REUNION DU SMSI EN TUNISIE
Rencontre des libertés en terre de répression
(30/01/2005)
La seconde phase du Sommet mondial de la société de l’information
(Smsi) se tiendra à Tunis, en novembre 2005, dans un contexte
politique jugé répressif vis-à-vis des organisations de défense
des libertés, qui soulève des inquiétudes. En particulier pour
la liberté de la presse. Hier, alors qu’elle participait
à un panel initié par l’Association mondiale des radios
communautaires (Amarc) sur le droit à la communication, Sihem
Bensedrine, journaliste et porte-parole du Conseil des libertés
en Tunisie (Clt), a annoncé que le siège de son organisation était
bouclé par la police et le permanent des lieux empêché d’accéder
à son bureau.
Déjà la semaine dernière, l’assemblée générale du Clt avait
été interdite par les autorités. Pourtant, l’Afrique a soutenu
la candidature tunisienne pour abriter cette seconde phase du
Smsi, avec à ses côtés la Chine et d’autres pays asiatiques,
dans le cadre de ce que Mme Sihem Bensedrine appelle «la solidarité
des dictatures contre les démocrates». La journaliste-militante
a également lancé un appel en faveur de son collègue Abdallah
Zouari. Ce dernier a entamé une grève de la faim depuis une dizaine
de jours pour exiger son droit à la circulation. Alors qu’il
vient de purger onze ans de prisons, les autorités tunisiennes
l’ont assigné à résidence à plusieurs centaines de kilomètres
du lieu de résidence de sa famille.
De l’avis de Sihem Bensedrine, le gouvernement tunisien
n’a d’intérêt dans la tenue du Smsi que pour la visibilité
que l’événement va donner au régime du président Ben Ali.
Une opinion appuyée par le récit que Steve Buckley de l’Amarc
a fait de la première réunion préparatoire organisée à Hammamet
(Tunisie). Selon lui, le gouvernement tunisien a mobilisé et massivement
appuyé des «Gongo’s » (Governemental non-governemental
organizations). Ces structures ont littéralement bloqué les débats
par le biais de différents stratagèmes. Mme Bensedrine renchérit
que «sur 8440 organisations non gouvernementales officiellement
reconnues en Tunisie, seule une dizaine sont véritablement indépendants ;
et parmi ces dix, très peu s’occupent des libertés civiles».
Lors de la Prepcom (conférence préparatoire) de Hammamet, seules
trois organisations indépendantes avaient été accréditées par
les autorités tunisiennes, apprend-on.
De plus, Tunis jouerait la carte de la division entre les organisations
africaines. C’est ainsi, explique Sehim Bensedrine, que
le gouvernement a invité des organisations de l’Afrique
sub-saharienne pour les mettre en garde contre celles qui, en
Tunisie, sont soutenues par des partenaires du Nord. Selon l’argumentaire
de Tunis, cela constitue une ingérence dans les affaires internes
et une menace pour la souveraineté des pays du continent. Il s’est
trouvé des Africains qui ont été sensibles à ce discours et «qui
se sont mis contre nous», regrette Mme Bensedrine. Pour elle,
les organisations africaines doivent être vigilantes et ne pas
se laisser prendre par la politique de division du pouvoir tunisien.
Au moment où se tient ce Fsm, les organisations africaines se
réunissent à Accra (Ghana), dans le cadre de la préparation du
Smsi. Mais Sehim Bensedrine affirme n’avoir été informé
de cela qu’il ya une dizaine de jours. Et de conclure que
c’est une preuve supplémentaire de la «ghettoïsation» des
organisations de défense des libertés en Tunisie, mais surtout
de la nécessité de renforcer les relations et les partenariats
de part et d’autre du continent.
Souleymane NIANG