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Forum Social Africain

 

 

 

Index  /  Lusaka 2004

 

 

«Le coupable de notre tribunal est connu» 

    Rabia Abdelkrim
    militante du Forum social africain
 

Le Tribunal des femmes a vécu. Le réquisitoire est fait, la sentence est tombée. Pour les juges il n’y a pas de têtes à couper, mais une vision du monde à reconsidérer, pour un meilleur vécu des femmes. 

Pourquoi un tribunal des femmes à ce Forum social africain ?

Rabia Abdelkrim : Pour rappel, c’est le Forum social africain, réuni en Conseil exécutif, qui a pris la décision d’instituer le tribunal des femmes, afin qu’il se penche sur les problèmes que nous rencontrons quotidiennement. Car nous Africaines, nous sommes victimes de crimes. L’objectif de ce tribunal étant de proposer des alternatives par rapport à toutes les problématiques de l’Afrique vues par les femmes. Déjà, je peux dire que les résultats s’annoncent salutaires.

Quels résultats ?
Le tribunal a siégé pendant six heures d’affilée et on peut dresser un premier bilan : deux jours après, nous en sommes à plus de cinq mille réactions qui sont sorties de notre boite électronique.

Avec des coupables désignés et des peines prononcées ?
Dans sa conception, ce tribunal n’est pas un mimétisme du tribunal classique où il y a des témoins à charge où à décharge. Aussi, il n’a pas pour vocation de couper des têtes ou de faire pleuvoir des sanctions. C’est en fait une façon de présenter différentes articulations, à différents niveaux, de nos problèmes. Par des étapes bien distinctes des audiences de ce tribunal. Ainsi la première partie du panel concernait les témoignages directs des femmes qui viennent avec leurs propres expériences (voir Flamme d’Afrique n° 1). Bref, c’est l’émotion et la souffrance infligées aux femmes par les politiques néolibérales.

En deuxième lieu, c’est la voix des résistances qui est montée. Autrement dit, le témoignage de celles qui survivent à la pauvreté, à la famine. Enfin il y a eu l’entrée en scène des experts de la résistance. Ceux-là mettent ensemble les différentes articulations et les alternatives produites, qui sont ensuite soumises à l’analyse. Le tribunal passe alors à sa dernière étape, qui est celle du jury. Celui-là ne condamne pas, puisque le coupable est connu. Ce sont les grandes puissances et les multinationales. Il suffit d’écouter les témoignages.

Autant dire que ce jury n’assure pas le suspense comme on en voit dans les tribunaux habituels. Il traduit l’espoir, l’affirmation des valeurs de l’Afrique. C’est aussi le moment de montrer le chemin. Le bon, qu’il faut emprunter pour voir le bout du tunnel.

A ce propos, que retenir de cette audience de Lusaka ?
Par rapport à la thématique, nous avons pris la mondialisation ou encore la globalisation comme un génocide dominant. Les gens n’arrêtent pas de mourir de famine et il y a de nombreuses personnes qu’on ne peut pas soigner. Tous ces gens là ne meurent pas par les armes à feu. Mais du fait des ajustements structurels et de la dette. Nous avons aussi articulé certaines formes de violences sur la femme avec un certain nombre d’aspects de notre culture que nous ne voulons pas condamner comme le font certains discours extérieurs. Le tribunal veut dire qu’il en appelle à repenser l’économie. Les négociaitions avec l’Omc ne donneront rien.

Propos recueillis par

Sékouba Savané

Une Autre Afrique est Possible