Panos
Infos / Syspro 2 (18 janvier 04)
- Le Forum social africain est entré en scène dimanche,
dans le cadre du Forum social mondial qui se tient du
16 au 21 janvier à Mumbai (Inde), en organisant une conférence
au cours de laquelle le Nouveau partenariat pour le développement
économique de l’Afrique (Nepad), l’échec de Cancun, la
dette et la question agricole ont été décortiqués. Selon
le diagnostic de la Sud Africaine Mohau Pheko, le Nepad,
qui est présenté comme une initiative africaine, n’est
ni plus ni moins qu’une bouée de sauvetage pour le Fmi
et la Banque mondiale. "Le Nepad privilégie le commerce.
Or le commerce ne conduit pas à la croissance", a-t-elle
estimé Une position sur laquelle elle est rejointe par
sa compatriote Dot Keet, pour qui le commerce est utilisé
par les "grands pays" pour exercer une pression sur les
"pauvres". Et Mohau Pheko d’ajouter que l’Afrique ne peut
s’en sortir que si elle va vers l’intégration avant de
s’embarquer dans le train de la mondialisation.
Parmi les critiques portées contre le Nepad,
figure le fait que l’annulation de la dette, qui est au
centre des revendications des mouvements sociaux du monde
entier, n’est pas à son ordre du jour. "Le Nepad s’inscrit
contre l’annulation de la dette. Or la dette est illégitime
parce qu’elle est utilisée pour contrôler la destinée
des pays pauvres", a appuyé Demba Moussa Dembélé du Sénégal.
Avec à l’appui, l’image d’un "tonneau de Danaïdes" qui
ne se remplit jamais. Sa conviction semble partagée d’un
point à un autre du continent africain, quand le Tanzanien
Yash Tandon s’inscrit dans cet ordre d’idée, pour ensuite
souligner la nécessité, pour l’économie africaine, d’être
soutenue par la consommation et l’épargne internes.
Seulement, là où "l’Afrique a besoin d’argent
pour les investissements, ses épargnes sont transférées
à l’extérieur", déplore-t-il. A titre d’illustration,
le Nigérian Hassan A. Sunmonu révèle le paradoxe saisissant
de son pays : "Selon les estimations, cent Nigérians
ont détourné et transféré à l’extérieur plus de 1 000
milliards de dollars. Or, la dette extérieure du Nigeria,
a-t-il poursuivi, se chiffre à 30 milliards de dollars".
Pour le développement de l’Afrique, la recette
du Tanzanien Yash Tandon peut tenir en deux mots :
rejeter les Accords de Cotonou et refuser l’Agoa, cet
accord par lequel des facilités douanières sont accordées
par les Etats Unis à certains pays africains pour l’exportation
des produits textiles. Le salut de l’Afrique, à ses yeux,
c’est le renforcement de l’intégration africaine. Ce qui
est encore une illusion pour le Kenyan Viktor Ekulu qui,
lorsqu’il se rend dans un autre pays africain, se sent
"considéré comme un étranger alors que quand un Américain
ou un Européen y atterrit, il est accueilli comme un investisseur
ou un touriste". Avec la méfiance qui sied pour l’un et
les égards qui conviennent pour les autres.
Il reste, pour l’Ivoirien Ouattara Diakalia,
que toutes ces prises de position ne sont que le prolongement
"du festival des déclarations de bonnes intentions du
Forum social africain". Ce qui le pousse à s’interroger
sur le sort réservé aux déclarations de Bamako, d’Addis
Abeba, ou encore du Forum social mondial de Porto Allegre.
"C’est toujours le même discours qu’on tient. Qu’est-ce
qu’on a réalisé concrètement ? Je suis pour l’intégration
africaine, mais pas avant qu’on ne règle les crises qui
secouent nos pays", avance-t-il.
Toujours dans le même registre qui invite
à l’autocritique, le Malien Ibrahim Coulibaly note que
les difficultés de l’agriculture africaine ne sont pas
seulement dues aux subventions. Elles tiennent aussi "à
l’absence de mécanismes qui fixent des prix rémunérateurs
pour nos produits. Tout comme au fait que la production
locale dans nos pays est plombée par la concurrence des
produits importés. Les Africains sont-ils prêts à consommer
local pour soutenir la production ?", s’interroge-t-il.
Par ailleurs, il reste encore, pour le Sénégalais Bouba
Diop, à ce que les violons s’accordent entre les trois
courants de pensée qui s’opposent au sujet du néolibéralisme,
en Afrique. Entre "les partisans du rejet total, ceux
qui prônent une adhésion critique et les autres qui y
adhèrent naïvement", retient-il.
Rédigé par Syspro 2