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Le Forum de Bamako vu par Susan George
(ATTAC France). Extraits.

par Susan George
31 janvier 2006

Ignacio Ramonet (directeur du Monde diplomatique, NDLR) a fait à Bamako une intervention structurée et politique : pour lui, l’évènement était conçu pour permettre de faire avancer le mouvement altermondialiste vers la dernière de quatre étapes. 1. Identifier la nature de la mondialisation néo-libérale et ses acteurs. 2. Les contester à travers manifs et protestations. 3. Rassembler tous ceux qui protestaient. 4. Proposer, en s’inspirant de la conférence de Bandung (voir : lien avec le site du CADTM, NDLR) pour, enfin, créer cet acteur collectif qui doit être un acteur politique.

Sur ce point, tous les participants du FSM proprement dit ne seraient sans doute pas d’accord. Quand certains prennent l’initiative d’un manifeste (le Manifeste de Porto Alegre, 2005, NDLR. Lire Les Autres Voix de la Planète, mars 2005), d’autres font remarquer qu’un programme politique ne peut pas émaner de quelques stars, aussi brillantes soient-elles, mais doit émerger de la base et qu’aujourd’hui c’est encore trop tôt. Ce à quoi les autres répondent : « Il y a urgence ». Les deux ont raison. Mon avis personnel ? C’est vrai qu’il y a urgence, mais si jamais le mouvement était sommé de devenir un acteur « politique » dans le sens classique, assujettie aux décisions d’une structure dominée par quelques-uns, non seulement cela ne marcherait pas mais je crains que cela ne ferait que reproduire, en plus grand, la crise que nous avons connue à Attac France avec l’épisode des « Listes cent pour cent altermondialistes ».

D’un autre côté, j’aimerais bien que, de la base, vienne une demande qui provoquerait une manifestation mondiale comme celle du 15 février 2003 contre la guerre d’Iraq. On ne demanderait à personne de laisser tomber sa campagne préférée. Dette, OMC, souveraineté alimentaire, que sais-je encore. Seulement, à un moment précis, nous démontrerions que nous sommes une force mondiale avec laquelle on doit compter et rendrions nos exigences visibles pour les « maîtres de l’univers ». Faudrait-il pour créer un tel moment attendre quelque chose d’aussi abominable que l’invasion de l’Iraq ? Cela, on ne peut le souhaiter et si c’est le cas, alors mon espérance est vaine.

Maintenant les séminaires. Je voudrais souligner la grande qualité, en général, des intervenants africains, qu’ils soient syndicalistes, d’organisations paysannes ou intellectuels. J’ai pris conscience par exemple de l’importance pour les pays africains des APE [EPA en anglais] qui sont les Accords de partenariat économique avec l’Union européenne. Ces APE imposent des conditions qui peuvent être plus dures encore que celles des IFI (Institutions financières internationales) ou de l’OMC (Organisation mondiale du Commerce). Quelqu’un a obtenu une copie ’fuitée’ de l’APE avec le Kenya. En gros, dans l’espace de 12 ans après la signature de l’Accord, il faudrait que le signataire ait libéralisé 90% de son économie, agriculture comprise.

Un Nigérien, qui s’occupe de la Radio Alternative à Niamey, m’a fortement impressionnée en expliquant par le menu comment les stratégies, conditions et privatisations de la Banque mondiale avaient littéralement abouti a organiser la famine dont sons pays a été victime l’an dernier. Il dit que nous entendrons encore parler de la faim au Niger car « ce n’est pas avec une seule bonne saison que l’on s’en sort ». Les Africains sont très clairs. Ils veulent la souveraineté et non pas la simple sécurité alimentaire, qu’ils considèrent comme un concept forgé par leurs adversaires.

L’injustice sur le coton à l’OMC a été aussi un grand sujet. On ne voit pas comment ils peuvent s’en sortir mais ils comprennent parfaitement que ce qu’ont proposé les USA a Hong Kong c’est de la poudre aux yeux. Un séminaire détaillé et très intéressant sur la dette odieuse (il s’agit d’un concept technique, permettant normalement de répudier légalement certains types de dette) était proposé en partie par nos amis du CADTM.

Pour ma part, j’ai trouvé le FSM de Bamako au moins aussi bien organisé que celui de Porto Alègre, quoique pour un nombre de participants plus réduit. Au début, le gouvernement pensait qu’il s’agissait d’un rassemblement de casseurs, petit a petit il a compris la réalité et a fini par donner l’équivalent d’un million et demi d’ancien franc pour l’organisation. Cela a permis de faire venir un grand nombre de Maliens de tout le pays. Le plus important, c’était que, pour la première fois, les Africains participaient massivement a un forum social mondial.

Susan George

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