FORUM SOCIAL MONDIAL
:
Continents différents,
problèmes analogues
Moyiga Nduru
JOHANNESBURG, 28 mars (IPS) -
Beaucoup de choses séparent l'Afrique et l'Asie,
en particulier l'ethnie, la culture et la langue.
Mais, alors que la troisième et
dernière phase du Forum social mondial (FSM) de
cette année prend de l'ampleur à Karachi, la
capitale économique du Pakistan, l'espoir est que
des groupes civiques en ajouteront aux aspirations
communes des deux continents.
''J'ai
pleine confiance que les participants au forum de
Karachi se réfèreront beaucoup à l'Afrique dans
leurs délibérations. Ils jetteront une base solide
pour notre prochaine rencontre à Nairobi en
janvier 2007'', a déclaré à IPS, Thomas Deve, de
Mwelekeo wa NGO (MWENGO), basée à Harare, dans un
entretien depuis la capitale zimbabwéenne.
(''Mwelekeo wa NGO'' est une expression kiswahili
signifiant ''direction'' ou ''vision'' des ONG -
organisations non gouvernementales. MWENGO cherche
à renforcer les ONG travaillant dans les régions
d'Afrique australe et orientale).
La
rencontre dans la capitale kényane, Nairobi,
marquera la deuxième tenue d'un FSM en Afrique; un
forum qui s'est déroulé au début de cette année
(du 19 au 23 janvier) à Bamako, la capitale du
Mali, pour la première fois.
Maintenant
dans sa sixième année, le FMS s'est le plus
souvent tenu dans la ville brésilienne de Porto
Alegre. Toutefois, le forum de 2006 - décrit par
les organisateurs comme ''polycentrique'' - se
déroulant à trois endroits différents : d'abord à
Bamako, ensuite dans la capitale vénézuélienne,
Caracas (24 au 29 janvier) et maintenant à Karachi
(du 24 au 29 mars).
Le FSM de Karachi
devait initialement se tenir au même moment que la
rencontre de Caracas; toutefois, il a été reporté
après qu'un tremblement de terre, qui s'est
produit au Pakistan le 8 octobre 2005, a tué
environ 90.000 personnes - et fait 3,5 millions de
sans-abri.
Selon Deve, il ne manque pas de
problèmes et de débats où l'Afrique et l'Asie
peuvent parler toutes d'une voix.
''L'Asie
et l'Afrique ont les mêmes causes structurelles de
pauvreté. Celles-ci peuvent probablement les
amener à trouver des solutions similaires'',
a-t-il souligné. ''Au sein du FSM, nous partageons
la même grande masse de populations pauvres qui,
lorsqu'on les met sous le même toit, se sentent
égaux''.
Plusieurs personnes de part et
d'autre des deux continents sont affligées par les
affaires et craignent la domination des pays
riches, a ajouté Deve.
''Leurs opinions au
sujet des sociétés multinationales sont exactement
les mêmes. Leurs points de vue sur les OGM
(aliments génétiquement modifiés) et l'agriculture
coïncident. Leurs opinions sur la fourniture des
services de base par l'Etat coïncident
également''.
Les deux régions sont aux
prises avec la pandémie du SIDA.
Par
ailleurs, 'l'Asie et l'Afrique partagent également
la même expérience sur la migration
rurale-urbaine. Etant donné ces (préoccupations),
l'Afrique et l'Asie s'attirent naturellement l'une
et l'autre'', a indiqué Deve.
Zenele
Twala, directrice exécutive de la Coalition des
ONG sud-africaines (SANGOCO), basée dans la
capitale économique, Johannesburg, a déclaré que
la coopération régionale avait aidé à régler ces
problèmes communs. Son groupe travaille
actuellement pour mettre en relation des
organisations de défense des droits des femmes, de
la terre et des droits de l'Homme avec leurs
homologues dans d'autres régions comme l'Asie.
''Lorsque les gens ont des relations
structurelles avec d'autres ONG sur le terrain,
comme au Darfour (la région de l'ouest du Soudan
en proie à des troubles), il devient plus facile
de se comprendre et de s'attaquer à ces
problèmes'', a dit Twala à IPS.
Comme une
partie de sa campagne pour promouvoir la
solidarité interrégionale, SANGOCO a accueilli six
membres de groupes civiques palestiniens à
Johannesburg plus tôt ce mois, pendant trois
jours. L'événement avait également l'avantage de
renforcer la société civile palestinienne.
''Nous avons réalisé que ces ONG
palestiniennes ne s'étaient pas rencontrées
physiquement. Elles se rencontraient à travers des
liaisons vidéos parce que certaines d'entres elles
vivent en Cisjordanie et d'autres à Jérusalem, et
ne pouvaient pas se déplacer facilement et
échanger les uns avec les autres'', a souligné
Twala.
''Pour la première fois donc, ils
se sont rencontrés face-à-face à Johannesburg''.
La Cisjordanie, une région qui fait partie
des territoires palestiniens, est actuellement
sous occupation israélienne. Les autorités
imposent des contrôles stricts au déplacement à
l'intérieur de la Cisjordanie, et à ceux qui
cherchent à entrer ou à quitter cette région pour
se rendre en Israël ou à Jérusalem - une ville
revendiquée aussi bien par Israël que par les
Palestiniens.
Les visiteurs se sont
également rendus dans la ville côtière du Cap pour
partager des idées avec leurs homologues, et des
groupes religieux. ''C'est l'un des moyens par
lesquels des sociétés civiles de différentes
régions du monde peuvent coopérer entre elles'', a
constaté Twala.
Toutefois, le coût élevé
du voyage par avion fait que plusieurs - si non la
plupart - des ONG à court d'argent ne peuvent pas
se permettre le luxe d'interactions directes avec
des groupes d'un autre continent.
Deve
estime que des liens interrégionaux peuvent
toujours être créés par d'autres moyens : ''Nous
pouvons échanger à travers des publications et des
e-mails''.
Entre 30.000 et 40.000
activistes de par le monde, en particulier de
l'Inde, devraient prendre part au forum de
Karachi.
Le FSM a commencé par opposition
au Forum économique mondial de Davos, qui se tient
tous les ans dans la ville suisse de Davos, et
regroupe des chefs d'Etat, des leaders politiques
et d'autres membres de l'élite mondiale.
A
l'opposé, le FSM attire principalement des groupes
de la société civile qui cherchent une alternative
à l'ordre politique et économique actuel.
(FIN/2006)
http://www.ipsnews.net/fr/_note.asp?idnews=3051
Posté
sur le site du FSA le 01 juillet
2006