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LUTTE
CONTRE (Panos infos) - Le Burkina est
d'ordinaire un élève studieux et bien noté par
les bailleurs de fonds occidentaux. Ce pays sahélien est, comme
le rappelle un haut fonctionnaire du ministère de l'Economie
et du Développement, Banoudaba Dabiré,
«le second pays africain
après l'Ouganda à avoir bénéficié
de l'initiative Pays pauvres très endettés, à laquelle
se rattache directement le Cadre stratégique de lutte contre
la pauvrté (Cslp)».
C'était en 2000. Mais M. Dabiré
reconnaît que pendant plus de vingt-quatre mois la mobilisation
des Burkinabé n'a pas été à la hauteur des
ambitions et «que même
l'administration n'avait
pas une connaissance claire» du dossier. Dans la revue de
A priori, ces
partenaires ne manquent pourtant pas au Faso. Ce pays est même
une terre de Cocagne pour une multitude d'Ong
et un tissu associatif épais et étendu que couvre la quasi-totalité
du territoire. Mais cette société civile prolifique est
aussi divisée, éclatée en une constellation de
petites structures sans moyens. Selon Claude Bationno,
consultant, s’il y a un retard dans l'action commune entre pouvoirs
publics et société civile, lors du lancement du Cslp, cela tient d'abord «à la trop grande atomisation des Ong
et associations burkinabés». «Rien que pour
savoir à qui s'adresser, à qui envoyer un courrier, l'État
a du mal à se repérer», explique-t-il. Il est
vrai qu'il existe 14 000 associations et Ong
au Burkina Faso, soit une pour 800 habitants. Rien qu'entre janvier
et avril 2004, quarante et une demandes nouvelles de création
d'associations sont arrivées sur les bureaux de l'administration
territoriale. L'État
aurait donc eu du mal à trouver des partenaires représentatifs
et solides dans cette nébuleuse de petits groupements qui fonctionnent
souvent en circuit quasi fermé. Avec leurs codes, leur spécialités,
leurs réseaux. Et parfois même leur part de malhonnêteté
: un pourcentage de moins en moins négligeable d'Ong
burkinabé ne sont créées que dans un seul but :
récolter des fonds. Toutefois, il existe au Faso une dizaine
d'unions d'Ong, au nombre d'une dizaine. Le
Secrétariat permanent des organisations non gouvernementales
(Spong) reste le plus important et le plus influent de ces
regroupements, fédérant plus de quatre-vingt dix organisations
importantes. La présidente
du Spong ne partage pas l'analyse de Claude
Bationno. «Pendant un long moment, les pouvoirs publics nous ont oubliés.
Tout simplement», se
plaint Clémentine Ouédraogo.
Elle raconte deux ans et demi de batailles, parfois tendues, entre son
organisation et l'État «qui
traînait des pieds» pour accepter le Spong
à la table des débats sur le Cslp.
«Une fois, un ministre nous a dit que
nous n'avions pas le droit à la parole», se souvient-elle.
Les Ong et l’État ont quand même
fini par s'entendre sur la tenue, en juillet 2003, d'un Forum national
sur la relecture du Cslp. Un début
de dialogue était né. Quelque 194 représentants
d'Ong ont participé à cette
consultation. Et le gouvernement a publié une version révisée
du Cslp en janvier 2004 en se basant sur les
critiques émises par les Ong. La société civile a, elle aussi, élaboré
son propre document de référence. Résultat : deux
philosophies s'opposent dans ces deux volumes d'une centaine de pages.
Sur un domaine
aussi important que l'agriculture, un secteur qui emploie encore aujourd'hui plus de 70 %
des Burkinabés, autorités et Ong
ne sont pas sur la même longueur d'onde. Le gouvernement burkinabé
a opté pour une politique très modernisante de l'agriculture
: petite irrigation, culture
de contre-saison, développement d'une forte politique cotonnière,
monétarisation des productions, électrification rurale,
recherche et développement, professionnalisation des agriculteurs
et même expérimentation des Ogm.
La société civile s'oppose à ces choix trop productivistes. «Nous exprimons nos inquiétudes
sur la pertinence de certaines options dans le domaine agricole. Il
s'agit de la promotion de l'agrobusiness, avec comme conséquence
la spoliation des meilleures terres de paysans voués à
devenir, dans le meilleurs des cas, des ouvriers agricoles sans avenir»,
estime la société civile dans son document critique. Au centre des
préoccupations du Cslp burkinabé,
il y a aussi la bonne gouvernance. Sur ce point, la société
civile constate que le souci «reste
théorique. Les acteurs ne jouent pas leur rôles d'éducation
des populations, la gestion des ressources publiques se fait en contradiction
avec le principe de lutte contre la pauvreté exigeant sobriété
de tous et exemplarité des dirigeants». Ce désaccord
en matière de bonne gouvernance traduit la tension politique
qui agite le Burkina depuis cinq ans. La société civile
est souvent politisée et hostile au régime de Blaise Compaoré. Elle rechigne à s'impliquer dans des
programmes avec lesquels elles est
en désaccord. Le Spong affiche,
par exemple, des idées proches de celle de l'opposition. Dans
ce contexte, il est difficile de mesurer les résultats obtenus
durant les quatre premières années de mise en place du
programme de lutte contre la pauvreté au Burkina. Quatre années
durant lesquelles le Cslp a tenté d'avancer
avec très peu de relais au sein de la société civile.
Les partenaires techniques et financiers, eux-même,
regrettaient récemment «qu'en
terme de résultats au niveau de la pauvreté, il [soit]
difficile de se prononcer au stade actuel. En effet pour beaucoup d'indicateurs
la disponibilité régulières des données
n'est pas assurées». Caroline Sorgho et Samba Diallo |
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