Privatisation
du service de l’eau dans les pays du sud
Une catastrophe sur toute la ligne
(29/01/2005)
Qu’il s’agisse du Niger,
du Tchad ou du Sénégal, la gestion du
service de l’eau, comme celle de tant d’autres
services sociaux, est aujourd’hui confiée
à des multinationales plus préoccupées
à faire des bénéfices qu’à
satisfaire les attentes des populations. En lieu et
place des promesses d’un service de qualité
à moindre coût , agitées par les
«repreneurs stratégiques» des compagnies
nationales, on assiste plutôt, dans tous les pays
africains qui se sont engagés dans la voie de
la privatisation, à des tarifications inaccessibles
pour la majorité d’une population aux revenus
faibles. Cette problématique de la privatisation
du service de l’eau a été au centre
d’un panel animé le 27 janvier par un groupe
d’Ong et associations américaines et latino-américaines.
Autour du thème «L’eau
sous le domaine public est comme un droit humain, hors
des accords commerciaux», les participants au
débat ont mis à nu les conséquences
néfastes engendrées par la mainmise des
multinationales sur ce secteur stratégique, dégagé
des méthodes de lutte et proposé des solutions
alternatives à la privatisation. Pour une militante
uruguayenne d’une des organisations animatrices
du panel, l’immixtion des multinationales dans
la gestion de l’eau «s’est avérée
catastrophique dans les pays latino américains.
Il n’y a eu ni amélioration de la qualité
de service ni accès d’un plus grand nombre
au service. Au contraire, l’eau qui est un bien
commun à nous tous est vendue très chère
aux populations».
Même scénario donc qu’en
Afrique, même si ce panel s’est déroulé
sans la présence de participants africains. Au
Niger, par exemple, depuis la reprise de la Société
nationale des eaux par la multinationale française
Vivendi International, l’accès des populations
pauvres à l’eau potable devient de plus
en plus difficile, à cause notamment de la hausse
des coûts. «On nous a dit que les coûts
allaient baisser, or nous sommes à notre troisième
hausse. Et ce qui est plus grave, c’est qu’aujourd’hui
les pauvres paient l’eau plus chère que
les riches au Niger», confie Abdourahamane Ousmane
du Forum social nigérien, interpellé sur
cette question.
Membre de la Plate forme nationale
des associations de la société civile
tchadienne, Mme Sy Koumbo dresse le même constat
pour son pays. «La situation a empirée
depuis que la société d’eau et d’électricité
a été privatisée. Et voilà
cinq ans que les populations tchadiennes vivent un calvaire,
après que la société nationale
a été vendue à Vivendi International.
Au bout de deux ans seulement, on s’était
rendu compte que c’était la catastrophe»,
déplore-t-elle. Tant du point de vue de la prestation
de service que de l’accès à la ressource,
qui est revendue plus chère. Ce qui a contraint
de nombreux Tchadiens à se rabattre sur les forages
et les puits. «Dans la capitale Ndjamena, de nombreux
habitants sont aujourd’hui réduits à
boire l’eau de puits», déplore Mme
Sy.
A en croire M. Boubacar Diop, membre
du Conseil national des Ong africaines pour le développement
(Congad), au Sénégal, certains habitants
de Dakar sont également acculés à
ce recours au forage, à cause de la privatisation
du secteur. «Il y a eu un bradage de l’instrument
(la société nationale) qui existait et
cela se répercute sur les populations qui achètent
l’eau plus chère aujourd’hui. Même
les possibilités qu’il y avait auparavant
de favoriser des dynamiques d’accès communautaires
ont été supprimées», déplore-t-il.
Pour lui, la privatisation des secteurs comme l’eau
et l’électricité a été
un échec en Afrique. Les résultats escomptés
n’ont pas été au rendez-vous. «Il
arrive souvent qu’il y ait manque d’eau,
qu’il y ait des infrastructures qui ne marchent
pas. Et c’est souvent de l’eau de qualité
douteuse qui est servie aux populations», énumère
M. Diop.
Devant ce constat d’échec,
le président du Congad préconise le maintien
de la lutte pour contraindre les décideurs politiques
africains à abandonner les politiques de privatisation
en cours, estimant que «l’eau comme l’électricité
sont des instruments de souveraineté nationale».
Ousseini Issa
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