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Index  /  Lusaka 2004

 


LUTTE CONTRE LA PAUVRETE AU  BURKINA

 L’impossible convergence entre le gouvernement et la société civile

 Officiellement, le Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (Cslp) au Burkina devait se baser une «une démarche fondée sur une large consultation». Cela n'a pas été le cas. La collaboration entre l'État et la société civile autour du Cslp accuse même un fort retard. Pendant trente mois on a vécu un surplace qui ne s'est débloqué que cette année.  

(Panos infos) - Le Burkina est d'ordinaire un élève studieux et bien noté par les bailleurs de fonds occidentaux. Ce pays sahélien est, comme le rappelle un haut fonctionnaire du ministère de l'Economie et du Développement, Banoudaba Dabiré, «le second pays africain après l'Ouganda à avoir bénéficié de l'initiative Pays pauvres très endettés, à laquelle se rattache directement le Cadre stratégique de lutte contre la pauvrté (Cslp. C'était en 2000. Mais M. Dabiré reconnaît que pendant plus de vingt-quatre mois la mobilisation des Burkinabé n'a pas été à la hauteur des ambitions et «que même l'administration  n'avait pas une connaissance claire» du dossier. Dans la revue de la Cslp qu'ils tiennent régulièrement, les partenaires techniques et financiers (Ptf) ne disent pas autre chose. Ils pointent du doigt «l'action du gouvernement burkinabé qui reste caractérisé par une coordination insuffisante des partenaires impliqués». En particulier ceux de la société civile. 

A priori, ces partenaires ne manquent pourtant pas au Faso. Ce pays est même une terre de Cocagne pour une multitude d'Ong et un tissu associatif épais et étendu que couvre la quasi-totalité du territoire. Mais cette société civile prolifique est aussi divisée, éclatée en une constellation de petites structures sans moyens. Selon Claude Bationno, consultant, s’il y a un retard dans l'action commune entre pouvoirs publics et société civile, lors du lancement du Cslp, cela tient d'abord «à la trop grande atomisation des Ong et associations burkinabés». «Rien que pour savoir à qui s'adresser, à qui envoyer un courrier, l'État a du mal à se repérer», explique-t-il. Il est vrai qu'il existe 14 000 associations et Ong au Burkina Faso, soit une pour 800 habitants. Rien qu'entre janvier et avril 2004, quarante et une demandes nouvelles de création d'associations sont arrivées sur les bureaux de l'administration territoriale.  

L'État aurait donc eu du mal à trouver des partenaires représentatifs et solides dans cette nébuleuse de petits groupements qui fonctionnent souvent en circuit quasi fermé. Avec leurs codes, leur spécialités, leurs réseaux. Et parfois même leur part de malhonnêteté : un pourcentage de moins en moins négligeable d'Ong burkinabé ne sont créées que dans un seul but : récolter des fonds. Toutefois, il existe au Faso une dizaine d'unions d'Ong, au nombre d'une dizaine. Le Secrétariat permanent des organisations non gouvernementales (Spong) reste le plus important et le plus influent de ces regroupements, fédérant plus de quatre-vingt dix organisations importantes.  

La présidente du Spong ne partage pas l'analyse de Claude Bationno. «Pendant un long moment, les pouvoirs publics nous ont oubliés. Tout simplement»,  se plaint Clémentine Ouédraogo. Elle raconte deux ans et demi de batailles, parfois tendues, entre son organisation et l'État «qui traînait des pieds» pour accepter le Spong à la table des débats sur le Cslp. «Une fois, un ministre nous a dit que nous n'avions pas le droit à la parole», se souvient-elle. Les Ong et l’État ont quand même fini par s'entendre sur la tenue, en juillet 2003, d'un Forum national sur la relecture du Cslp. Un début de dialogue était né. Quelque 194 représentants d'Ong ont participé à cette consultation. Et le gouvernement a publié une version révisée du Cslp en janvier 2004 en se basant sur les critiques émises par les Ong. La société civile a, elle aussi, élaboré son propre document de référence. Résultat : deux philosophies s'opposent dans ces deux volumes d'une centaine de pages.  

Sur un domaine aussi important que l'agriculture, un secteur qui  emploie encore aujourd'hui plus de 70 % des Burkinabés, autorités et Ong ne sont pas sur la même longueur d'onde. Le gouvernement burkinabé a opté pour une politique très modernisante de l'agriculture : petite irrigation,  culture de contre-saison, développement d'une forte politique cotonnière, monétarisation des productions, électrification rurale, recherche et développement, professionnalisation des agriculteurs et même expérimentation des Ogm. La société civile s'oppose à ces choix trop productivistes. «Nous exprimons nos inquiétudes sur la pertinence de certaines options dans le domaine agricole. Il s'agit de la promotion de l'agrobusiness, avec comme conséquence la spoliation des meilleures terres de paysans voués à devenir, dans le meilleurs des cas, des ouvriers agricoles sans avenir», estime la société civile dans son document critique.  

Au centre des préoccupations du Cslp burkinabé, il y a aussi la bonne gouvernance. Sur ce point, la société civile constate que le souci «reste théorique. Les acteurs ne jouent pas leur rôles d'éducation des populations, la gestion des ressources publiques se fait en contradiction avec le principe de lutte contre la pauvreté exigeant sobriété de tous et exemplarité des dirigeants». Ce désaccord en matière de bonne gouvernance traduit la tension politique qui agite le Burkina depuis cinq ans. La société civile est souvent politisée et hostile au régime de Blaise Compaoré. Elle rechigne à s'impliquer dans des programmes avec lesquels elles est  en désaccord.  

Le Spong affiche, par exemple, des idées proches de celle de l'opposition. Dans ce contexte, il est difficile de mesurer les résultats obtenus durant les quatre premières années de mise en place du programme de lutte contre la pauvreté au Burkina. Quatre années durant lesquelles le Cslp a tenté d'avancer avec très peu de relais au sein de la société civile. Les partenaires techniques et financiers, eux-même, regrettaient récemment «qu'en terme de résultats au niveau de la pauvreté, il [soit] difficile de se prononcer au stade actuel. En effet pour beaucoup d'indicateurs la disponibilité régulières des données n'est pas assurées».

Caroline Sorgho et Samba Diallo

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