Forum
Social Africain
FORUM SOCIAL MONDIAL:
Bamako passe le flambeau à
Nairobi
Michée Boko
BAMAKO, 24 jan (IPS) - Le Forum social polycentrique de Bamako a pris fin lundi
sur une note de satisfaction générale des organisateurs, et une volonté exprimée
de faire du prochain forum, qui se tiendra en janvier 2007, à Nairobi, au Kenya,
un rendez-vous plus grand et plus réussi.
''Les challenges de Nairobi 2007 ne
seront pas différents de ceux de Bamako 2006'', souligne Wahu Kaara, membre du
Forum social africain et du comité d'organisation de Nairobi 2007.
''Les
sujets de discussion à Nairobi seront toujours l'aide, la dette, le SIDA, le
chômage, l'environnement, la jeunesseà Le plus important, c'est d'être ensemble
et de discuter des valeurs du système'', déclare-t-elle à l'occasion de la
conférence de presse finale de la rencontre de Bamako.
La capitale
malienne, dans l'intervalle du 19 au 23 janvier, aura accueilli entre 15.000 et
20.000 participants venus de 213 pays, selon l'un des coordonnateurs du forum,
Diadier Yacouba Dagnoko.
Dagnoko rapporte que le comité d'organisation
malien qu'il coordonne, avec deux autres collègues, n'a pu mobiliser qu'environ
1,3 million de dollars pour organiser cette grande rencontre internationale,
d'où peut-être les quelques ratés dans l'organisation, dont il s'est excusé lors
de la conférence de presse.
Avec des proverbes savamment bien choisis,
il explique que les ratés observés sont inhérents à toute organisation humaine
et que sur certains plans, Bamako a fait mieux que Porto Alegre. ''Le bébé ne
peut tomber que des mains de celui qui le prend'', dit-il. Autrement dit, celui
qui ne prend pas de risque ne peut pas faire d'erreurs.
De toutes les
façons, poursuit-il, celui qui n'a pris que la queue du lion doit encore en
maîtriser la tête. C'est dire que tant qu'on n'a pas tout fait, on n'a encore
rien fait et le Mali est conscient qu'il reste encore beaucoup à faire pour
atteindre les objectifs du Forum social mondial contenus dans la charte du
forum.
Avec le peu de moyens dont ils ont disposé, ils ont pu organiser
près de 800 activités sur dix différents sites. A ce sujet, il est reproché au
comité d'organisation d'avoir choisi des sites un peu trop éclatés, rendant
ainsi difficile le déplacement des participants et leur participation effective
aux manifestations.
Sur le plan des innovations, le premier Forum social
mondial (FSM), qui vient ainsi de se dérouler sur le continent africain, a
intégré le sport dans les activités du forum. Il a organisé un camp
international de la jeunesse, dénommé Thomas Sankara, un espace culturel pour
l'expression des artistes maliens et étrangers.
Le FSM de Bamako a
notamment créé ''le tribunal des femmes'', qui est un espace ouvert, où les
femmes du monde entier sont allées librement s'exprimer et faire connaître leurs
préoccupations, témoigner de leurs difficultés et exprimer leurs exigences.
Au total, 186 propositions ont été faites
à Bamako au cours des différents ateliers qui ont été organisés par les
différentes associations et organisations de la société civile.
L'un des
ateliers des femmes, organisé par l'association malienne 'Sabugnuman' de Sokoro,
a souhaité, par exemple, l'implication des femmes dans les instances de prise de
décision à tous les niveaux possibles.
Dans les ateliers alter
mondialistes, le forum social local d'Ivry (France) propose, par exemple, la
création d'une solidarité internationale contre les privatisations imposées par
les multinationales et institutions internationales.
La Coalition
malienne contre les privatisations a fait campagne, tout au long du forum,
contre la privatisation de l'eau, denrée indispensable pour la survie de toute
espèce humaine, et fait une proposition afin que, sous aucun prétexte, l'eau ne
soit jamais privatisée, nulle part dans le monde.
Tous ces appels
s'inscrivent dans le cadre de la quête d'un autre monde contenu dans le credo du
forum de Bamako, ''Un autre monde est possible'', gravé, en blanc et en grands
caractères, dans le flanc de la colline du pouvoir (Koulouba), sur laquelle est
juché le palais présidentiel du Mali.
L'autre monde tant recherché à
Bamako, ''c'est un monde de justice où tous les citoyens ont de quoi vivre et
s'exprimer librement, c'est un monde où il n'y a pas de hiérarchisation entre
les riches et les pauvres'', explique Solenze Koné du forum national Dette et
pauvreté de Côte d'Ivoire.
''Un autre monde, c'est monde de solidarité,
un monde dans lequel on aura changé les politiques actuelles de financement
international'', déclare Alex Wilks, coordonnateur de 'European Network on Debt
and Development'.
Sans toutefois verser dans l'autosatisfaction, les
organisateurs du FSM de Bamako se félicitent d'avoir pu faire connaître le forum
aux Maliens et passé le flambeau aux organisateurs kenyans avec pour challenge
de faire mieux que le Mali et de préserver l'esprit du forum. (FIN/2006)
http://www.ipsnews.net/fr/_note.asp?idnews=2970
Posté
sur le site du FSA le 01 juillet
2006