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Forum Social Africain

 

 

 

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Documentation sur le Forum Social Mondial
Mumbai 2004




Manifestation des dalits :
le cri des sans voix de l’Inde

Panos Infos - Avec des bandeaux bleus ceints sur leur front brun légèrement recouvert par leur chevelure noire, ils ont été la communauté la plus visible dans les manifestations qui rythment le quatrième Forum social mondial qui se tient du 16 au 21 janvier à Mumbai, en Inde. La plus expressive aussi depuis le début de ce sommet. C’est qu’en fait, les dalits, les "intouchables" comme on les appelle, ont une occasion inespérée, avec ce Forum social mondial, de faire entendre leur voix dans une Inde qui, depuis des temps immémoriaux, a fait d’eux des hommes sans voix... ni loi.

En fait, avec ses extérieurs de démocratie parlementaire accomplie, mature et présentable aux yeux du monde entier, l’Inde garde, au fond de son placard, un "cadavre" bien encombrant : celui de la question dalit, qui est ressortie au grand jour avec cette rencontre. Du fait qu’il appartient à une caste dite inférieure, un Indien sur quatre, soit 250 millions de personnes, en est réduit à demeurer un citoyen de seconde zone. En dehors des occupations d’ouvrier agricole en milieu rural et d’éboueurs dans les villes, les dalits grossissent la masse des sans-emploi et leurs femmes constituent le gros de la troupe du bétail de l’exploitation sexuelle.

Le père Windey, un jésuite belge qui a passé plus de cinquante ans en Inde et consacre à ce jour l’essentiel de sa vie à la défense et à l’encadrement des communautés dalites rurales, dans le centre du pays, est sans concession dans l’explication du phénomène : "Les dalits sont infériorisés, exclus et déshumanisés. Avant la colonisation, tout cela reposait sur une base religieuse. Ensuite, la question est devenue économique. Aujourd’hui, elle est essentiellement politique et humaine." En clair, même les timides programmes de discrimination positive mis sur pied par le gouvernement indien sont menacés d’extinction par la doctrine de la mondialisation.

Ambudhat Vankar, 35 ans, a fait le déplacement de Mumbai depuis la province de Matang, dans le nord de l’Inde. Dans un Anglais approximatif, il exprime ce qui lui semble être la voie : "Si dans nos villages on nous donne plus de moyens, plus de scolarisation pour nos enfants, plus de possibilités pour améliorer notre cadre de vie, la situation changerait d’elle-même sans aucun doute." Cette prise en main du destin de chaque communauté par elle-même est la clé de la libération des peuples marginalisés. La formule a fait ses preuves avec les Améririndiens du Chiapas au Mexique.

Les castes remises en cause en Afrique

Dans une bonne partie de l’espace ouest-africain, le système des castes structure de manière profonde les relations sociales. On est loin du modèle indien, dans ses valeurs comme dans son fonctionnement, mais les castes posent un débat en Afrique. Leur remise en cause est de plus en plus vive.

Le système repose sur une hiérarchisation sociale qui épouse, par endroits, la catégorisation professionnelle. Et du Sénégal au Niger, des mentalités se sont fossilisées autour de cette réalité comme système de régulation sociale. Si l’évolution des idées perturbe les certitudes ancrées çà et là, les barrières sont encore fortes, perpétuant une noblesse qui, du fait de ses valeurs sociales, "règne" sur les castés et les autres groupes dits inférieurs que sont les griots et les "esclaves".

Dans l’espace soudano-sahélien, ce système de castes hérité de l’empire du Mali a traversé les siècles, épousant les contours d’un royaume qui couvrait une bonne partie de l’Afrique occidentale, suivant les migrations multiséculaires qu’a connues cette région. On le retrouve dans quatorze Etats actuels. Du Sénégal au Niger, en passant par le Mali, la Guinée, la Gambie, la Mauritanie, la Guinée-Bissau, le nord de la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, l’est du Ghana, ainsi que dans des localités du nord du Cameroun, du Liberia et de la Sierra Leone. Les castes sont apparues en Afrique au XIIIe siècle, sous l’empire du Mali, durant le règne de Soundiata Keïta. Les métiers et les fonctions sociales jusqu’alors exercés sans aucune considération ni discrimination, sont transformés en facteurs identitaires. C’est ainsi que se mit en place une nouvelle organisation du pouvoir, par la division de la société en clans. L’Etat mandingue se bâtit alors sur des linéarités sociales qui distinguent les griots et les esclaves de la couronne (musiciens et louangeurs, détenteurs des traditions et excellant dans l’art d’exalter les guerriers sur les champs de bataille), des artisans (forgerons, cordonniers, bûcherons) et de la noblesse qui règne. Cependant, le système reposait moins sur une volonté structurelle d’hiérarchisation, que sur la nécessité d’organiser l’Etat à travers un partage des rôles et des responsabilités Dans sa structuration, le système est demeuré immuable, mais dans ses finalités, les siècles qui sont passés l’ont beaucoup dévoyé. Et il résiste difficilement à l’épreuve de remise en cause de certains de ses fondements. Avec la monétarisation des sociétés africaines, la fonction du griot a pris des tendances mercantilistes. Les louanges ou les "hauts faits d’armes" s’inventent ou se déclinent désormais en fonction du portefeuille qu’il revient de "flatter". Des mariages s’imposent par-delà les barrières de castes, surtout chez des jeunes portés à dénoncer ces "survivances surannées". Même la spécialisation professionnelle liée aux castes ne renvoie plus à une identité bien définie. Travailler l’or ou le cuir, sculpter ou coiffer n’est plus l’apanage des personnes castées. Les techniques sont désormais enseignées dans les écoles de formation professionnelle. Dans le monde de la musique, les griots ne sont plus les seuls maîtres du rythme. Devant ce constat des différences qui se dissolvent, le socio-anthropologue sénégalais Abdoulaye Bara Diop en arrive à considérer que " les castes n’ont plus de raison d’être, basées (qu’elles sont) sur trois facteurs concomitants, l’un ne pouvant aller sans l’autre. Il s’agit de la spécialisation professionnelle, de l’hérédité et de l’endogamie. Trois facteurs (qui) ne sont plus fonctionnels. Avec la modernité, l’hérédité et la spécialisation professionnelle ne jouent plus".

 

 

 

 

 

Une Autre Afrique est Possible