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Documentation sur le Forum Social Mondial
Mumbai 2004




Diana Senghor, Institut Panos Afrique de l’Ouest : "la société civile s’intéresse peu à la communication"


Panos infos / Syspro 2 : Le Forum social mondial rend certains médias responsables de la promotion de la globalisation. Est-ce que ce débat concerne l’Afrique ?

Diana Senghor : La question en Afrique est la même, dans le sens où il y a une domination des médias par certains pouvoirs ou par certains lobbies. Mais je ne pense pas que ce soient les lobbies de la globalisation ou des grandes multinationales. La presse africaine est plutôt dominée par les lobbies politiques, ethniques et religieux et d’une manière réduite par les lobbies économiques locaux. Les conséquences sont considérables dans les pays en conflit, où ces différents lobbies s’affrontent, comme en Côte d’Ivoire où la presse est dominée par les lobbies politiques et ethniques.

La question centrale est donc le lobbying politique ?

Ce serait utopique penser qu’il faut mettre fin aux lobbies politiques car c’est la vie même d’une société. Par contre, il y a beaucoup à faire dans le domaine de la communication, notamment en ce qui concerne l’éthique. En dépit des différents observatoires pour l’éthique et la déontologie mis en place en Afrique, il manque encore une information respectueuse des normes d’équilibre et d’indépendance dans son traitement. La priorité est beaucoup moins à la multiplicité des médias et au pluralisme de l’information qu’à l’éthique de l’information et la déontologie des journalistes. Les journalistes ne prennent pas suffisamment en compte cette question.

C’est une des missions de l’Ipao ?

Ce n’est pas une des missions, mais une priorité. On a essayé de lancer quelques initiatives qui sont innovantes par rapport aux formes traditionnelles pour inciter les journalistes à plus de déontologie. Les formes traditionnelles sont les observatoires, les petits codes et petites chartes que les journalistes promènent. Ils ne nous paraissent pas très efficaces et on a essayé d’en créer d’autres, c’est-à-dire l’auto-régulation, non pas au niveau collectif général des associations de journalistes, mais au niveau des organes de presse. Il y a des expériences qui se mènent, comme dans un quotidien sénégalais qui a mis en place un médiateur. Il y a d’autres formes en Afrique australe où les consommateurs de l’information s’organisent pour donner leur avis sur la manière dont l’information est traitée. Je ne suis pas sûre que les journalistes, à l’heure actuelle, soient prêts à accepter cette formule, car ils estiment que l’éthique de l’information c’est leur problème, qu’ils se régulent eux-mêmes. Mais au centre de la question de la déontologie il y a de la place pour les consommateurs ou les usagers, autrement dit la société civile.

Quel rôle aurait à jouer la société civile ?

Je pense qu’elle s’intéresse encore très peu aux questions liées à l’information et à la commnucation. Si on regarde ce qui se passe à Mumbai, il y a en gros un millier d’ateliers organisés. Combien y a-t-il d’ateliers sur la communication et les nouvlles technologies ? Moins d’une vingtaine, c’est-à-dire 2 %. Nous sommes en face de deux groupes, l’un réunissant les organisations de la société civile qui plaident pour un autre développement et pour d’autres sociétés, l’autre formé par la famille des médias qui plaide pour le pluralisme de l’information, la liberté d’expression, etc. Les organisations de la société civile s’intéressent très peu à l’information, alors que les médias ne s’intéressent pas beaucoup aux questions de développement. Ces deux groupes ont des discours différents, sur des sujets différents, et quand ils parlent de la même chose, ils ne s’entendent pas. Le discours des organisations de la société civile porte sur la forme d’utiliser les médias, or l’information est un milieu et non pas un instrument. Du côté des médias, le discours se traduit de moins en moins en Afrique par un changement social. Il faut qu’une grande priorité soit donnée à l’information en tant qu’objet de débat, de plaidoyer et d’action au sein des mouvements sociaux et par les mouvements de la société civile. Je propose qu’il y ai dans le prochain forum social un forum thématique spécialement consacré à la communication. Si on ne donne pas de manière explicite et organisée une priorité à la communication elle ne deviendra pas spontanément une priorité. Elle restera une priorité corporative des journalistes et des éditeurs.

Rédigé par Vladimir MONTEIRO

 

 

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