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e FORUM SOCIAL MONDIAL :
Porto Alegre renoue avec sa grand-messe
(27/01/05)
F.S.A
- Au moment du décompte
final, un record sera sans doute battu. Celui du nombre de participants
à ce cinquième Forum social mondial. Porto Alegre est parti, encore
une fois, pour faire sauter la barre des cent mille, avec des altermondialistes
venus de partout dans le monde. Pour penser un «autre monde». Encore
une fois la participation africaine des plus infimes, mais ils ont commencé
à compter leurs acquis.
Panos Infos - Energie, diversité et une forte disposition à transformer
le monde. Les maîtres-mots du 5e Forum social mondial (Fsm) sont là.
Lancé le mercredi 26 janvier, avec une marche qui a réuni quelque deux
cent mille personnes dans les rues de Porto Alegre, selon les services
chargés de la mobilité urbaine, et cent vingt mille selon la police.
Ce rendez-vous biennal revient donc en terre brésilienne, après l’étape
indienne de Mumbai en 2004. Malgré la distance qui sépare les deux villes,
on ne sent pas de rupture entre les deux événements. Le cachet populaire
remarquable à Mumbai marque aussi Porto Alegre.
«Nous avons beaucoup appris avec l’expérience indienne, en voyant
organiser cet événement dans un endroit facile d’accès et symbolique»,
confie Antonio Martins, membre du Secrétariat du Fsm. Ainsi le forum
laisse les salons climatisés pour occuper les bords du fleuve Guiaba
sur quelque 5 km, poursuit-il. Dans une longue succession de tentes
géantes qui accueillent panelistes et conférenciers. Ce cinquième rendez-vous
des altermondialistes, dans la ville qui a accueilli les trois premières
éditions (2001, 2002 et 2003), est ainsi parti pour battre les records
de participation. «Environ 70 000 personnes sont déjà inscrites, mais
ce nombre devrait augmenter très rapidement et dépasser les 100
000», soulignait Antonio Martins lundi dernier, deux jours avant l’ouverture
du forum. Les plus optimistes attendent 125 000 participants d’ici
la clôture prévue le 31 janvier, ce qui placerait l’édition 2005
devant celui de l’année dernière avec ses 111 000 participants.
Déjà un premier record vient d’être battu : celui du nombre
de journalistes qui couvrent l’événement. Ils sont plus de cinq
mille venus du Brésil, de l’Argentine, des Etats-Unis et d’ailleurs.
Mais dans la centaine de milliers d’altermondialistes qui ont
investi Porto Alegre, il ne sont que quelque trois cents Africains.
Cent fois moins qu’il y a un à Mumbai. Sous la bannière du Forum
social africain, ils ne démarrent leurs manifestations que le 28 janvier,
avec un séminaire autour du thème «Résistances populaires et alternatives
démocratiques au néo-libéralisme». Sont également au programme un «Tribunal
des femmes africaines», ainsi qu’un «Dialogue sur le Forum social
mondial 2007 en Afrique», prévus respectivement les 29 et 30 janvier.
Car c’est en Afrique que se tiendra dans deux ans le Fsm. Le Conseil
international a validé mardi cette requête posée par les Africains l’année
dernière à Mumbai, mais aucun choix n’est encore fixé sur le pays
organisateur (voir encadré).
Grand écart
En entamant sa cinquième édition, le Fsm donne l’impression de
s’essouffler à ressasser les mêmes revendications, les mêmes idées
(ou presque), à rassembler les mêmes «têtes d’affiche». Reste
l’enthousiasme que nourrit la certitude qu’un autre monde
est possible. Et que ce changement passe par des lignes de solidarité
qu’on cherche à tisser patiemment à travers les débats et échanges
d’expériences qui se feront au rythme des milliers de panels,
conférences et autres activités à l’ordre du jour. Au moment où
le forum de Davos regroupe les grandes puissances de ce monde, Porto
Alegre se veut un lieu de «réflexion par le bas» pour aller vers un
monde plus équitable, dépouillé des inégalités qui structurent la misère
à travers la planète, en particulier dans le Sud.
Le président brésilien Luiz da Silva Lula est une des nombreuses personnalités
attendues. Ce jeudi 27 janvier, avant de s’envoler pour Davos
où se tient le «forum des riches», il doit présider l’Appel mondial
à l’action contre la pauvreté. Ce grand écart symbolise à merveille
la double écoute à laquelle on assiste aujourd’hui entre Davos
et Porto Alegre. Entre ces assemblées des deux extrêmes qui quelquefois
se touchent. Certaines idées nées à Porto Alegre sont ainsi tombées
sur la table du G8. Comme lorsqu’il est question, de la part du
président français Jacques Chirac, de défendre l'idée d’une taxe
internationale pour financer la lutte contre la pauvreté. Une telle
perspective a d’abord été soulevée par les altermondialistes.
Avec toute la notoriété qui en découle pour elle, Porto Alegre est loin
de s’ennuyer à voir et à revoir défiler cette centaine de milliers
de personnes qui viennent en ajouter à son caractère cosmopolite. Le
Forum social mondial est devenu une des identités de cette ville, qui
d’ailleurs le lui rend bien. L’ouverture, l’hospitalité,
la courtoisie se lisent jusque dans les prix. Entre 10 et 20 R$ (4 à
8 $), des populations sont prêtes à offrir le gîte. Aucune spéculation
folle chez l’habitant, dans une période où pourtant les hôtels
sont débordés. Du côté de la préfecture non plus on n’y est pas
allé de main morte. Treize secrétariats ont été spécialement délégués
à l’organisation du Fsm, sans compter un budget de 2 millions
de R$ (700 000 $ environ) débloqué pour soutenir l’événement,
à travers un partenariat avec l’association brésilienne des organisations
non gouvernementales (Abong).
Du côté des altermondialistes, on ne s’attendait guère à pareille
sollicitude. Surtout à la suite de changements politiques survenus au
niveau le ville, avec la défaite du Parti du travail du président Lula,
proche des idées altermondialistes. Mais le Parti progressiste social
(Pps) qui contrôle aujourd’hui Porto Alegre ne renie rien du Fsm.
Préfet de ville, M. José Fogaça accueille « avec plaisir» la centaine
de milliers de personnes venues se fondre dans les 1,3 millions d’habitants
de cette localité de l’Etat du Rio Grande do Sul. «On veut que
Porto Alegre soit une référence. Nous faisons tout cela pour que notre
ville gagne en renommée et en visibilité internationale. Mais le plus
important demeure le privilège que nous avons de paticiper à garantir
la permanence de cette dynamique qui consiste à changer les idées dans
le monde», assure M. Fogaça. Lundi dernier, le préfet de Porto Alegre
était à la table du Conseil international du Fsm, dont la réunion se
tenait en prélude à l’ouverture de cette cinquième édition.
Un peu partout dans Porto Alegre, les altermondialistes ont fini de
se fondre dans le décor. Badge au vent ou sacoche en bandoulière, bien
identifiables pour une population guère avare en sourires. En fait,
en cette période estivale où la ville se vide d’une bonne partie
de sa population en vacances, ils contribuent quelque part à améliorer
les chiffres d’affaires. «Nous voulons que le Fsm reste ici pour
toujours, parce qu’elle apporte une nouvelle animation à la ville.
Ce sont ces altermondialistes qui sauvent ma saison d’été», lance
un taximan.
Vladimir Monteiro et Constança de PINA
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