Forum
social sur la communication :
Paradoxes africains et priorités
(27/01/05)
F.S.A - Réfléchit-on
assez sur les questions stratégiques de l’information
et de la communication ? Comment traduire cette problématique
globale en objectifs clairs et réalistes ? Quels
sont les espaces les plus appropriés pour lancer
le débat et les actions ? Telles sont les questions
que le Forum social sur la communication a proposé
au menu de l’un de ses panels, l’un des
rares où l’Afrique a fait entendre sa voix…
sous le signe du paradoxe. En effet, la directrice de
l’Institut Panos Afrique de l’Ouest, Mme
Diana Senghor, s’est d’emblée interrogée
sur la pertinence du sujet pour l’Afrique. «Dans
quelle mesure l’Afrique est-elle atteinte par
la marchandisation de l’information ?»,
se demande-t-elle. Et au regard des taux marginaux d’alphabétisation
dans les langues de production des journaux –
environ 30% de populations alphabétisées
en Afrique de l’Ouest - et des problèmes
de distribution de la presse, la réponse va de
soi : « L’Afrique ne semble pas affectée
par le contrôle des moyens d’information
et de communication par le marché ».
Reste alors l’espoir suscité
par la floraison des radios (dont 150 au Mali) et singulièrement
des radios communautaires, symboles de la pluralité
voire du pluralisme médiatique et de la diversité.
Mais à ce niveau encore, Diana Senghor rétorque
que «la pauvreté est parfois telle que
des auditeurs n’ont même pas les moyens
de s’offrir régulièrement des batteries
pour faire fonctionner leurs postes récepteurs
! ». Il s’y ajoute que les services publiques
de radiodiffusion ne desservent pas toutes les régions.
Au Sénégal, par exemple, la Radiodiffusion
télévision sénégalaise ne
couvre que 70% du territoire.
Pourtant, il existe bel et bien des
opinions publiques sur le continent. Au lendemain des
attentats contre le World Trade Center, une étude
menée par un sociologue au Nord du Mali a révélé
que les habitants d’un village en marge des flux
d’information mondialisés étaient
capables de dire combien de personnes y avaient perdu
la vie. Dès lors, la directrice de l’Ipao
en déduit qu’elles s’informent, en
partie, par des canaux autres que médiatiques.
Et d’ajouter que «nous ne devrions pas surestimer
le rôle des médias dans la société
de l’information», pour souligner ensuite
qu’il y a une véritable place pour les
technologies de l’information et de la communication
(internet, téléservices, etc) et surtout
pour les canaux traditionnels d’acquisition et
de partage d’informations.
Quand bien même l’Afrique
ne serait pas touchée outre mesure par la «
mercantilisation » de l’information, elle
n’est pas épargnée par ses deux
corollaires que sont la privatisation et la mondialisation.
Les conséquences qui en résultent sont,
en ce qui concerne la privatisation, l’abandon
du service public et l’accaparement des médias
indépendants par des lobbies. Quant à
la mondialisation, elle laisse l’Afrique en marge
de ses priorités, tant au point de vue des contenus
que de l’investissement. La banqueroute de l’Agence
panafricaine d’informations (Pana), qui survit
difficilement, en est une illustration.
Toutefois, Mme Senghor se félicite
des «résistances» développées
au niveau local. A l’exemple de ce journaliste
Sénégalais qui y est allé de sa
propre poche pour se rendre en Irak pendant la guerre.
Mais le tableau reste peu reluisant et pousse à
tirer quelques priorités pour le secteur de la
communication africain. Selon Mme Senghor, il faut,
au plan politique, garantir et promouvoir le droit et
l’accès à l’information. En
cela, l’Union africaine doit jouer un rôle
central. Le service public de radiodiffusion doit être
restauré en «réinventant le rôle
de la radio publique». L’Afrique doit aussi
faire entendre sa voix au niveau international, mais
surtout faire valoir ses arguments quant au fossé
numérique et à la diversité. Le
renforcement des capacités des organisations
de la société civile est encore préconisé
sur ces questions, mais aussi des gouvernements africains.
Et la directrice de l’Institut Panos Afrique de
l’Ouest d’en appeler à la coordination
des résistances qui s’organisent déjà.
Résistances politiques dans le cadre des pays
en situation post-conflit et en période électorale,
résistances culturelles et sociales avec les
langues nationales et l’appropriation des moyens
de communication par les femmes, résistances
au niveau organisationnel avec les organisations de
la société civile, etc. Ces résistances
devraient être connectées les unes aux
autres grâce aux technologies de l’information
et de la communication.
Souleymane NIANG
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