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/ Syspro 2 :
Le Forum social mondial rend certains médias
responsables de la promotion de la globalisation. Est-ce
que ce débat concerne l’Afrique ?
Diana
Senghor : La question en Afrique est la même,
dans le sens où il y a une domination des médias par certains
pouvoirs ou par certains lobbies. Mais je ne pense pas
que ce soient les lobbies de la globalisation ou des grandes
multinationales. La presse africaine est plutôt dominée
par les lobbies politiques, ethniques et religieux et
d’une manière réduite par les lobbies économiques locaux.
Les conséquences sont considérables dans les pays en conflit,
où ces différents lobbies s’affrontent, comme en Côte
d’Ivoire où la presse est dominée par les lobbies politiques
et ethniques.
La
question centrale est donc le lobbying politique ?
Ce
serait utopique penser qu’il faut mettre fin aux lobbies
politiques car c’est la vie même d’une société. Par contre,
il y a beaucoup à faire dans le domaine de la communication,
notamment en ce qui concerne l’éthique. En dépit des différents
observatoires pour l’éthique et la déontologie mis en
place en Afrique, il manque encore une information respectueuse
des normes d’équilibre et d’indépendance dans son traitement.
La priorité est beaucoup moins à la multiplicité des médias
et au pluralisme de l’information qu’à l’éthique de l’information
et la déontologie des journalistes. Les journalistes ne
prennent pas suffisamment en compte cette question.
C’est
une des missions de l’Ipao ?
Ce
n’est pas une des missions, mais une priorité. On a essayé
de lancer quelques initiatives qui sont innovantes par
rapport aux formes traditionnelles pour inciter les journalistes
à plus de déontologie. Les formes traditionnelles sont
les observatoires, les petits codes et petites chartes
que les journalistes promènent. Ils ne nous paraissent
pas très efficaces et on a essayé d’en créer d’autres,
c’est-à-dire l’auto-régulation, non pas au niveau collectif
général des associations de journalistes, mais au niveau
des organes de presse. Il y a des expériences qui se mènent,
comme dans un quotidien sénégalais qui a mis en place
un médiateur. Il y a d’autres formes en Afrique australe
où les consommateurs de l’information s’organisent pour
donner leur avis sur la manière dont l’information est
traitée. Je ne suis pas sûre que les journalistes, à l’heure
actuelle, soient prêts à accepter cette formule, car ils
estiment que l’éthique de l’information c’est leur problème,
qu’ils se régulent eux-mêmes. Mais au centre de la question
de la déontologie il y a de la place pour les consommateurs
ou les usagers, autrement dit la société civile.
Quel
rôle aurait à jouer la société civile ?
Je
pense qu’elle s’intéresse encore très peu aux questions
liées à l’information et à la commnucation. Si on regarde
ce qui se passe à Mumbai, il y a en gros un millier d’ateliers
organisés. Combien y a-t-il d’ateliers sur la communication
et les nouvlles technologies ? Moins d’une vingtaine,
c’est-à-dire 2 %. Nous sommes en face de deux groupes,
l’un réunissant les organisations de la société civile
qui plaident pour un autre développement et pour d’autres
sociétés, l’autre formé par la famille des médias qui
plaide pour le pluralisme de l’information, la liberté
d’expression, etc. Les organisations de la société civile
s’intéressent très peu à l’information, alors que les
médias ne s’intéressent pas beaucoup aux questions de
développement. Ces deux groupes ont des discours différents,
sur des sujets différents, et quand ils parlent de la
même chose, ils ne s’entendent pas. Le discours des organisations
de la société civile porte sur la forme d’utiliser les
médias, or l’information est un milieu et non pas un instrument.
Du côté des médias, le discours se traduit de moins en
moins en Afrique par un changement social. Il faut qu’une
grande priorité soit donnée à l’information en tant qu’objet
de débat, de plaidoyer et d’action au sein des mouvements
sociaux et par les mouvements de la société civile. Je
propose qu’il y ai dans le prochain forum social un forum
thématique spécialement consacré à la communication. Si
on ne donne pas de manière explicite et organisée une
priorité à la communication elle ne deviendra pas spontanément
une priorité. Elle restera une priorité corporative des
journalistes et des éditeurs.
Rédigé par Vladimir MONTEIRO