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Forum Social Africain

 

 

 

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Documentation sur le Forum Social Mondial
Mumbai 2004




Musique. Les frères Sakala, musiciens-missionnaires

L’un se prénomme Moses, l’autre Levey. Ils sont frères et musiciens professionnels. En Zambie, leur pays natal, ils sont connus comme étant les Sakala Brothers. "Sakala", comme pour dire celui qui n’est jamais sur place. Ça tombe bien puisque les deux frangins passent la plupart du temps sur les routes... qui les ont menés jusqu’à ce Forum social mondial de Mumbai (Inde) qui se tient 16 au 21 janvier. "Comme tout bon africain", lance Moses avec un sourire. Lorsqu’ils s’arrêtent quelque part, c’est pour parler aux gens. Ou plutôt chanter. "La musique joue un rôle très important. Voyez (le Sénégalais) Youssou Ndour, à l’occasion du concert d’Amnesty International, il y a quelques années (ndlr : avec Tracy Chapman, Sting et Bruce Springsteen, au milieu des années 1980). Il a chanté pour le monde entier. Nous faisons la même chose mais à un niveau national", souligne Levey.

Comme bon nombre de leurs collègues, les frères Sakala sont des musiciens engagés. Moses se veut clair et précis : "Nous sommes des messagers". "Quand nous avons un spectacle, les gens viennent et écoutent le message. Nous profitons aussi des ces moments pour mobiliser des signatures pour des causes comme le droit à un commerce plus juste ou la campagne anti-mines", ajoute-t-il. Les chansons du duo portent la réconcilliation, l’unité, la lutte contre le Vih/sida, le mariage, la famille, etc.. En un mot, des thèmes sur le quotidien des Zambiens et des Africains, en général. Les critiques à l’endroit de ceux qui exploitent les plus démunis ne manquent pas. "Voyez ceux qui exploitent les paysans en faisant du profit sur des produits comme le côton, le café ou la canne-à-sucre. Ces gens-là sont millionaires alors que les paysans restent pauvres. Dans une certaine mesure, nous chantons pour ces gens qui sont exploités", indique Moses.

Pour les frères Sakala, le message peut être compris n’importe où et par n’importe qui, fût-il Africain ou non. Selon Levey, "le message est le même car il se dirige vers les gens. La seule différence c’est qu’il est parfois amplifié, comme ici à Mumbai par exemple. Ce n’est pas un rassemblement politique mais un rassemblement de gens et aucun gouvernement ne peut ignorer ce que les gens réclament". Moses et Levey ont été invités à ce Forum social mondial par une Ong de leur pays qui travaille avec Oxfam Uk, pour poursuivre leur mission et avec l’espoir de sensibiliser davantage de monde. "Les rencontres avec les gens sont utiles, car vous pouvez tomber sur une personne en train de boire de ce café acheté à très bas prix à un paysan africain. Vous l’informez sur le problème et elle peut finir par être sensibilisée", conclut Moses. A Mumbai, vous pouvez aussi tomber sur Ismaël Diabaté, l’un des peintres les plus connus du Mali. Habitué de ce rendez-vous alter mondialiste, après avoir été du dernier forum de Porto Allegre, cette participation lui apparaît fondamentale. Surtout en ce qu’elle donne "une vision culturelle de la recherche de solutions aux problèmes qui assaillent l’Afrique". Selon lui, "les Africains doivent mettre en avant leur culture pour s’en sortir. Nos peuples se sont toujours exprimes à travers la culture", soutient-il. Dès lors, "l’intégration africaine s’en trouverait facilitée. Si les peuples se rendent compte qu’ils sont proches de par leur culture, il devient plus facile de se retrouver. Je pense que c’est par ce biais qu’on peut réussir cette intégration que les politiques n’arrivent pas a réaliser depuis l’indépendance" des Etats africains il y a plus de quarante ans, déclare-t-il.

Axe Sud-Sud

Autre artiste qui ne passe pas inaperçu, le Guinéen Kabi Kandia Kouyaté. Mais derrière le physique imposant de ce chanteur-instrumentiste, se cache la sensibilité de l’artiste. Il joue pour la joie, mais aussi pour exprimer les détresses de la vie. Et si quelque chose le touche en particulier, c’est bien les difficultés que vivent les agriculteurs africains, obligés de brader leurs produits, incapables de vivre des fruits de leur sueur. "Quand on voit un paysan africain livré à lui-même et obligé de concurrencer un autre installé aux Etats-Unis et bénéficiant de subventions, c’est révoltant. Ceux qui fixent les prix de nos produits agricoles, ne tiennent pas compte des conditions difficiles dans lesquelles nos producteurs vivent", confie-t-il. Mais ces effets de la mondialisation, l’artiste les vit aussi dans son art. "Quand nous artistes africains allons en Europe ou aux Etats-Unis pour des enregistrements, on nous dit qu’il faut ajouter des synthétiseurs, qu’il faut arranger autrement notre pour que ça soit consommable ailleurs. Or les clips des Occidentaux passent bien partout. Pourquoi la musique des Africains ne peut pas passer comme telle chez les autres, s’interroge-t-il. Ce qu’ils nous font c’est du sabotage culturel pour imposer leur culture au monde entier". Pour le musicien guinéen, défendre l’originalité de l’expression culturelle africaine demeure une nécessité. Car "si les discours peinent à faire entendre la voix de l’Afrique, la musique peut porter loin le message de détresse du continent".

Dans ce Forum social mondial de Mumbai, on se compte aussi que l’Afrique cherche à exister dans la fusion avec les autres. Notamment dans la recherche d’une coalition Sud-Sud qui intégrerait l’Amérique latine et l’Asie. Cette jonction, le peintre malien Hama Goro le vit à Mumbai avec une exposition en collaboration avec un artiste argentin. "Le monde est une mosaïque dans laquelle chaque partie a une importance capitale, estime-t-il. Il est illusoire de vouloir marginaliser des peuples en disant que leur culture n’apporte pas grand chose à l’humanité". Et ce Forum social mondial lui apparaît comme un espace de réaction des "opprimés face à la tentative de marginalisation dont ils sont victimes". Un de ses tableaux fixe une représentation des cinq continents pour montrer que le monde a besoin de toutes ses composantes. "Chacun a sa spécificité, mais nous nous complétons". Les quatre couleurs qui brillent sur son œuvre le disent bien : noir, blanc, rouge, jaune constituent bien l’arc-en-ciel des couleurs de l’humanité.

Si Hama Goro pense que la mondialisation est incontournable, elle doit se faire de sorte que "tous les opprimés de l’ordre établi puisse avoir leur place dans le bateau de la globalisation. C’est impossible d’échapper à la mondialisation mais nous devons tout faire éviter d’être marginalises. Car nous avons beaucoup à apporter à l’humanité par notre culture", soutient-il.

Rédigé par Bréhima TOURE , Vladimir MONTEIRO

 

 

 

Une Autre Afrique est Possible