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Forum Social Africain

 

 

 

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Documentation sur le Forum Social Mondial
Mumbai 2004





Commentaire : une nouvelle culture de l’alter mondialisme

Par l’organisation de la quatrième édition du Forum social mondial (Fsm) en Inde, le mouvement social international signifie clairement qu’une étape importante dans l’appropriation et l’enracinement de cet extraordinaire rassemblement est franchie.

Pour cela, il faut rendre hommage à la fois aux organisateurs brésiliens qui ont su laisser grandir l’initiative qu’il ont prise, en association avec des organisations européennes, et au comité d’organisation indien qui a su accueillir et organiser le Fsm et lui donner la dimension indienne et asiatique qui lui manquait. La tenue du Forum en Inde l’enrichira, sans aucun doute, de multiples manières. Les méthodes de recherche du consensus, les traditions d’inclusion et de gestion de la diversité, propres aux peuples de cette partie de l’Asie, mais aussi les alternatives réelles qu’ils ont toujours su inventer nous seront, à tous, d’un grand apport.

La lutte contre l’hégémonisme guerrier des Etats Unis est la principale orientation de la quatrième édition du Forum. Ce choix est plus que pertinent dans le contexte actuel d’occupation de l’Irak, de la pérennisation de l’occupation israélienne de la Palestine et de l’offensive politique fascisante lancée par l’Amérique pour imposer ses règles à tous les peuples de la planète.

Le Fsm continuera à affronter quelques défis importants qu’il faudra relever. Le premier de ces défis est celui de sa propre croissance. Quelles que soient les capacités des organisateurs du moment, l’élargissement du Forum pose de vrais difficultés organisationnelles, méthodologique et financière. Le second est politique : le Forum devra inventer une approche qui permette en même temps le respect de l’autonomie de chacune de ses composantes, la possibilité pour chacun d’enrichir l’ensemble tout en produisant un effet politique maximal par rapport aux deux objectifs communs essentiel : lutter contre le libéralisme et transformer le monde.

En particulier, il n’est pas inutile de se poser la question de savoir si face à l’urgence de certaines situations extrêmes, telles que les guerres imposées par les Etats Unis, les souffrances continues de certains peuples occupés ou la gouvernance unilatérale de la planète, la "transversalité totale" est la méthodologie la plus adéquate. En tout état de cause, et pour avancer, il sera nécessaire de réfléchir à la manière d’accroître les convergences entres les différentes composantes du mouvement, pour que des actions significatives soient menées et pour atteindre une plus grande efficacité politique.

Le troisième défi, et non le moindre, est celui de l’inclusion. En regard de la charte du Fsm, on peut affirmer sans se tromper que le mouvement est aujourd’hui en situation "d’illégalité". Nous ne pouvons plus continuer à affirmer que nous sommes divers alors que des pans entier de l’humanité sont quasiment absents du mouvement, et que des minorités, parmi celles qui souffrent le plus, sont invisibles. Il y va de notre crédibilité de prendre en charge collectivement et dans un esprit de solidarité (et non de charité) le principe de diversité et de le mettre effectivement en œuvre à travers les mécanismes qui s’imposent.

Le mouvement social africain, bien que représenté mieux que par le passé, devra encore faire davantage pour occuper pleinement sa place et marquer de ses propres espoirs la quête d’alternatives au libéralisme. Un chemin non négligeable a été parcouru. Sur de nombreux terrains de lutte, les organisations africaines jouent mieux leur rôle que par le passé, et agissent de façon plus significative. Leur action à Cancun lors de la conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce, le rôle positif joué par les organisations oeuvrant pour la paix dans les zones de conflit sur le continent, ou encore l’impact des campagnes visant l’annulation de dette l’attestent.

De même, le processus de construction d’un Forum social africain respectueux de la charte du Forum social mondial a produit une impulsion appréciable pour promouvoir la mobilisation et la participation africaine. L’organisation de deux Forum continentaux, la facilitation de la participation de près de deux cents organisations africaines à Porto Allegre et à Mumbai, ont permis l’éclosion de multiples espaces nationaux et régionaux. Ces derniers, une quinzaine à travers l’Afrique, constituent des opportunités importantes de dialogue démocratique et d’échange, d’articulation et de convergences qui enrichiront les processus continentaux et mondiaux.

Il restent cependant beaucoup à faire pour s’approprier une nouvelle culture du mouvement à côté de celle qui existent mais propre aux organisations et aux réseaux. Dans ce contexte, le défi majeur que le mouvement social africain devra relever d’ici 2007 est celui que constitue la perspective débattue ici et là, d’un Forum social mondial en Afrique. La question n’est plus de savoir s’il faut l’organiser en Afrique ou non, mais plutôt comment le mouvement continental devra en tirer avantage pour renforcer ses convergences et ces capacités de lutte, mieux affronter les défis internes et externes, et s’articuler positivement aux mouvement mondial. Un processus démocratique de concertation doit nécessairement être mené dans la lucidité dans tous les espaces africains, mais ouvert aux autres composantes mondiales du mouvement, pour déterminer les meilleurs méthodes et les meilleurs choix.

Une autre Afrique est possible.
Un autre Monde est possible.

 

Une Autre Afrique est Possible