Forum
Social Africain
Le Forum social mondial quitte Bamako
L’étape africaine du Forum social mondial (FSM) s’est
achevée lundi soir dans la capitale malienne, au terme de
quatre jours de rencontres et d’échanges entre délégations
altermondialistes. Le forum doit se poursuivre à Caracas, au
Venezuela. L’année prochaine, c’est la capitale kenyane qui
accueillera l’étape africaine de la 7ème édition.
Paroles de femmes : «Vraiment, le Forum a été une bonne
tribune pour nous les femmes», déclare Oumou Traoré
Oumou Touré, secrétaire exécutive de la coalition des
associations et ONG féminines du Mali. «La violence
faites au femmes dans les ménages, dans les guerres, ont été
dénoncées, et c’est une bonne chose», précise Awa
Ouedraogo, une féministe venue du Burkina Faso. Paroles
aussi d’hommes : «L’histoire
retiendra que le Forum de Bamako, a semé les germes de
l’espoir pour ‘une autre monde’», indique un
altermondialiste malien. «Nous avons démythifié les
enjeux de la mondialisation», signe de son côté
Abdourahmane Ousmane, un autre altermondialiste venu du
Niger voisin.
C’est vrai que «sur papier», pour emprunter et traduire
littéralement une expression de la langue locale Bamanan,
les altermondialistes ont «terrassé» les thèses
néolibérales. Chiffres à l’appui, ils ont démontré «qu’un
autre monde est possible». Morceau choisi : selon une étude
réalisée par un universitaire congolais, il faut 80
milliards de dollars par an pour donner gîte, couvert, soins
de santé et éducation aux habitants des pays pauvres du Sud.
Or ces pays pauvres, remboursent bon an, mal an, 300 à 400
milliards de dollars, au titre du service de la dette
extérieure. Au même moment, poursuit l’analyste, les pays
développés dépensent annuellement en armement, environ 1 000
milliards de dollars. Réorientons donc les priorités, et le
slogan «un autre monde est possible» deviendra
alors… possible.
«Convaincre, par un raisonnement cartésien»
Incontestablement, cette grande kermesse des
altermondialistes, la première à s’être tenue sur le
continent africain, a fait preuve de maturité. D’abord, au
niveau de l’organisation. Malgré quelques ratés, du reste
reconnus par les organisateurs eux-mêmes. «Le bébé ne
peut tomber des mains de celui qui le prend», précise
Diadié Yacouba Dagnoko. Par ailleurs, les discours étaient
plus structurés, plus élaborés, et on notait un réalisme
dans les propos dénonçant les sempiternels adversaires : «L’impérialisme»,
«le néocolonialisme», «le capitalisme». «Il
n’y a pas forcément changement, mais évolution dans la
stratégie. Nous savons que nous sommes écoutés par les pays
riches. Notre objectif aujourd’hui, est de les convaincre,
par un raisonnement cartésien, et non plus de nous présenter
sous l’angle de tapageurs», confie, plus lucide que
jamais, Nouhoun Kéita.
C’est sûrement pour «polir» leur image, que les opposants à
la mondialisation ont voulu cette fois, donner tort à ceux
qui leur collaient une image de «casseurs». Que ce soit à la
marche d’ouverture du Forum, ou lors d’autres «coups de
gueule», aucun débordement notable, n’a été observé. «Nous
avons nous-mêmes fait passer des mots d’ordre pour qu’il n’y
ait pas de débordements, au grand regret de quelques
altermondialistes venus d’ailleurs», reconnaît Ousmane
Diallo, étudiant malien, membre du service «mobilisation» du
Forum. Les altermondialistes, ont même goûté aux vertus de
l’écologie et de la protection de la nature. Lors d’une des
activités de la cérémonie de clôture de la rencontre,
quelques centaines d’entre eux, ont planté des arbres.
«Le train 11»
Trois autres thèmes fédérateurs au cours du 6ème
Forum social mondial, «L’eau», «l’avenir de la jeunesse
africaine», et «l’émigration». Sur le premier point,
parlementaires africains, européens, et responsables de
mouvements sociaux ont avancé «main dans la main». Leur
raisonnement, très terre à terre, est convaincant : dans la
plupart des pays pauvres, moins de 40% des populations ont
accès à l’eau potable. Le reste de la population par «le
train 11» (à pied) effectue des dizaines de kilomètres par
jour pour s’approvisionner en eau non potable. Or Avec
environ 4 millions de francs cfa, un forage est vite
installé. «L’appel de Bamako sur l’eau» est adopté.
La jeunesse de son côté, retranchée sur l’un des sites du
forum baptisé «Camp International de la jeunesse Thomas
Sankara», a posé ses problèmes, par ailleurs bien connus :
emploi, inadéquation de la formation et de l’emploi,
enrôlement des enfants mineurs dans les conflits. Clou de
leurs activités : la mise sur pied d’un tribunal imaginaire
chargé de condamner les responsables des maux dont souffrent
la jeunesse du continent. Suivez mon regard.
«Passer le message aux français»
C’est en prenant la direction de l’ambassade de France à
Bamako, que les quelque 2 000 altermondialistes, selon les
témoins, ce sont notamment exprimés sur le dossier de
l’émigration : «Sarkozy, non à ta politique», «nous
exigeons le retour immédiat en France de tous les
sans-papier expulsés», ou encore «non à la
politique de sélection des visas», pouvait-on lire sur
les banderoles, et les calicots. Les marcheurs n’atteindront
pas la mission diplomatique française. «Marche non
autorisée», selon la police. Quelques vociférations sont
échangées entre les «pros» et les «antis». Cependant, une
délégation des initiateurs de la manifestation dépose
officiellement une copie de leurs revendications. «Le
plus important pour nous, c’est d’avoir fait passer le
message aux français», déclare plus tard à RFI Thierry
Bailly, membre du réseau No-Vox, qui regroupe plusieurs
mouvements sociaux, et initiateur de la marche vers
l’ambassade française.
Revendications sociales, mais aussi politiques au cours de
cette rencontre où l’on a manifesté son soutien à la cause
palestinienne. Les indépendantistes du Sahara occidental
étaient également présents. Bruyants, ils n’ont pas hésité à
apostropher des participants marocains, soutenus par des
maliens défendant «la cause nationale».
Et puis derrière le rideau de l’organisation du forum, il y
eut le «off». Querelles de chapelles, telle figure du
mouvement taxé de «chef de file des néo-marxistes»,
telle autre taxée de «véreux». Pour une «question
d’éthique», un membre de l’organisation s’interroge : «Nous
sommes indépendants. Devons-nous accepter la contribution
donnée par des gouvernements ? N’y a-t-il pas un risque de
récupération ?» En tout cas, de source proche de
l’organisation du Forum, on a appris que le gouvernement
malien a apporté une contribution de 150 millions de francs
CFA alors que, dans l’escarcelle du comité d’organisation,
Hugo Chavez, président du Venezuela, a déposé un chèque de
250 millions de francs CFA. Un chèque qui, lors de la
préparation du forum, a fait l’objet d’empoignades sur sa
répartition. En attendant, officiellement, le sommet a coûté
environ 700 millions de francs CFA.
Comment faire bouger les choses ?
Voilà donc terminé ce forum et, avec lui, ce bouillonnement
d’activités et d’idées qui a réuni, selon les organisateurs,
entre 15 000 à 20 000 personnes. Voilà donc rangées pour le
moment les banderoles et les calicots où ont fleuri les
slogans «progressistes» : «non à la mondialisation»,
«la dette tue, tuons la dette», «l’Afrique n’est
pas une marchandise vendre», etc. Mais reste une
question : comment faire réellement bouger les choses sans
véritable pouvoir de décision ? Comment mettre en musique
toutes ces résolutions, tous ces vœux pieux, surtout
qu’aucune résolution finale n’a été adoptée. Une idée
originale a été trouvée : sur des feuilles volantes, les
participants sont invitées à faire soit un résumé des
propositions adoptées lors des différents ateliers «pour un
autre monde», soit formuler eux-mêmes des propositions.
«Nous allons nous constituer en réseau, autour de ces
propositions pour passer le flambeau à Nairobi 2007 (au
Kenya), où se tiendra le 7ème Forum social
mondial», explique Diadié Yacouba Dagnoko, principal
pilier du Comité d’organisation du 6ème Forum. Il
a, au cours d’une cérémonie, passé le témoin à la Kényane
Wahu Kara, alors que des milliers de propositions «pour un
autre monde», étaient déjà affichées sur des tableaux dans
le hall d’un pavillon du Stade omnisports Modibo Kéita de
Bamako.
par Serge
Daniel
http://www.rfi.fr/actufr/articles/073/article_41336.asp
Posté
sur le site du FSA le 01 juillet
2006