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«La campagne contre la pauvreté doit passer par des actions concrètes»
COUMBA
TOURE Coumba Touré : Je pense que nous avons un leadership à assumer dans cette mobilisation. On ne peut parler de pauvreté sans parler de l’Afrique, des Africains. Seulement, nous ne sommes pas toujours prêts à prendre les rênes là où il le faut. Nous n’osons pas assez. Mais partout où ce thème sera soulevé, nous devrons dire ce que nous pensons et exprimer nos points de vue sur la manière dont les choses devraient se passer, au lieu de laisser d’autres parler et décider pour nous. Y a-t-il des idées ou des initiatives africaines en perspective ? Il y a des idées et des initiatives. Quant à savoir comment elles vont être intégrées dans le cadre mondial, c’est une autre question. Ma proposition est que si on veut faire une véritable campagne mondiale contre la pauvreté, elle doit être soutenue par les populations. Et pour cela il faudra faire des choses concrètes. Evidemment, quand on mène une campagne, il faut des symboles, des mots de ralliements, etc., qui rendent visible face aux gouvernants. Mais il faut aussi du concret Qu’appelez-vous des choses concrètes Ce que je propose au niveau de l’Appel mondial c’est d’aller vers ce qu’on voudrait voir le monde devenir. Vous savez, quand on parle de pauvreté, il est question d’accès aux soins de santé, à l’éducation, à la nourriture saine, etc. Pour moi donc, faire des choses concrètes c’est agir pour montrer ce qui se passerait si on arrivait à l’idéal pour lequel on se mobilise. Je verrais donc bien que les organisations qui se mobilisent dans cette campagne y mettent les moyens pour que pendant une journée, par exemple, l’entrée dans les hôpitaux soit gratuite, que tout le monde puisse avoir ses médicaments gratuitement. Ce sont là des initiatives qui peuvent montrer aux populations pourquoi on se mobilise. Quelle est la structure qui va prendre en charge cette campagne ? Pour le moment, il y a un comité ad-hoc. Mais plus qu’une campagne, c’est encore un appel lancé à toutes les personnes, toutes les organisations (caritatives, syndicales, etc.) qui pourraient être impliquées, à se joindre à cet élan. Il y aura sans doute différentes approches et façons de faire, localement et spécifiquement, mais la philosophie de base est que tous soient d’accord qu’on doit le faire ensemble et qu’on peut le faire. Après avoir participé plusieurs fois au Forum social mondial, sentez-vous une évolution d’un rendez-vous à un autre ? Ce qui marque surtout, c’est que le Forum a grandi. La participation est plus grande, plus diverse. Et on surtout noté, avec cette édition, qu’il y a beaucoup plus de jeunes. Mais c’est toujours aussi vivant. Et ça reste véritablement un forum de changement et d’alternatives. Qu’est ce qui reste de toutes ces idées ? L’échange qui se passe ici n’est pas à négliger. Il y a des gens qui font des choses intéressantes là où ils vivent. Et quand ils viennent en rencontrer d’autres qui font de même chez eux, dans d’autres contextes, ce échange a de la valeur. Peut-être que cela les poussera à aller plus loin dans ce qu’ils faisaient, à prendre en compte des choses qui n’entraient pas dans leur logique d’action. Quand un tel impact est noté à travers le monde, c’est forcément un moteur de changement. Dans ce forum, l’Afrique est faiblement représentée. Que faire pour qu’une telle marginalisation ne lui soit pas préjudiciable alors qu’elle a beaucoup à gagner dans un «autre monde» ? Depuis le début du Fsm en 2001 cette participation est faible, même si elle s’améliore au fil des éditions. Mais il faut mettre cette faiblesse sur le compte des difficultés qu’ont les Africains à voyager, avec les coûts des billets, les trajets à effectuer et les visas à trouver. C’est la raison pour laquelle le fait d’organiser le Fsm de 2007 en Afrique est une belle opportunité. Certes la question de la participation populaire africaine ne sera pas pour autant réglée, puisqu’il est même difficile de voyager l’intérieur de l’Afrique pour des raisons de coûts et de moyens de transports suffisants et adéquats, mais on aura une présence africaine plus importante. Et ce sera l’occasion de focaliser les thèmes de discussion sur ce qui se passe en Afrique. Mais l’idée de l’alter mondialisme même a du mal à s’ancrer au sein des populations africaines. Ne risque-t-on pas, en 2007, de créer un événement auquel ces dernières ne comprendront pas grand chose ? Il y a effectivement un travail de base important à faire. A tous les niveaux, mais surtout au niveau du Forum social africain. C’est simplement une question de mobilisation et qu’on s’y engage dès maintenant. Pour le reste, véhiculer les idéaux du Forum n’est pas difficile en Afrique, car ils rejoignent que ce que nous faisons tous les jours dans nos engagements respectifs auprès des populations. S’il en faut une, quelle image retenez-vous de ce Fsm 2005 ? Sans doute celle du Estadio Gigantinho (Ndlr : là où a été lancé l’Appel contre la pauvreté). C’était impressionnant de voir toutes les origines et couleurs mélangées dans l’enthousiasme. On se rend compte que le Fsm est un espace d’espoir pour beaucoup de personnes, d’organisations et de mouvements qui sont souvent marginalisés là où ils opèrent et qui, ici, se rendent comptent qu’il y a beaucoup de gens dans le monde qui pensent et agissent comme eux. Différemment. Par Tidiane KASSE
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