QUESTION AGRAIRE
Les batailles autour de la terre
«Les
populations rurales sont au nombre de 2,2 milliards de personnes, soit
la moitié de la population mondiale». A partir de ce constat, Samir Amin définit
la question agraire comme «un des axes fondamentaux de l’avenir».
Une question loin d’être réglée par le développement
du capitalisme comme l’ont soutenu certains intellectuels, soulignait-il
hier, en introduisait les débats sur «La question agraire
et l’avenir de l’agriculture paysanne». «Ceux-ci
prétendent qu’il n’y a plus de paysans, mais des
producteurs qui utilisent des outils modernes de production. C’est
faux», tranche-t-il, en indiquant que la question agraire
reste entière à cause des inégalités entre
les producteurs du Nord et ceux du Sud.
Un paysan du Sud produit annuellement une tonne de
céréales. Au nord on peut aller jusqu’à 150
000 tonnes. Devant ce déséquilibre M. Amin parle de «génocide
programmé» quand on demande aux 2 milliards de paysans
du Sud d’affronter sur le marché les 50 millions de producteurs
du nord. Au-delà du gros écart dans la production, la
concurrence est surtout faussée d’avance, «car
ce sont les points de vue du Nord qui sont imposés au cours de
négociations de l’Organisation mondiale du commerce (Omc)».
Avec ou sans subventions, le challenge lui paraît inégal,
dans un combat où les paysans du Sud seront écrasés
tant que les conditions du marché resteront inchangées.
Même si les subventions accordées
aux producteurs de coton américains sont considérées
comme étant à la base de la chute drastique des cours
mondiaux de l’or blanc. Cette situation affecte les économies
de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest, producteurs de coton.
La société cotonnière du Mali (CMDT), par exemple,
s’attend à un déficit d’exploitation de l’ordre
de 75 milliards de francs Cfa pour la campagne 2004/2005.
Devant la question agraire, Samir Amin pense que
la société ne changera pas si seulement quelques intellectuels
agitent les idées. Elle changerait, pense-t-il, si les peuples
se battaient pour le changement. Les paysans sans terre du Zimbabwe
et d’Afrique du sud sont présentés comme un modèle
dans cette dynamique. Pour l’intellectuel zimbabwéen Sam Moyo, auteur de recherches sur
la question agraire en Afrique australe, qui l’avance, les réformes
n’ont pas donné des résultats escomptés parce
que seulement 3 % des meilleures terres ont pu être redistribuées
en dix ans en Afrique du sud. Et Samir Amin d’expliqué
que la demande de terres est forte au Zimbabwe parce que dans ce pays
le colonialisme n’a pas complètement détruit la
paysannerie, à la différence de l’Afrique du sud
où la politique des banthoustans (les
réservoirs de main d’oeuvre pour les mines et les usines)
a démantelé la communauté paysanne.
Bréhima Touré
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