Florence comme Paris et Londres a vu un rassemblement en majorité
de jeunes anti/alter mondialiste qui étaient surtout venus des pays de l’Europe
de l’Ouest - Allemagne, Angleterre, Belgique, Espagne, France, Italie et
d’autres pays. A Athènes, en revanche, en plus de la participation massive des
Grecs, le FSE a plus largement ouvert ses portes à de nombreux militants de
l’Europe de l’Est - Russes, Polonais, Tchèques, Slovaques, Hongrois et aussi
Turques, Kurdes et Palestiniens. Il était apparent qu’il existe une distinction
bien visible Nord-Sud au sein de l’Europe même.
Alors que des débats existent quant à l’utilité de ces forums, il
faut reconnaître qu’ils restent un lieu nécessaire de rencontre pour tous ceux
qui veulent apprendre à se comprendre et, en même moment, veulent forger des
alliances sans être sectaires, sans essayer de s’approprier l’espace pour soi
même — c’est-à-dire en respectant ce concept "d’espace libre et ouvert" qui
permet à la grande diversité, à la pluralité et à l’hétérogénéité des
participations de se retrouver sur la base d’un rejet radical, commun, du
néo-libéralisme capitaliste et de cette mondialisation impérialiste qui
étouffent et tuent le peuple laborieux de tous les continents.
Le FSE, tout comme le Forum social mondial (FSM), est fondé sur la
Chartre qui nous a permis à nous de nous retrouver ensemble dans cet espace
ouvert, sans nous replier chacun dans l’enclos fermés de nos organisations
d’origine - mouvements sociaux, syndicats, ONG, etc.. La mondialisation
néo-libérale, les guerres et les invasions des puissances impérialistes,
l’existence du mouvement pour la paix, ainsi que d’autres mouvements (contre la
faim, ou la prolifération des armements nucléaires) nous ont obligé à briser les
barricades qui nous séparaient et à construire des réseaux en plus des débats et
des discussions dans les plénières et ateliers qui ont lieu au sein du
forum.
Le FSM, conçu au Brésil et après 3 éditions à Porto Alegre depuis
2001, a perdu un peu de son souffle et de son élan, car il s’est limité à être
un point de rencontre des militants appartenant à de nombreux mouvements sociaux
et ONGs de presque tous les continents. Les thèmes étaient nombreux et les
débats étaient exhaustifs, mais le forum risque de de se réduire à un champ clos
où se retouvent les seuls militants.
Le Forum de Mumbai en 2004 ainsi que les forums polycentriques de
2006 à Bamako, Caracas et Karachi, ont trouvés de nouvelles dimensions pour que
les forums ne se réduisent pas à un enclos réservé à des rencontres de quelques
activistes privilégiés. Au forum de Mumbai, comme il a été correctement
souligné, les mouvements populaires se sont appropiré l’espace, lui donnant son
dynamisme social et militant.
Le risque est en effet que les membres des mouvements sociaux ou
de quelques ONGs disposant d’importantes ressources financières ne se
rencontrent qu’entre eux avec pour mission de "convertir les convertis",
oubliant que c’est la grande masse de nos pays qui est victimes de la
mondialisation, des guerres, etc.
Le Forum n’a raison d’être que si ses portes sont ouvertes tout
grand à l’entrée des ouvriers, paysans, jeunes, immigrants, dalits et à toutes
les victimes d’un capitalisme monstrueux et d’une mondialisation qui, chaque
jour, fait de notre monde un enfer insupportable. D’où ces luttes pour un "Non"
à la Constitution européenne, contre le CPE, pour le droit à l’immigration et au
travail, pour le droit de contrôler les ressources naturelles comme au Venezuela
et en Bolivie, contre les guerres et les invasions, contre les grands barrages
en Inde ou ailleurs ; ces luttes qui, avec beaucoup d’autres, expriment le
refus de l’actuel système dominant.
Le FSE a, en ce sens, besoin d’une réflexion pour restructurer ses
thèmes et pour assurer une participation plus vivante de ces milliers de
militants qui sont à la recherche d’un horizon commun à leurs mulitples
luttes.
Il reste cependant certain que le FSE comme le FSM ont acquis leur
raison d’être. Si Davos a lieu chaque année pour réaffirmer l’unité des riches
et des exploiteurs de la planète, nous réaffirmons nous aussi la solidarité de
celles et ceux qui, à travers les cinq continents sont bien décidés à ne pas
être les esclaves du système inhumain de la mondialisation néolibérale sous ses
diverses formes. Le FSM continuera à être ce point de rencontre et aussi, peut
être, le porte drapeau de ce combat. MURTHY PK