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EXPLOITATION
PÉTROLIÈRE AU TCHAD
Or noir et misère noire des populations de Doba
(29/01/2005)
«Les populations de Doba attendent de pied ferme la réalisation des
promesses à elles faites par le consortium pétrolier Esso. Elles y croient
et sont même réticentes aux sensibilisations des Ong qui essayent de
les ramener à la raison». Animatrice de l’Ong Epozop au Tchad,
Mme Séïba Martine Dénénoudji, rencontrée à ce Forum social mondial,
donne ainsi une idée de la détermination des populations de la région
de Doba. Dans cette zone riche en pétrole qui regroupe neuf cantons,
les populations s’étaient vu promettre monts et merveilles pour
ouvrir les portes à l’exploitation de ces ressources par la multinationale
française. Jusqu’aujourd’hui, les attentes ont été vaines.
Et les ressortissants des cantons que sont Béro, Komé, Miandoum, Timbiri,
Békam, Ngagibian, Bessao, Mondlanm et Mbaissayen, ne veulent pas que
les richesses de leur terre aillent faire le bien-être des autres pour
les laisser dans la misère.
«Avant l’exploitation pétrolifère dans la région, la Banque mondiale
avait certes consulté des populations. Mais cette consultation a été
faite à un moment où la zone était aussi bien sous la pression des rebelles
que celle des forces loyales», souligne Mme Dénénoudji. On était loin
d’une atmosphère permettant un choix serein. «Mais cela n’a
pas empêché de déboucher sur des promesses de construction d’hôpitaux,
d’écoles, de réseau d’adduction d’eau potable et d’électricité,
de logements, sans oublier les promesses d’emploi». Devant la
conscience qu’on avait abusé de leur confiance, les ressortissants
des neuf cantons de Doba, sous l’impulsion de la société civile
tchadienne, allaient se décider à faire face. C’est ainsi qu’au
terme d’un séminaire, le 19 juillet 1999, ils forment l’Entente
des populations de la zone pétrolière pour la défense des intérêts communs
(Epozop). L’association regroupe des paysans de la zone pétrolière
du bassin de Doba, au sud du Tchad, avec pour principal objectif amener
les exploitants pétroliers à dédommager les populations.
Dommages
Les dommages causés par l’exploitation pétrolière à la région
de Doba au sud du Tchad sont énormes. Allant de la pollution de l’environnement
aux violences inter-ethniques causées par les rivalités qui naissent
autour de ces richesses qui restent des mirages, en passant par les
maladies infantiles. Entre les mois de mai et juin 2003, souligne Mme
Dénénoudji «quarante et un enfants soufrant de vomissement dans vingt
villages du canton de Komè ont été enregistrés. Et il en est ainsi presque
dans les neuf cantons». A défaut de citernes, de puits et de château
d’eau, les carrières creusées et abandonnées sont devenues des
réservoirs… d’eau polluée, les populations n’ayant
aucun autre recours faute d’installation de rétention d’eau
voire de puits. Et ces réservoirs sont aussi des mouroirs ou se noient
les enfants qui viennent y jouer. Les rares sources d’eau naturelles,
comme celle du village de Mampon, traversées par les pipelines, sont
devenues impropres à la consommation, mais aussi inaccessibles du fait
des installations électriques à haute tension.
De même, les terres sont devenues si pauvres que les rares espaces disponibles
ne sont plus productifs. Les arbres fruitiers meurent, l’élevage
est devenu quasiment impossible. Lorsque les animaux s’aventurent
vers les sources d’eau pour se désaltérer, ils meurent plus tard.
Les revendications des femmes pour exiger le forage de puits sont restées
sans échos. Et comme si tout cela ne suffisait pas, les violences ethniques
entre les éleveurs nomades du Nord venues faire fortune dans les installations
pétrolières et les autochtones deviennent récurrentes et se soldent
par des morts et des dégâts matériels importants. «Le 27 octobre 2003,
par exemple, les affrontements inter-communautaires ont fait 10 morts,
48 blessés, 202 maisons brûlées et plusieurs centaines de sans-abri»,
témoigne Mme Dénénoudji. Désillusionnés par l’absence du paradis
rêvé, les «étrangers», constitués en nouvelle communauté, se livrent
à l’abattage des arbres pour en faire du charbon ou pour de la
sculpture. Rien que des stratégies de survie. Sur le plan environnemental,
la catastrophe écologique qui plane sur les neuf cantons rappelle le
drame de la région Ogoni au Nigeria.
Et les promesses d’hier ? «Là où l’on doit construire
des classes pour tout un cycle scolaire, à peine trois classes sont
sorties de terre», dénonce Mme Dénénoudji. Mais la mobilisation des
populations flouées n’a pas été vaine. Sous la pression d’Epozop
et du député de la région de Doba, les populations ont été dédommagées.
«Les plantations détruites ont été payées à 550 000 F Cfa le pied de
manguier, 263 000 F Cfa celui du néré, 162 000 F Cfa le pied de karité
et à 109 000 F Cfa celui du tamarinier». Mais les paysans, une fois
dédommagés ont multiplié les noces et les ripailles pour vite se retrouver
dans le dénuement total. Et pourtant les conseils des Ong ne manquaient
pas, les invitant à ouvrir des comptes et y déposer l’argent.
Aujourd’hui, Esso se satisfait d’avoir dédommagé les victimes.
Mais pour Mme Dénénoudji, les clauses de la «compensation communautaire»
ne sont pas respectées à 100 %, ce qui amène les populations à continuer
de revendiquer de meilleures condition de vie, des routes, des hôpitaux,
des écoles, de l’eau potable, de l’électricité, des habitations
et de l’emplois. Pendant ce temps Essor accumule les bénéfices.
Hippolyte DJIWAN
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