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Forum Social Africain
Conakry 2005

Batailles commerciales et conflits en Afrique

L’un des succès de la mondialisation, dit-on, est le formidable développement des échanges commerciaux. La raison, selon le dogme néo-libéral, est le marché. Plus un pays vendra, plus il y aura de la croissance. Et pour un pays du Sud, il augmentera ses moyens de lutte contre la pauvreté. Le marché serait ainsi le bienfaiteur de l’humanité. Si la pauvreté existe, c’est parce que les pays concernés ne sont pas ouverts à la concurrence, au libre échange, dit-on. Supprimez vos barrières tarifaires et mille écoles écloront, des centres de santé se multiplieront. La justice ne sera plus pour le riche, l’équité ne sera plus un voeu pieux pour rêveur. La démocratie s’enracinera.

Par la grâce, la bénédiction et les conditionnalités de la Banque mondiale, du Fmi, et de l’Omc, l’Afrique s’y est mise. Bradage (pardon, privatisation) de tous les biens de la nation. Les sous ne sont pas arrivés et la pauvreté s’est élargie a d’autres citoyens.

Non satisfaits, les conseillers en croissance économique par la concurrence ont pointé du doigt l’habit qui protège tant soit peu, alors qu’il est déjà transparent ; à savoir les taxes et impôts. A défaut de les supprimer, les réduire fortement. Ainsi dit, ainsi fait. La croissance n’est toujours pas là et les capitaux non plus. Alors qu’ils ont des taux douaniers les plus bas que ceux des pays du Nord, il leur est demandé de les supprimer afin de permettre à la concurrence de s’épanouir. Tout simplement se faire harakiri. Le résultat est que l’Etat n’est plus que l’ombre de lui-même en Afrique. Après quoi, on chante que le continent n’est pas apte au progrès, c’est à dire à la modernité.

Comme il est facile de se donner bonne conscience.

La réalité est tout autre. La bataille de plus en plus acharnée entre les entreprises multilatérales, pour satisfaire toujours plus l’actionnaire et concentrer plus de pouvoir dans les mains du management, se traduit d’abord par une réduction drastique des coûts d’exploitation des ressources (financières, humaines, etc.) et par l’accès facile aux matières de base.

Le continent africain est la réserve mondiale des matières premières : diamant, cobalt, cuivre, manganèse, bauxite, coltran, etc. Sur 150 millions dollars Us d’exportation en 2003, la part de ces matières en représente la moitié, soit 75 milliards de dollars américains. En y rajoutant les produits agricoles, cette part des ressources naturelles re-présente les deux tiers.

Les capitaux des sociétés minières africaines sont détenus à 90% par les échanges. Et selon les pays, 50% à 80% des recettes en devises proviennent des ressources naturelles. D’où l’importance de ce secteur pour le développement de ces pays. La détérioration des termes de l’échange qui en résulte serait le fait de la non amélioration de l’offre. Alors qu’elles se font une guerre acharnée sur leur marché domestique, les mêmes compagnies se mettent ensemble dans des structures capitalistiques communes pour gérer les ressources naturelles africaines, en maintenant un contrôle sur les prix et les conditions fiscales et sociales d’exploitation. C’est-à-dire un cartel, principe combattu aux Etats Unis et par l’Union européenne. Ou est le principe du marché ? Dans le secteur de la bauxite, en dix ans, les prix ont chuté de 50 dollars la tonne à 25 dollars. Sur la même période, celui de l’aluminium, qui est son dérivé, est passé de 850 dollars la tonne à plus de 1850 dollars.

Naturellement, les Etats africains n’y gagnent rien. Un pays comme la Guinée (première réserve mondiale) a vu ses recettes d’exploitation (principale source) passées de 350 millions dollars à 80 millions de dollars.

Si les Etats se retrouvent sans sous, les populations qui se trouvent souvent dans ces zones d’exploitation sont souvent très pauvres. C’est ainsi que la non retombée d’avantages attendus de ces mines, sur des territoires de certaines communautés, devient l’objet de contestations politiques de la part de ces citoyens qui se sentent frustrés dans la répartition des maigres ressources. D’où des conflits violents, souvent entretenus par des compagnies concurrentes. Ça a été le cas dans le conflit sierra léonais ou des milliers de personnes ont été tuées. Ces mésententes sociales sont occasionnées aussi par des sociétés évoluant dans des secteurs différents. Il en a ainsi été en Angola de 1975 à 2002, avec une guerre qui a mis aux prises, par Angolais interposés, les compagnies pétrolières (soutien des l’Etat) aux compagnies diamantaires (alliés des rebelles de l’Unita).

La fracture sociale occasionnée par les politiques d’ajustement structurel de la Banque mondiale et du Fmi, ainsi que la libéralisation commerciale imposée par l’Omc, ont détruit l’institution sociale qu’est l’Etat, en Afrique. La rapacité de la concurrence entre firmes multinationales au Nord, à coup de capitaux et autres, se traduit en Afrique, grâce à des instruments comme la dette, les conditionnalités d’investissement, les différents codes miniers, l’extraversion de l’économie, la monétarisation des valeurs sociales, par la destruction des mécanismes autonomes de développement.

En tant que réserve mondiale des matières premières, l’Afrique devient le champ de bataille privilégié des compagnies qu’il faut arrêter non pas par la bonne conscience de l’aide, ou par un quelconque plan Marshall pour l’Afrique, mais en changeant les rapports de force grâce à une plus grande et meilleure implication des populations dans le processus de développement national.

Bakary FOFANA
Directeur Cecide (Guinée)


 


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