Lancement d’une croisade mondiale contre la pauvreté
(28/01/05)
FSA - L’Appel global pour l’action
contre la pauvreté a été lancé
hier, au Stadium Gigantinho de Porto Alegre, en présence
du président du Brésil Luiz Lula Da Silva.
C’est dans une ambiance électrique et sous
les huées de militants déçus du
Parti des travailleurs (au pouvoir) et de Brésiliens
mécontents de leur gouvernement que Mme Coumba
Touré, responsable de l’Ong malienne Ancefa
(Réseau africain pour la campagne pour l’éducation
pour tous), a donné le coup d’envoi de
l’opération.
Dans cette atmosphère parfois
survoltée, la Kenyane Wahu Kaara, membre du Secrétariat
du Forum social africain qui intervenait aussi à
cette occasion, a dû profiter d’un des rares
moments de répit des contempteurs du président
Lula pour lancer son plaidoyer. Suffisant cependant
poujr forcer le respect des quelque 20 000 personnes
présentes, en majorité des Brésiliens.
Mme Kaara a mis l’accent sur «l’expérience
africaine de la misère depuis l’esclavage»,
et particulièrement la misère des femmes.
Dès lors, la question de la responsabilité
de cette situation se pose. La réponse de la
déléguée africaine est sans ambigüité
: «Ce sont les leaders et en particulier nos leaders
africains qui se défaussent sur la traite négrière
et continuent ainsi de refuser de porter leurs responsabibités
et d’être comptables vis-à-vis de
leurs peuples». Parlant des peuples, elle dira
que les Africains sont désormais déterminés
à choisir eux-mêmes leur destinée.
En particulier, «les Africaines qui portent, au
premier chef, le fardeau de la misère et des
souffrances» et qui ont décidé «de
ne plus mourir pour l’Afrique mais de vivre pour
l’Afrique ». Et pour elle, où qu’ils
puissent aller, les leaders du monde se verront rappeler
leurs responsabilités et leur devoir de répondre
de leurs décisions et de leurs actes.
La campagne qui commence à Porto
Alegre se fixe comme objectifs d’organiser cette
année une moblisation globale contre la pauvreté
et pour l’atteinte des Objectifs du millénaire
pour le développement (Omd). Deux évènements
ont été ciblés : le Sommet du G
8 prévu le 1 er juillet et le sommet des Nations
unies sur les cinq ans de la Déclaration du millénaire,
le 10 septembre à New-York. Pour ces deux occasions
et pour d’autres qui seront confirmées
ultérieurement, chaque citoyen du monde est invité
à soutenir la campagne pour l’éradication
de la pauvreté et pour la réalisation
des Omd.
Le signe de ralliement est un ruban
de couleur blanche. Le symbole a été officiellement
remis au président Lula par Mme Coumba Touré.
Malienne d’origine, vivant à Dakar, c’est
dans son pays natal et dans la capitale sénégalaise
que cette dernière est allée chercher
le symbole de sa colère. «Je ne suis pas
là uniquement pour le lancement officiel de l’Appel
global pour l’action contre la pauvreté,
je suis là parce que je suis malade de voir les
enfants mendier dans les rues de Dakar», dit-elle.
Dans cette croisade, le Brésil
se dit aux côtés de l’Afrique. Le
président Lula s’y est engagé en
rappelant que le visage de la pauvreté se présente
de la même manière de part et d’autre
de l’Atlantique. Selon lui, il est heureux que
le Forum social mondial 2007 se tienne en Afrique. Le
chef de l’Etat brésilien aime à
rappeler qu’il a déjà visité
l’Afrique du Sud et qu’un axe fort est en
train de s’établir entre ces deux pays
et avec l’Inde. Il se promet aussi de visiter
désormais au moins trois pays africains par an.
Dans le brouhaha des contestataires
qui a enveloppé son discours, cet engagement
est passé inaperçu. L’intérêt
de la grande masse du public était ailleurs,
devant un président Lula qui doit faire face
à une opinion publique divisée par son
programme économique et social. Sa réforme
agraire et ses efforts pour rendre l’accès
à l’université plus facile aux couches
démunies sont sujets à caution. Certains
parmi ses propres partisans l’accusent d’avoir
trahi la cause pour laquelle il a été
élu en 2003. Et son discours enflammé
aux accents castristes ne suscite plus que désillusion
et circonspection. Parmi les slogans lancés hier,
un mot figurait en bonne place : «Demagógo
!».
Souleymane NIANG
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