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Forum Social Africain
Conakry 2005


Forum social africain. Des petits pas pour desserrer l’étau autour du continent

 

Bilan modeste mais l’essentiel, selon les participants, est d’avoir ouvert " un espace pour que les pauvres puissent s’exprimer "

Bamako (Mali),

Le Forum social africain, qui se clôture aujourd’hui, a adopté une démarche modeste et concrète. " Ne nous leurrons pas, nous ne pourrons pas transformer sur place toute la production de coton ", a prévenu Diadié Yacouba Dagnoko, membre du Forum pour un autre Mali (FORAM) en guise d’ouverture à l’atelier intitulé " Technologie, financement et commercialisation ". Certains auraient aimé qu’on évoque la possibilité que la création d’une industrie textile mais, la quinzaine de personnes venues de toute l’Afrique de l’Ouest qui s’est penchée mardi dernier sur la question, a écarté cette solution. " Nous n’avons pas les financements et, les investisseurs qui pourraient venir ont leurs propres règles qui ne sont pas à notre avantage ", a souligné un participant. Pour Fatoumata Diarra Traoré du Réseau des femmes africaines économistes du Mali (REFAE), il s’agit donc de " réfléchir à ce qu’on peut mettre en place, chez nous avec nos propres forces ". L’avènement d’un artisanat local qui est donc apparue comme une première étape réalisable, même s’il a semblé nécessaire d’améliorer un savoir-faire traditionnel en voie de disparition. Pour cela, il convient d’utiliser des outils plus modernes comme ces nouveaux métiers à tisser, plus larges que les anciens, qui permettent d’obtenir des tissus de meilleure qualité et plus faciles à commercialiser, ont expliqué les membres de l’atelier aux participants du forum. Même marginale, cette filière pourrait " améliorer aussi le sort des paysans " en leur offrant des alternatives même pour la commercialisation de leur coton.

Mais pour que cet artisanat puisse se développer et trouver un marché, des préalables ont semblé nécessaires. En écho aux débats sur la culture comme ressource, qui avaient eut lieu le matin lors d’une des séances plénières, l’accent a été mis sur la nécessité de sensibiliser le public à la préservation de ce symbole de l’identité africaine qu’est le pagne tissé. Il est apparu nécessaire de lutter contre une uniformisation culturelle du monde qui sert à merveille le dessein des multinationales dans leur désire de trouver un public sans cesse plus large pour écouler leurs produits.

D’aucuns ont même évoqué avec nostalgie le temps où Modibo Keïta, président de la République du Mali, donnait lui-même l’exemple en revêtant publiquement l’habit traditionnel et regretté que la classe politique africaine n’adhère plus à ce type de démarche. Mais parallèlement à la question culturelle, " si on continue à nous inonder de produits importés on arrivera à rien ", a souligné la sociologue Fatou Sar. La question est donc elle du choix politique de la protection des économies nationales. Mais comment parler de choix politique dans un monde où, comme l’a dit Ignacio Ramonet (ATTAC France), " les marchés luttent pour supprimer l’État comme acteur économique " ? Cette idéologie, qui consiste à dévaloriser le politique en faisant croire qu’il n’y a qu’une seule façon de faire de l’économique efficacement est particulièrement forte en Afrique où sous couverts de " bonne gouvernance on prône le démantèlement du secteur public et même de l’État ", a rappelé l’économiste sénégalais Demba Moussa Dembélé. Du coup, c’est la démocratie qui en prend un coup puisque, a-t-il dit, " nos gouvernements sont responsables vis-à-vis des institutions financières internationales et pas vis-à-vis de ceux qui les ont élus ". Même au Mali, " comment peut-on parler de démocratie quand nos droits économiques ne sont pas respectés ", s’est interrogé Tahirou Bamba, d’un syndicat de cotonculteurs. Aussi, pour le forum, la question qui se pose est de " savoir quelle capacité on a de peser sur le politique ", a estimé Fatou Sarr. À en juger par le nombre de participants, le mouvement n’en est qu’à son ébauche. Mais dans les couloirs du Palais des congrès de Bamako, on a vu débattre et circuler, des paysans, des intellectuels, des artistes, des artisans, des syndicalistes, tous visiblement content de partager ce moment en commun. À défaut de trouver une réponse, le forum a eu au moins le mérite de se pencher sur les problèmes des producteurs de coton. Pour Tahirou Bamba " on a ouvert un espace pour que les pauvres puissent s’exprimer, et c’est une grande première au Mali ".

Camille Bauer


Source:
http://www.humanite.presse.fr/journal/2004-03-05/2004-03-05-389352

FORUM SOCIAL AFRICAIN
Lusaka, Zambie
Le 14 décembre 2004


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