de l’une des trois conférences organisées
samedi matin dans le cadre de l’axe thématique "Dette, OMC"
du Forum social mondial à la Maison des jeunes sise au Quartier
du fleuve. Ce thème a été animé par trois représentants respectifs
de "Jubilee Afrique" et "Daughters of Mümbi" du Kenya, de
"Sapsin" du Zimbabwe et de "X Minus Y" des Pays Bas.
Le facilitateur, le Sénégalais Demba Moussa Dembelé
du Forum africain des alternatives, a d’abord situé le cadre
du débat en annonçant la couleur dès le départ. Dans sa présentation,
il a, en effet, dénoncé les politiques de libéralisation qui
"ont contribué à faire tomber les pays
du Sud dans un gouffre et continuent de le faire en accroissant
de manière inexorable leur endettement extérieur. Les Occidentaux
utilisent la dette pour rendre esclaves les Africains."
Il a ainsi parlé de l’étroitesse des liens entre
la dette et "ces politiques néfastes". Avant de donner la
parole aux différents intervenants.
La première conférencière, Mme Njoki Njehu des
associations "Daughters of Mümbi" et de "Jubilee Afrique"
du Kenya, a déclaré qu’il est déplorable de constater aujourd’hui
que tous les Etats d’Afrique sont lourdement endettés.
Le constat est d’autant plus amer, selon elle,
que ce sont les mêmes libéraux qui sont à la base des privatisations
et "le pire est que celles-ci continuent
d’appauvrir les plus pauvres en limitant les possibilités
des populations, en créant des situations précaires et en
ouvrant la voie aux sociétés multinationales étrangères pour
mieux exploiter ces peuples auxquels ils proposent des produits
de tous genres."
Plus concrètement, elle a cité l’expérience de
plusieurs pays en insistant sur celle du Ghana où, dit-elle,
"on a l’impression que ce n’est pas seulement
le service de l’eau qui est privatisé, mais l’eau elle-même,
rendant ainsi très difficile l’accès à cette ressource pour
les populations à cause de son coût de plus en plus élevé."
Pour elle, "si les populations accèdent
à n’importe quels produits, ça ne va plus. Nous avons juste
besoin de vendre nos mangues, notre coton et nos autres produits
locaux, mais il faut qu’ils restent des produits naturels
La libéralisation, comme la privatisation, ouvre nos marchés
aux multinationales des Etats-Unis, de l’Europe et du Japon.
Cela n’est pas juste. Car ce sont le profit et le bénéfice
des peuples du Sud seuls qui doivent compter."
Deuxième à prendre la parole, Mme Patricia Kasiamhuru
du Zimbabwe de " Sapsin ", a rappelé que dans les
années 90, en Afrique australe, la lutte contre le colonialisme
n’était sans doute pas facile, mais elle se faisait de manière
concertée.
Il faut donc, pour elle, prendre exemple sur cette
lutte pour "mettre en place des programmes précis
de sensibilisation qui puissent faire prendre conscience aux
peuples africains les raisons de la lutte des altermondialistes."
Selon la représentante de "Sapsin", qui a aussi
parlé de la situation précaire des femmes du Sud, "le
processus doit partir du niveau local parce que nous faisons
partie d’un système dont les rouages sont bien connus de nos
gouvernants, décideurs des privatisations, mais dont ceux-ci
font exprès de taire les agissements."
Elle prend l’exemple de l’Afrique du Sud et du
Malawi où on veut faire croire que l’ère coloniale était meilleure
à aujourd’hui. "Ce sont, dit-elle, ces mensonges
que nous voulons éviter."
Pour illustrer ses dires, elle n’a pas manqué
de faire un rappel du bras de fer qui oppose, aujourd’hui,
au plan économique, l’Occident à la Chine émergente. Il faut
donc que les voix du Sud s’élèvent encore plus, selon elle,
pour sensibiliser les populations à se mobiliser davantage.
Peter Costers de l’association "X Minus Y" des
Pays Bas est le troisième conférencier. Il a commencé par
dire : "Je suis personnellement victime des
conséquences néfastes de la dette, c’est pourquoi je suis
ici aujourd’hui."
Avant de dire qu’il est urgent d’annuler la dette
car, "c’est un problème préoccupant". M.
Costers a parlé de ce sujet complexe sous ses différents angles.
Selon lui, "la dette est liée à la détérioration
des termes de l’échange qui est une injustice du système commercial
international. J’espère que pour le Sud il y aura des changements
majeurs. En 1973-74, la dette a beaucoup affecté les populations
de ces Etats. Depuis lors, nous ne faisons que nous enfoncer
au lieu qu’elle nous serve à quoi ce soit de concret en termes
de développement. Au contraire, la libéralisation a donné
naissance à l’importation, en grandes quantités, des produits
du Nord par les pays du Sud."
Peter Costers a également, à l’appui de sa thèse,
parlé des études qui ont démontré que les pertes de l’Afrique,
à cause de la dette, sont très effarantes.
Une de ces études, qui concerne 28 pays africains,
a démontré que cette perte est estimée à 170 milliards de
dollars. Or, il se trouve que cette somme est suffisante à
elle seule pour effacer l’ensemble de la dette des 53 pays
africains.
Aujourd’hui, continue-t-il sans être pessimiste,
l’Afrique est de plus en plus en insécurité à cause de l’impact
négatif de la dette sur les économies des différents Etats
qui la composent.
L’agenda de l’Union européenne, selon lui, donnera,
lui aussi, des effets pervers. Cela a été démontré par une
étude de l’institution elle-même.
Les revenus issus des importations africaines,
selon l’Institut européen de recherches, dit-il, n’arriveront
pas non plus à résoudre le problème car 70 % de ces revenus
seront perdus pour l’Afrique.
Le conférencier a également dénoncé la propagande
de la Banque mondiale car selon une étude faite par cette
institution de Bretton Woods elle-même, la dette a des effets
sociaux pervers: les pertes des revenus des Etats africains
sont évaluées à environ 20 %. C’est donc toutes les politiques
des institutions internationales qui sont négatives pour les
économies du Sud, même celle dite de "renforcement
des capacités."
Après ces trois interventions passionnées, place
a été donnée aux débats avec l’auditoire. Selon le modérateur,
Demba Moussa Dembelé, le problème de l’Afrique - qui vend
80 % de ses produits non transformés -, c’est surtout sa trop
grande ouverture.
Quant à Njoki Njehu, elle a déploré que "les sociétés
supranationales viennent dans nos Etats parce qu’elles ne
peuvent pas privatiser l’eau dans leur propre pays." Elle
a également ajouté: "Le problème, c’est que les négociations
se font de manière individuelle, dans les coulisses, pas de
manière multilatérale et concertée. De sorte que les puissances
du Nord ont toujours le quota qu’ils veulent dans ces négociations."
Pour Peter Costers, qui répondait à une question,
"la solution, c’est l’unité des peuples d’Afrique
et de ses mouvements sociaux. Ce n’est pas seulement une question
d’immoralité : ce sont des lobbies qui sont derrière l’appauvrissement
de l’Afrique."
Patricia Kasiamhuru, quant à elle, a rassuré tous:
"Nous n’avons pas à nous décourager, nous devons nous mobiliser
et être optimistes."
Et le modérateur, Demba Moussa Dembelé, de conclure:
"Pour comprendre l’Afrique, nous ne devons pas
la voir à travers la loupe de l’Occident et ses médias tels
que CNN, BBC ou TF1. Nous devons la voir à travers ses propres
valeurs."
Zoubeirou MAIGA
TRAINER EN JUSTICE LA BANQUE MONDIALE
ET LE FMI
Les deux institutions de Bretton
Woods fortement décriées
Le thème de l’une des trois conférences
organisées samedi matin dans le cadre du Forum social mondial,
à la Maison des jeunes, au Quartier du fleuve, est très particulier
vu son intitulé même. Il s’agit de "traîner en justice la
Banque mondiale et le Fonds monétaire international pour crimes
contre l’Humanité". Ce sujet passionnant a été animé, à partir
de midi, par 4 conférenciers.
Est-il possible de traîner en justice la Banque
mondiale et le Fonds monétaire international ? Pourquoi ester
en justice contre ces deux institutions de Bretton Woods ?
Comment le faire ?
C’était là les questions essentielles auxquelles
ont tenté de répondre les conférenciers et les intervenants
de divers pays. Des questions si spécifiques que ces deux
institutions internationales sont les principaux gendarmes
du monde, plus particulièrement des pays du Sud, en matière
de financement international et d’endettement extérieur.
A la question de savoir s’il est possible d’ester
en justice contre la Banque mondiale et le FMI, Salissou Obandoma
du Réseau national Dettes et développement (RNDD) du Niger
a fait la part des choses en faisant la différence entre les
deux institutions qui n’ont pas les mêmes statuts juridiques.
Concernant la Banque mondiale, il est bien possible
de la traîner en justice surtout via l’émission de titres.
"La réponse est positive, dit-il."
Pour défendre son idée, le conférencier s’appuie sur le texte
créant, en1944, cette banque, notamment en son article 7.
Pourquoi la traîner en justice ? Parce qu’elle
a commis beaucoup de crimes. Elle n’a fait que soutenir les
dictatures : cas du Chili de Pinochet, de l’ex-Zaïre de Mobutu,
de l’Indonésie de Suharto, etc.
Alors qu’au même moment elle a refusé de soutenir
les démocraties: le Chili d’Allende. Il faut porter plainte
parce que les prêts ont des conséquences fâcheuses sur les
couches les plus dévalorisées, continuant sans cesse de les
appauvrir.
Cas qui oppose aujourd’hui le Tchad à la Banque
qui a bloqué le compte des ressources pétrolifères de ce pays.
Conséquence : le Tchad ne peut plus payer ses fonctionnaires.
Quant à Roseline Peluchon du Comité (français) pour l’annulation
de la dette du Tiers-monde (CADTM), elle a mis l’accent sur
le fait que la BM, depuis sa création sous Roosevelt pour
un nouvel ordre mondial, s’est détournée de ses objectifs
premiers.
"A partir de ce moment, il y a eu
un glissement : le vote se fait au prorata des cotisations.
Les Etats-Unis bénéficient ainsi de 85 % des voix."
De sorte que l’institution ne peut plus être efficiente.
Et c’est sous McNamara que l’endettement des pays du Sud s’est
accru, constate-t-elle.
Tous les intervenants - Sékou Diarra de la CAD
Mali (Coalition des alternatives africaines d’aide au développement),
Olivier Bonfond du CADTM Belgique -, de même que le modérateur
Jean Mpelé du CADTM Congo et du CADTM Suisse - ont dénoncé
"la dette odieuse" selon le terme d’Alexander Sax.
Une dette qui doit être récupérée sur les fonds
des dictateurs et non sur les budgets d’Etat. Ils sont tous
aussi unanimes pour dire que tant la Banque mondiale que le
FMI peuvent être traînés devant la justice.
Mais quelle justice quand les décideurs détiennent
les rênes de toutes les institutions, au-delà de celles de
Bretton Woods.? La tâche reste ardue. Très ardue.
Zoubeïrou Maïga
FORUM SOCIAL MONDIAL
Une marche pour changer le monde
C’est sous un temps très frais (environ
16° C) que le Forum social mondial polycentrique de Bamako
a donné son coup d’envoi le jeudi 19 janvier. Ils étaient
très nombreux à faire le déplacement pour le lancement officiel
de cette rencontre annuelle des altermondialistes.
Lors de la marche organisée à cet effet, on pouvait
compter ce jour-là, environ 5000 personnes sur les 30 000
attendues. Et tous les mécontents du Mali, de l’Afrique et
du monde entier étaient au rendez-vous.
La marche inaugurale a démarré à la Place de l’Indépendance
à Bamako-Coura, aux environs de 15 heures, pour arriver au
stade omnisports Modibo Kéïta vers 17 heures 28 mn.
Pour ce faire, les danseurs habillés en uniforme
de coton ou portant des masques dogon, entre autres, étaient
mobilisés et dansaient au rythme de différents slogans altermondialistes.
On pouvait lire sur certaines banderoles : "Halte
à la politique agricole ", "Non à l’injustice", " Paix, justice,
démocratie " !
Parmi les marcheurs figuraient en bonne place
des Africains et, bien sûr, des Européens, Américains et Latino-américains,
Asiatiques, Australiens etc. Beaucoup de Maliens dont les
licenciés du Chemin de fer et d’autres structures étatiques
sont massivement sortis eux aussi de manifester leur mécontentement.
Les paysans estiment qu’ils sont asphyxiés par
les politiques des puissances européennes et américaines.
Quand on sait qu’ils vivent aujourd’hui en dessous du seuil
de pauvreté.
Au stade omnisports Modibo Kéïta, les marcheurs
ont été accueillis par les paysannes et les jeunes dont le
représentant de la jeunesse du Mali, Ibrahim Soulé. Et les
troupes musicales de différents pays étaient là pour montrer
leur savoir-faire.
La grande cantatrice de Bougouni, Nahawa Doumbia,
et sa sœur Fantani Touré, venue spécialement pour le Forum,
ont fait des prestations très remarquables.
Mais cette fête aurait été gâtée par la rivalité
entre le Maroc et la fantomatique «République arabe Sahraouie
démocratique» n’eût été l’intervention rapide des forces de
l’ordre.
En effet, les représentants des deux parties étaient
présents à la cérémonie d’ouverture qui a pris place immédiatement
après la marche. Et lorsque ceux du Maroc sont montés sur
la pelouse avec leur drapeau, les représentants de cet «Etat»
qui n’existe que sur le papier et ne jouit aucunement de la
reconnaissance ni des Nations Unies, ni de la Ligue des Etats
Arabes, sont également descendus de la tribune officielle
avec leur soi-disant drapeau pour tenter de dénoncer ce qu’ils
appellent «l’occupation marocaine». Les policiers
maliens ont aussitôt mis fin à la démonstration déplacée.
En tout cas, le défi de ce forum est double. Il
s’agit, dans un premier temps, de faire avancer la convergence
des altermondialistes africains qui avaient été très divisés
les années précédentes et, dans un deuxième temps, de dynamiser
les acteurs altermondialistes.
Le Forum devrait favoriser les échanges d’expériences
entre les altermondialistes africains et leurs homologues
du reste du monde.
Alou B HAIDARA
ORGANISMES GENETIQUEMENT MODIFIES
ET COTON BIO
"Des armes de destruction massive"
selon les altermondialistes
Parmi les nombreux thèmes retenus
lors du Forum social mondial de Bamako figurait, en première
ligne, celui relatif aux Organismes Génétiquement Modifiés
(OGM) et au coton BT. Les différentes interventions enregistrées
lors de l’atelier qui s’est tenu, hier dimanche 22 janvier,
à la Bibliothèque nationale, convergent sur un point : "les
OGM et le coton-bio sont des armes de destruction massives
pour le pays du tiers-monde".
"On ne peut pas parler des OGM sans
parler du coton BT car c’est par ce canal que les Américains
et Suisses, à travers les firmes Mosanto et Syngenta, veulent
imposer cette pratique en Afrique". C’est par cette phrase
que Francis Wurtz, membre du Parlement Européen de gauche
et principal conférencier, a introduit la rencontre.
Lors de la réunion de Ougadougou, au Burkina Faso,
en 2002, à laquelle il avait participé, Francis Wurtz affirme
qu’il ne savait pas "qu’elle était financée
par Mosanto et Syngenta".
A la question de savoir à qui profitaient les
OGM et la culture du coton Bio, il continue: "j’ai
été confronté à des réponses qui revenaient sur une même conclusion
: aux sociétés Américaines, Suisses et à la campagne du président
Bush".
Pour convaincre leurs frères africains, a ajouté
M. Wurz, "ces firmes ont fait venir des producteurs
sud-africains qui expérimentaient le coton-bio. Ils ne sont,
pourtant, pas ici à Bamako, car nous avons été informés que
des problèmes de productivité se sont posés et que ces paysans
sont de plus en plus devenus dépendants de leurs fournisseurs.
C’est, à long terme, le problème qui va se poser si les Africains
acceptent d’épouser ce type de ulture".
Francis Wurz de conclure : "Vous, les paysans, êtes les seuls à
accepter ou non l’utilisation des OGM dans la culture du coton.
Ces produits sont comme le nucléaire. Quand on maîtrise l’aspect
civil, on peut passer à l’aspect militaire. Ils sont très
dangereux pour la nature et font des paysans des êtres dépendants".
« Ce que les Blancs
veulent, c’est gagner l’argent à nos dépens »
Brahima Diarra, cotonculteur de
Bougouni, tient un dépliant EuropAfrique dans les mains.
"Je ne sais pas lire ce qui est
écrit ici. Je ne vois que les images et j'’essaye, à ma façon,
de donner un sens à tout cela" nous confie-t-il.
Mais, quand on lui a donné la parole pour se prononcer
sur le thème, il n’a pas porté les gants pour qualifier les
OGM et le coton-bio "d’armes de destruction massive".
"Les Blancs nous ont encouragé à
cultiver le coton car il est rentable. Nous avons suivi leurs
conseils et, aujourd’hui, nous avons du mal à écouler le produit
sur le marché. De plus, le prix auquel cette denrée est fixée
ne nous profite pas. Maintenant, on nous demande d’adopter
d’autres produits qui vont nous faire produire plus. Ce que
ces étrangers veulent, c’est gagner de l’argent à nos dépens.
En somme, si nous nous n’adoptons pas les OGM, nous mourrons.
Si nous les adoptons aussi, nous mourrons car nous ne savons
pas à quoi cela va aboutir. Une arme à double tranchant".
"Le paysan ne mange pas ce qu’il ne connaît
pas" nous dit un adage bien de chez nous.
Bakary Blén Doumbia, cotonculteur,
lui aussi, est formel :
"nous ne connaissons pas ces produits.
Leur avantage ne nous a pas été prouvé. Nous connaissons ce
que nos ancêtres nous ont légué. Ce n’est ni le président
de la République, ni les ministres qui sont dans nos champs.
Ils ne connaissent non plus les réalités que nous vivons.
Si nous refusons ce que ces étrangers veulent nous imposer,
personne ne pourra nous obliger à aller dans ce sens".
«Les OGM ne peuvent pas lutter contre
la pauvreté...» dixit Francis Wurtz
Brama Koné, paysan de Bougouni, d’enfoncer le
clou : "Nous ne voulons de ces OGM ni aujourd’hui
ni dans le futur. Si les politiciens y trouvent une façon
de se remplir les poches, c’est leur affaire. Qu’ils les gardent
en ville et qu’ils épargnent les pauvres paysans que nous
sommes de ces pratiques douteuses. Nous avons eu des cas de
difficultés alimentaires au Mali. Qu’est-ce que ces OGM y
ont apporté comme solution? Notre coton dort dans nos champs.
Quel apport peut avoir ces OGM dans l’écoulement du produit?".
Face à cette levée de boucliers, le conférencier
principal, Francis Wurtz, ne pouvait "qu’apprécier" et "encourager les braves paysans à ne
pas baisser la garde".
Car, selon lui, "Ce ne sont pas les OGM qui peuvent
lutter contre la famine, ni non plus avoir un impact sur la
qualité et le prix du coton".
Paul MBEN
CAMP DE LA JEUNESSE
Pour rendre hommage à Thomas Sankara
Les jeunes ne sont pas restés en
marge du Forum social mondial. Ils ont, eux aussi, leur mot
à dire. C’est pourquoi, une place a été aménagée pour ces
futurs responsables du pays, pour rendre hommage à l’homme
d’Etat Burkinabé, Thomas Sankara assassiné le 15 octobre 1987.
C’est le Stade Omnisports Modibo Kéïta qui a été choisi pour
ces différentes manifestations.
Ainsi le vendredi 20 janvier, la salle des spectacles
du stade a refusé du monde à l’occasion d’une conférence sur
Thomas Sankara. Elle était animée par Soulé, président de
la commission d’organisation du Camp de la jeunesse, l’écrivain
et biographe de l’illustre disparu, le Français Bruno Saffré
et bien d’autres personnes. Le président de la Commission
d’organisation estime que "le Camp de la jeunesse
est l’une des tribunes du Forum organisées spécifiquement
pour la jeunesse dans le but de lui permettre non seulement
de dégager sa position, mais aussi de participer au processus
de prise de décision comme actrice et non comme spectatrice.
Le Camp permet à la jeunesse de se découvrir, de se manifester,
de se former et de s’informer pour mieux prendre des positions
afin d’aider à l’émergence d’une jeunesse unie, consciente,
soucieuse du devenir des peuples".
S’agissant du choix du nom de Thomas Sankara,
il dira que "cet homme est un révolutionnaire
et avant tout un jeune qui a rendu un grand service à
la jeunesse mais aussi à toute l’humanité.
Sankara est un homme digne, un combattant qui n’a jamais trahi
même une seule seconde. C’est un exemple pour les jeunes d’aujourd’hui
et ceux de demain".
Tous les intervenants ont soutenu que Thomas Sankara
a mené une révolution d’esprit surtout chez les jeunes.
Et vingt ans après sa disparition, le discours
de cet homme reste encore d’actualité notamment ses idées
contre l’impérialisme.
ABH
23 janvier 2006.