Le FSM en un coup
d’oeil
2001 : Premier FSM à Porto Alegre (Brésil) avec 15 000
participants
2002 : Deuxième FSM à Porto Alegre avec 50 000 participants
2003 : Troisième FSM à Porto Alegre avec 90 000 participants
2004 : Quatrième FSM à Mumbai (Inde) avec 130 000 participants
2005 : Cinquième FSM à Porto Alegre avec 155 000 participants.
2006 : Sixième FSM « décentralisé » (plusieurs
villes simultanément)
2007 : Septième FSM en Afrique subsaharienne
L’aventure du FSM a commencé en 2001
à Porto Alegre, une ville d’environ 3 millions
d’habitants dans le sud du Brésil. Pourquoi Porto
Alegre ? Depuis 1989, cette municipalité
est gouvernée par la gauche, animée principalement
par le Parti des travailleurs (PT). Dans le sillon
de cette évolution, des pratiques de renouvellement
de la démocratie (dont le fameux « budget
participatif » et des initiatives de développement
social ont fait dans une certaine mesure de Porto
Alegre une sorte de « ville modèle »
pour les mouvements progressistes brésiliens,
latino-américains et même mondiaux. Il faut dire
également que le contexte brésilien a beaucoup
compté, non seulement dans l’élaboration de nouvelles
propositions venant des mouvements sociaux, mais
également à travers la longue montée du PT jusqu’à
la victoire de son chef historique, Luis Ignacio
da Silva dit « Lula » lors des élections
présidentielles de 2003. Au-delà du contexte politique
et brésilien d’autre part, le FSM traduit le développement
et le renforcement des mouvements sociaux un peu
partout dans le monde, dans une grande diversité
de formes, de contextes, de cultures, etc.
Dans ce sens, on peut retracer l’itinéraire
du FSM à travers un certain nombre de grandes
mobilisations survenues depuis dix ans aux quatre
coins de la planète (soulèvement zapatiste au
Mexique, manifestations monstres à Seattle, Gênes,
Québec, Johannesburg, etc.). Et également à travers
la mise en place de réseaux mieux organisés au
niveau national et international, que l’on pense
au monde syndical, aux organisations communautaires,
étudiantes, féministes, écologistes, etc.).
Le FSM 2005 en chiffres
155 000 participants de
135 pays
6 880 communications
2 500 séminaires et ateliers
2 800 personnes affectées au soutien
technique.
Souplesse de la structure
Au contraire d’expériences internationales
précédentes marquées par les alignements idéologiques
et politiques, le FSM s’est construit d’emblée
dans la diversité et dans une approche qui privilégie
les mouvements sociaux, sans dénigrer pour autant
d’autres formes organisationnelles. Le Forum est
en fait géré par un « secrétariat »
composé d’organisations brésiliennes et indiennes,
notamment la centrale syndicale CUT, le Mouvement
des sans terre (MST), l’Association des ONG brésiliennes
et le Forum social indien (qui regroupe plus de
80 associations indiennes). Parallèlement à ce
secrétariat qui gère en fait l’organisation, la
logistique et le financement du Forum existe un
« comité international » composé d’une
centaine d’organisations internationales qui viennent
des cinq continents.
Un espace d’espaces
Le Forum Social Mondial est un « espace
d’espaces » dans lequel coexistent des réseaux,
des organisations, des thématiques très diversifiées,
qui s’expriment dans des « langages »
différents selon l’origine et l’enracinement des
participants. On y côtoie des mouvements sociaux
très radicaux comme le Mouvement des travailleurs
sans terre du Brésil avec des ONG plutôt modérées
et des institutions internationales. Les sensibilités
politiques sont également très diversifiées, généralement
à gauche, mais dans une grande diversité. Les
mouvements qui sont liés de près à des partis
ou même à des gouvernements social-démocrate (c’est
le cas de plusieurs syndicats par exemple) sont
présents à côté d’associations de caractère libertaire
ou autogestionnaire qui refusent toute collaboration
avec l’État. Le fonds commun si on peut dire de
cette galaxie altermondialiste est le refus du
néolibéralisme dominant et la valorisation de
la diversité des propositions et des cultures.Une
autre caractéristique des mouvements qui participent
au FSM est le refus de la violence, même lorsque
celle-ci est revendiquée par des groupes de gauche :
Le FSM « cherche à fortifier
et à créer de nouvelles articulations nationales
et internationales entre les instances et mouvements
de la société civile qui augmentent, tant dans
la sphère de la vie publique que de la vie privée,
la capacité de résistance sociale non-violente
au processus de déshumanisation que le monde est
en train de vivre et à la violence utilisée par
l’État, et renforcent les initiatives d’humanisation
en cours, par l’action de ces mouvements et instances.
Extrait de la Charte de principes
du FSM
Le Forum social mondial est un espace
de rencontre ouvert destiné à approfondir la réflexion,
le débat démocratique d’idées, la formulation
de propositions, l’échange d’expériences et l’articulation
d’actions efficaces, entre les associations et
mouvements de la société civile qui s’opposent
au néo-libéralisme et à la domination du monde
par le capital et par toute forme d’impérialisme
et qui se sont engagés dans la construction d’une
société planétaire centrée sur l’être humain (voir
Charte des Principes du FSM). Le F.S.M. se
propose de débattre des alternatives de construction
d’une mondialisation planétaire assise sur les
respect des droits de l’homme universels et de
ceux de tous les citoyens et citoyennes de toutes
les nations, ainsi que de l’environnement, une
mondialisation appuyée sur des systèmes et des
institutions internationaux démocratiques placés
au service de la justice sociale, de l’égalité
et de la souveraineté des peuples.
C’est pourquoi, par définition et
en dépit de certains appels dans ce sens, le FSM
n’émet ni « déclaration finale » ni
programme. Toutefois à l’intérieur du Forum, des
regroupements organisés ou spontanés s’entendent
pour élaborer des stratégies et des orientations
plus définies. C’est le cas par exemple de l’« Assemblée
mondiale des mouvements sociaux », qui regroupe
plus de 500 organisations sociales du monde entier.
Lors de la cinquième édition du FSM
à Porto Alegre en janvier dernier, les organisateurs
ont structuré le Forum d’une manière encore plus
décentralisée, à travers onze « villages
thématiques », chacun opérant de manière
quasi autonome avec les ressources et les énergies
des organisations participantes. Le but étant
de favoriser la construction de réseaux, seule
fondation solide sur le long terme pour le maintien
du FSM comme « réseau de réseaux ».
Les thématiques du FSM 2005
Pensée autonome et socialisation
des savoirs
Diversité et pluralité et les identités
Cultures de résistance populaire
Communication, droits et alternatives
Défense du bien commun
Luttes sociales et alternatives démocratiques
Paix, démilitarisation et lutte contre
la guerre
Construction d’un ordre démocratique
international
Économies souveraines pour les peuples
Droits humains et dignité
Éthique, cosmovisions et spiritualités
L’avenir du FSM
La sixième édition du FSM se fera
en 2006 dans plusieurs villes simultanément, dans
le but de l’enraciner davantage dans les grandes
régions et de favoriser le maximum de participation
populaire. Pour 2007, le but est de déplacer le
FSM vers l’Afrique subsaharienne, de façon à l’ancrer
davantage dans les réalités de ce continent où
les crises abondent (guerres, pandémies, pauvreté
et misère) mais où se développent également des
alternatives inédites en matière de développement
populaire et de démocratisation. Cette extraordinaire
prolifération représente une réelle avancée pour
les mouvements sociaux, mais en même temps soulève
des questions difficiles : dans quelle mesure
les mouvements sont-ils aptes à présenter des
alternatives s’adressant à l’ensemble des sociétés,
et pas seulement aux milieux organisés ?
De quelle façon doit se faire l’arrimage avec
le politique et la politique (le système des partis),
de façon à permettre des transformations de grande
envergure ? Comment peut se faire une réelle
articulation des résistances mondiales dans un
monde de plus en plus polarisé ?