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ACCORDS
DE PARTENARIATS ECONOMIQUES
Les Africains rejettent le marché de dupes
(30/01/2005)
Lancée à Lusaka en décembre, lors du dernier Forum social africain,
la campagne contre les accords de partenariat Ue/Acp rebondit à Porto
Alegre. Des délégués africains se sont retrouvés hier avec leurs collègues
des autres continents pour faire le point, un mois après. La rencontre
a ainsi permis de disséquer ces accords pour en mettre en relief les
impacts négatifs sur les économies des pays d’Afrique, des Caraïbes
et du Pacifique. Le principal grief, c’est qu’ils privilégient
la dimension économique dans le cadre du partenariat, au détriment du
social. Pire, ils mettent à rude épreuve les économies des pays Acp
en les soumettant à une compétition inégale.
«Ce sont des accords préférentiels qui poussent en quelque sorte les
Acp à donner la préférence, dans la circulation de leurs produits, à
l’Union européenne. Ce qui limite les opportunités qu’elles
peuvent avoir à l’échelle internationale. C’est une dépendance
qui est basée sur des liens historiques et c’est justement cela
qui est remis en cause. L’histoire évolue et l’Afrique aussi
a besoin de bâtir plus librement sur la base de liens plus équitables
et d’égale partie», martèle le Sénégalais Abdou Salam Fall, du
Réseau intercontinental de la promotion de l’économie sociale
solidaire.
Dans la même veine, plusieurs participants ont insisté sur la nécessité
de rompre avec ces accords qui confinent les producteurs des pays Acp
dans une situation de dépendance vis-à-vis de l’Union européenne.
«Il faut lutter contre ces accords, parce que les Acp ne sont pas du
tout préparés à ouvrir leurs marchés à la compétition internationale,
à la concurrence avec l’Union européenne. Jusqu’à présent,
les capacités d’offres des producteurs africains sont très limitées.
Nos économies ne sont pas encore à niveau pour pouvoir mettre sur le
marché européen des produits qui répondent aux normes et aux préférences
européennes», souligne le délégué Béninois Aurélien Atidegla, qui déplore
les mesures sanitaires et phytosanitaires imposées aux produits en provenance
des pays Acp. Et d’ajouter : «Même si les capacités d’offres
sont améliorées, l’Union européenne impose des normes extravagantes,
pratiquement impossibles à respecter par les producteurs africains.
Ces normes obligent les entreprises africaines à faire face à ce qu’on
appelle la traçabilité des produits. Ce sont des obligations qui dépassent
non seulement les questions de qualité, et portent sur des questions
liées à la présence de produits présumés toxiques, de dérivés de pesticides.
Or quel producteur africain est en mesure de respecter toutes ces conditions»,
s’interroge-t-il ?
Au-delà, il se pose aussi la question de zones de libres échanges qui
suppriment de facto les barrières douanières existantes, dans le cadre
de la circulation des produits. Une perspective qui ne manquerait pas
d’hypothéquer les ressources des pays Acp. «Avoir des zones de
libre échanges, c’est supprimer les barrières douanières qui sont
les principales sources de recettes fiscales pour nos Etats. La conséquence,
c’est que nos Etats n’auront plus les moyens nécessaires
pour faire face aux services publics, surtout en terme de santé et d’éducation.
Cela va entraîner des crises sociales, parce que désormais nos Etats
seront dépouillés et incapables de subvenir aux besoins des populations»,
avertit Aurélien Atidegla.
Ces tares portées par les accords actuels ont été relevées par des études
d’impact effectués dans les pays africains. Et d’après M.
Atidegla, «il n’y a pas une seule étude qui a fait ressortir que
les accords de partenariat économique Acp/Ue ont des effets positifs».
Devant ce constat d’échec, les altermondialistes préconisent en
lieu et place des accords existants, des accords de partenariat pour
le développement. «Nous pensons que le commerce doit être mis au service
du développement. Pour ce faire, il faut créer les conditions nécessaires
pour que ce commerce serve véritablement le développement. Et pour cela,
il faut nécessairement la mise à niveau des économies, il faut développer
les infrastructures, les moyens de communications. Il y a beaucoup conditions
à réunir avant la mise en œuvre de ces accords mais qui ne le sont
pas encore», estime Atidegla.
Mais encore faut-il parvenir à convaincre les gouvernants des pays Acp
à renoncer à ces accords. C’est à ce travail qu’Abdou Salam
Fall invite la société civile des pays Acp : «Il faut convaincre
les gouvernants et les peuples africains de l’intérêt de bâtir
des accords de partenariat sur la base de nos intérêts propres. Les
dispositifs des accords actuels ne nous sont pas favorable. Donc il
s’agit de démontrer techniquement les modalités qui peuvent nous
permettre de faire autrement et ensuite politiquement, de démontrer
l’ouverture que nous, nous avons intérêt à négocier avec le monde,
et privilégier en particulier la protection de certaines filières agricoles»,
souligne M. Fall
Ousseini Issa
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