F S A
Forum Social Africain

 

 

 

Index  /  Lusaka 2004

 


LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ AU MALI 

La société civile crache dans la soupe 

(Panos Infos) - «Le Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté (Cslp) permet au Mali de répondre à un double défi : élaborer une politique nationale capable d'assurer une croissance forte et durable, et mettre en oeuvre les voies et moyens permettant d'intégrer les pauvres dans ce processus de croissance et de développement». Coordinateur du cadre stratégique de lutte contre la pauvreté au Mali, M. Sékouba Diarra, n'a ainsi aucun doute quant à l'efficacité de ce document élaboré sous la houlette de la Banque mondiale. Face à ce discours, M. Samba Tembély de Jubilé 2000 Mali élève des objections. «Le Cslp parachève plutôt le travail que les programmes d'ajustements structurel (Pas) ont commencé dans les années 1980. L'objectif fondamental est d'ouvrir nos marchés aux multinationales. Sinon, comment comprendre que la privatisation de nos sociétés d'État soit l'une des principales conditionnalités ? Les Pas n'exigeaient pas autre chose», argumente-t-il.  

Sur le plateau de la libéralisation et de privatisation des entreprises publiques maliennes, M. Tembély jette un lourd passif. En 2003, ils ont ainsi été six cents travailleurs à se retrouver au chômage, avec le projet de privatisation de la Compagnie malienne de développement des textiles (Cmdt). Cette opération était une des conditionnalités exigées par les bailleurs de fonds pour la mise en oeuvre du Cslp. M. Tembély enfonce le clou en ajoutant que le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad) participe de cette même stratégie qui consiste à servir le continent noir sur un plateau à l'appétit glouton des multinationales. Et ce n'est pas Mme Aminata Dramane Traoré, autre figure marquante du mouvement social africain, qui met un bémol, elle qui fustige «l'empressement des chefs d'État africains à s'embarquer dans le bateau du Nepad dont l'objectif n'est autre que de nous livrer pieds et poings liés aux fers de lance du néolibéralisme que sont les multinationales».  

La présidente du Forum pour l'autre Mali, figure marquante de l'altermondialisme, se désole tout autant de la similitude des documents stratégiques de lutte contre la pauvreté dans plusieurs pays africains. Ce qui dénote, à ses yeux, de l'incapacité des Africains à élaborer eux-mêmes des stratégies pour développer leurs pays. «Après quarante années d'indépendance, cette situation n'est pas réjouissante. Nous attendons que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international nous imposent une camisole de force, présentée comme la panacée contre la pauvreté dans nos pays», se désole Mme Traoré. En appui à ses propos, elle évoque l'échec des programmes de l'Agence pour l'exécution des travaux d'intérêt public (Agetip). «On a créé l'Agetip dans tous les pays africains en disant que c'est un instrument de développement. Aujourd'hui, le constat est que des dizaines de milliards de francs ont été dilapidés pour peu de résultats».

Pour défendre le Cslp, M. Sékouba Diarra rappelle quelques «vérités». Entre autres, que tout cela est le fruit d'un processus participatif auquel la société civile a pris part. «Ce processus a abouti à la définition d'une politique de croissance, créatrice de richesses mieux réparties au profit des pauvres. Les objectifs macro-économiques sont clairement définis : un taux de croissance de 6,7% par an sur la période 2002/2006, un taux d'investissement de 22,6% et un taux d'inflation inférieur à 3%", souligne-t-il. Avec un tel tableau de marche, le Cslp lui apparaît comme une avancée considérable par rapport aux stratégies mises en oeuvre par le passé. «Il est soumis, précise-t-il, à un principe évolutif qui permet d'apporter des correctifs au fur et à mesure de la mise en oeuvre». Le comité de pilotage composé des cadres de l'administration, des représentants de la société civile et des bailleurs de fonds se réunit régulièrement pour réfléchir sur les orientations.

Bréhima TOURÉ

 

Une Autre Afrique est Possible