Panos infos - Comment se
faire entendre, voir, connaître, ou tout simplement remarquer
lorsqu’on se trouve noyé dans une marée humaine de plus
de cent mille personnes toutes aussi mouvantes qu’entreprenantes
et bruyantes ? Au quatrième Forum social mondial,
qui se tient du 16 au 21 janvier à Mumbai (Inde) les personnes
ou groupes désireux de plaider leur cause à la face du
monde ont dû se remuer les méninges pour pouvoir marquer
leur présence...
Bien entendu, il y a le moyen le plus simple,
le plus usité aussi : le défilé dans les deux allées
centrale perpendiculaires du site qui courent sur plusieurs
centaines de mètres, dont le point de rencontre constitue
le carrefour de toutes les manifestations. Tout le monde
y est passé. Depuis l’association des intouchables de
quelque province méridionale de l’Inde, à ce trio de jeunes
venus de Corée du Sud avec leur sac au dos et leurs vestes
en blue-jeans épinglées de toutes sortes de pin’s anti
militaristes. Bien entendu, lorsqu’on descend ces allées,
on s’arrange, en dehors de son accoutrement, à attirer
l’attention sur sa petite personne ou sur son groupe.
L’accessoire couramment requis en la circonstance, c’est
le tambour. Gros, moyen ou minuscule, c’est selon. Le
plus important, on s’en doute, c’est de faire un peu plus
bruyant, un peu plus pittoresque que celui qui vous suit
ou qui vous précède dans cet interminable défilé sous
les banderoles ou devant les affiches qui tapissent même
les arbres.
Le tract gracieusement distribué par une jeune
et avenante personne, ou pratiquement enfoncé entre vos
mains déjà pleines par une autre, tout aussi sympathique,
est sans doute le moyen de communication le plus courant.
On en apprend, à la lecture de ces bouts de papier où
le couché 100 grammes le dispute à la pelure la plus chiffonnée :
"No to Adult Imperialism", proclame certaine association
de défense des droits des enfants. Dans la même verve,
on peut lire, des mêmes auteurs "If you think small is
ineffective, you have never been to bed with a mosquito".
Comme quoi la vigueur d’un moustique ne dépend pas de
sa taille. Par ailleurs, comment ne pas s’attendrir devant
le regard plein d’innocence de ce gentil poulet affiché
sur un beau depliant du People for Ethical Treatment of
Animals ? Si on succombe à la doctrine des ces activistes,
tout le monde deviendra végétarien. Mais dans ce capharnaüm
que constitue le site du Forum social mondial, l’affiche
choc et le message horrifiant est une méthode qui ne manque
point d’adeptes. Une bannière largement déployée laisse
lire : "Il n’y a pas de drapeau assez large pour
couvrir la honte qu’il y a à tuer des innocents". L’allusion
est d’autant moins voilée qu’en toile de fond on peut
distinguer, sans équivoque, une certaine bannière étoilée
au nom de laquelle, en Irak et en Afghanistan aujourd’hui,
hier au Vietnam, les armes parlent ou ont parlé.
A propos d’armes américaines, les affiches
représentant les ravages causés par l’Agent orange au
Vietnam, il y a trente ans, remporteraient bien ici le
trophée de l’horreur.
Rédigé par Syspro2