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Forum Social Africain

 

 

 

Index  /  Lusaka 2004

 



SOUVERAINETE DES PEUPLES
Quel vocabulaire pour le mouvement social ?

Le Forum social africain a ouvert hier une fenêtre sur «le nouvel ordre mondial». Il était question de «la réaffirmation de la souveraineté des peuples» et Samir Amin le conférencier, aussi bien que d’autres intervenants n’y sont pas allés par quatre chemins pour dénoncer la compromission de la souveraineté des peuples devant la puissance des Etats Unis. Une politique d’hégémonie dans laquelle Washington s’offre «le plaisir de remorquer l’Europe».

Le monde qui se dessine ainsi n’est pas sans conséquence sur les pays pauvres que le néolibéralisme triomphant enfonce dans la misère. Pour changer les rapports actuels de domination et d’asservissement, la reforme l’Onu est jugée nécessaire. Cette réforme, Samir Amin la voit sous deux angles : politique et judiciaire. Avec une formalisation «plus responsable» du principe d’interdiction de la guerre et de l’agression sous quelques formes que ce soient. Et la remise en cause de la démarche qui voudrait que seuls les Etats saisissent la Cour internationale de justice de La Haye.

Pour mener une telle bataille, faut-il que le mouvement social soit à la hauteur ? Sans se montré pessimiste, le coordinateur du Forum du tiers monde est tout de même perplexe : «Nous ne sommes pas à la hauteur», confesse-t-il. Et pour cause : «Le forum social n’a pas créé le cadre qu’il faut pour que le maximum de forces progressistes puissent disposer de larges marges de manœuvre». Devant l’indispensable équilibre des rapports de forces, bien des intervenants ont déploré l’autocensure de ceux qui, au sein du mouvement social, ne cacher pas leur embarras de se voir étiqueter par l’adversaire.

En fait, certaines choses semblent manquer à Samir Amin dans cette dynamique qui se développe. Ainsi remarque-t-il l’abandon de certains concepts dans le jargon du Forum social, alors qu’ils répondent à sa philosophie. Tel que le mot «indépendance». Et cela, «au profit des concepts comme «pauvreté » qui appartient au vocabulaire de l’adversaire». Et pour l’économiste égyptien, la dépendance commence par l’usage du langage de l’adversaire. «La langue traduit la culture politique».

Sékouba Savané

Une Autre Afrique est Possible