Forum social africain. Des petits pas pour desserrer
l’étau autour du continent
Bilan modeste mais l’essentiel, selon les participants,
est d’avoir ouvert " un espace pour que les
pauvres puissent s’exprimer "
Bamako (Mali),
Le Forum social africain, qui se clôture
aujourd’hui, a adopté une démarche
modeste et concrète. " Ne nous leurrons
pas, nous ne pourrons pas transformer sur place toute
la production de coton ", a prévenu Diadié
Yacouba Dagnoko, membre du Forum pour un autre Mali
(FORAM) en guise d’ouverture à l’atelier
intitulé " Technologie, financement et commercialisation
". Certains auraient aimé qu’on évoque
la possibilité que la création d’une
industrie textile mais, la quinzaine de personnes venues
de toute l’Afrique de l’Ouest qui s’est
penchée mardi dernier sur la question, a écarté
cette solution. " Nous n’avons pas les financements
et, les investisseurs qui pourraient venir ont leurs
propres règles qui ne sont pas à notre
avantage ", a souligné un participant. Pour
Fatoumata Diarra Traoré du Réseau des
femmes africaines économistes du Mali (REFAE),
il s’agit donc de " réfléchir
à ce qu’on peut mettre en place, chez nous
avec nos propres forces ". L’avènement
d’un artisanat local qui est donc apparue comme
une première étape réalisable,
même s’il a semblé nécessaire
d’améliorer un savoir-faire traditionnel
en voie de disparition. Pour cela, il convient d’utiliser
des outils plus modernes comme ces nouveaux métiers
à tisser, plus larges que les anciens, qui permettent
d’obtenir des tissus de meilleure qualité
et plus faciles à commercialiser, ont expliqué
les membres de l’atelier aux participants du forum.
Même marginale, cette filière pourrait
" améliorer aussi le sort des paysans "
en leur offrant des alternatives même pour la
commercialisation de leur coton.
Mais pour que cet artisanat puisse
se développer et trouver un marché, des
préalables ont semblé nécessaires.
En écho aux débats sur la culture comme
ressource, qui avaient eut lieu le matin lors d’une
des séances plénières, l’accent
a été mis sur la nécessité
de sensibiliser le public à la préservation
de ce symbole de l’identité africaine qu’est
le pagne tissé. Il est apparu nécessaire
de lutter contre une uniformisation culturelle du monde
qui sert à merveille le dessein des multinationales
dans leur désire de trouver un public sans cesse
plus large pour écouler leurs produits.
D’aucuns ont même évoqué
avec nostalgie le temps où Modibo Keïta,
président de la République du Mali, donnait
lui-même l’exemple en revêtant publiquement
l’habit traditionnel et regretté que la
classe politique africaine n’adhère plus
à ce type de démarche. Mais parallèlement
à la question culturelle, " si on continue
à nous inonder de produits importés on
arrivera à rien ", a souligné la
sociologue Fatou Sar. La question est donc elle du choix
politique de la protection des économies nationales.
Mais comment parler de choix politique dans un monde
où, comme l’a dit Ignacio Ramonet (ATTAC
France), " les marchés luttent pour supprimer
l’État comme acteur économique "
? Cette idéologie, qui consiste à dévaloriser
le politique en faisant croire qu’il n’y
a qu’une seule façon de faire de l’économique
efficacement est particulièrement forte en Afrique
où sous couverts de " bonne gouvernance
on prône le démantèlement du secteur
public et même de l’État ",
a rappelé l’économiste sénégalais
Demba Moussa Dembélé. Du coup, c’est
la démocratie qui en prend un coup puisque, a-t-il
dit, " nos gouvernements sont responsables vis-à-vis
des institutions financières internationales
et pas vis-à-vis de ceux qui les ont élus
". Même au Mali, " comment peut-on parler
de démocratie quand nos droits économiques
ne sont pas respectés ", s’est interrogé
Tahirou Bamba, d’un syndicat de cotonculteurs.
Aussi, pour le forum, la question qui se pose est de
" savoir quelle capacité on a de peser sur
le politique ", a estimé Fatou Sarr. À
en juger par le nombre de participants, le mouvement
n’en est qu’à son ébauche.
Mais dans les couloirs du Palais des congrès
de Bamako, on a vu débattre et circuler, des
paysans, des intellectuels, des artistes, des artisans,
des syndicalistes, tous visiblement content de partager
ce moment en commun. À défaut de trouver
une réponse, le forum a eu au moins le mérite
de se pencher sur les problèmes des producteurs
de coton. Pour Tahirou Bamba " on a ouvert un espace
pour que les pauvres puissent s’exprimer, et c’est
une grande première au Mali ".
Camille Bauer
Source:
http://www.humanite.presse.fr/journal/2004-03-05/2004-03-05-389352
FORUM SOCIAL AFRICAIN
Lusaka, Zambie
Le 14 décembre 2004
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