«Le
coupable de notre tribunal est connu»
Rabia Abdelkrim,
militante du Forum social africain
Le
Tribunal des femmes a vécu. Le réquisitoire est fait,
la sentence est tombée. Pour les juges il n’y a pas de
têtes à couper, mais une vision du monde à reconsidérer,
pour un meilleur vécu des femmes.
Pourquoi un tribunal
des femmes à ce Forum social africain ?
Rabia Abdelkrim : Pour rappel, c’est le Forum social
africain, réuni en Conseil exécutif, qui a pris la décision
d’instituer le tribunal des femmes, afin qu’il se penche
sur les problèmes que nous rencontrons quotidiennement. Car nous
Africaines, nous sommes victimes de crimes. L’objectif de ce tribunal
étant de proposer des alternatives par rapport à toutes
les problématiques de l’Afrique vues par les femmes. Déjà,
je peux dire que les résultats s’annoncent salutaires.
Quels
résultats ?
Le tribunal a
siégé pendant six heures d’affilée et on
peut dresser un premier bilan : deux jours après, nous en sommes
à plus de cinq mille réactions qui sont sorties de notre
boite électronique.
Avec des
coupables désignés et des peines prononcées ?
Dans sa conception, ce tribunal n’est pas un mimétisme
du tribunal classique où il y a des témoins à charge
où à décharge. Aussi, il n’a pas pour vocation
de couper des têtes ou de faire pleuvoir des sanctions. C’est
en fait une façon de présenter différentes articulations,
à différents niveaux, de nos problèmes. Par des
étapes bien distinctes des audiences de ce tribunal. Ainsi la
première partie du panel concernait les témoignages directs
des femmes qui viennent avec leurs propres expériences (voir
Flamme d’Afrique n° 1). Bref, c’est l’émotion
et la souffrance infligées aux femmes par les politiques néolibérales.
En deuxième lieu, c’est la voix des résistances
qui est montée. Autrement dit, le témoignage de celles
qui survivent à la pauvreté, à la famine. Enfin
il y a eu l’entrée en scène des experts de la résistance.
Ceux-là mettent ensemble les différentes articulations
et les alternatives produites, qui sont ensuite soumises à l’analyse.
Le tribunal passe alors à sa dernière étape, qui
est celle du jury. Celui-là ne condamne pas, puisque le coupable
est connu. Ce sont les grandes puissances et les multinationales. Il
suffit d’écouter les témoignages.
Autant dire que ce jury n’assure pas le suspense comme on en voit
dans les tribunaux habituels. Il traduit l’espoir, l’affirmation
des valeurs de l’Afrique. C’est aussi le moment de montrer
le chemin. Le bon, qu’il faut emprunter pour voir le bout du tunnel.
A ce propos, que retenir de cette audience de Lusaka ?
Par rapport à la thématique, nous avons pris
la mondialisation ou encore la globalisation comme un génocide
dominant. Les gens n’arrêtent pas de mourir de famine et
il y a de nombreuses personnes qu’on ne peut pas soigner. Tous
ces gens là ne meurent pas par les armes à feu. Mais du
fait des ajustements structurels et de la dette. Nous avons aussi articulé
certaines formes de violences sur la femme avec un certain nombre d’aspects
de notre culture que nous ne voulons pas condamner comme le font certains
discours extérieurs. Le tribunal veut dire qu’il en appelle
à repenser l’économie. Les négociaitions
avec l’Omc ne donneront rien.
Propos
recueillis par
Sékouba Savané
|