F S A
Forum Social Africain

 

 

 

Index  /  Lusaka 2004

 


LE MOUVEMENT SOCIAL FACE AU NEPAD

Lifting cosmétique ou projet perfectible ? 

Faut-il embarquer dans le bateau du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad) ou rester à quai ? La réponse à cette question divise les acteurs du mouvement social. Ce sont des positions tranchées qui se sont exprimées hier, lors du panel organisé le Nepad et l’Union Africaine, sur cette initiative que les chefs d’Etat africain développent comme solution de sortie de crise pour le continent.   

Dans la bouche d’Oduor Ongwen du Kenya, la sentence est sans appel : «Les motivations du Nepad sont à mille lieues des aspirations des populations africaines». D’abord, le mécanisme de revue des pairs qui consiste, pour les pays volontaires, à se soumettre à une évaluation des pratiques de bonne gouvernance, n’est pour lui qu’une condition imposée par les bailleurs de fonds qui veulent créer un environnement propice aux investissements étrangers. Le financement des programmes du Nepad étant confié au secteur privé, ce sont les multinationales occidentales qui occuperont la place en dictant leur loi, fait-il observer. Qui plus, assène-t-il, que les investissements directs étrangers n’ont jamais profité aux populations locales.

Plus radical, Demba Dembélé du Sénégal estime même inutile de mener un débat sur le Nepad. Le péché dans cette initiative lui semble originel. Dans la mesure où lui paraît illusoire de vouloir créer un nouveau partenariat – comme le prétendent les promoteurs du Nepad – sans remettre en cause les règles qui ont conduit l’Afrique au bord du gouffre. «Le Nepad est muet sur la question de l’annulation de la dette», déplore-t-il ainsi. Et de conclure sur le même tempo qu’Oduor Ongwen, pour dire que «le Nepad n’est rien d’autre qu’un lifting cosmétique pour embellir l’Afrique afin de mieux la vendre aux multinationales».  

Devant ce tir de barrage, Hassan Sumonu du Nigeria élève des objections. Il voit le mouvement social doit monter sur le ring du Nepad pour se battre et faire passer ses points de vue, plutôt que de rester dans les tribunes pour commenter les actions des acteurs. «Si vous avez un enfant têtu, vous avez le devoir de l’éduquer, vous n’avez pas le droit de le tuer», a-t-il argumenté. Cette possibilité d’agir sur le Nepad, pour la société civile, il la voit dans le fait que cette initiative a beaucoup progressé au cours de ces trois dernières années dans le domaine du genre et de la prise en compte des suggestions de la société civile. Les idées ne manquent pas. Et Boubacar Diop du Sénégal de souligner que les Ong essaient de faire avancer des idées dans le domaine de l’éducation, notamment celle de l’enseignement du swahili dans les universités africaines. Et il ne manque pas de critiquer le Nepad pour le peu de place faite aux questions d’éducation.

Bréhima TOURE

 

Une Autre Afrique est Possible